SPORT
Le Temps I Article (CH)
Rien n'échappera à la sécurité. Sauf l'imprévisible
SURVEILLANCE. Pour limiter les risques d'attentat, "Big Brother" sera présent partout. On dit que George Bush n'aurait pas fait mieux.
Guillaume Prébois, Turin
Vendredi 6 janvier 2006
Le risque d'un acte terroriste pendant les Jeux? Une question de point de vue. Il y a celui, inquiétant, du ministre de la Justice, Roberto Castelli: «Les services secrets ont recueilli de sérieux indices de danger.» Il y a celui, fataliste, de Mario Pescante, superviseur des JO pour le compte du gouvernement qui, après une exténuante tournée de tous les pays arabes et musulmans pour promouvoir l'éthique sportive, laisse échapper «inch Allah».
Il y a celui, modéré, de Valentino Castellani, président du comité organisateur Turin 2006: «Il est inutile d'être alarmiste, les terroristes veulent nous effrayer et nous devons réagir comme les Londoniens, en nous comportant normalement.»
Il y a celui, optimiste, de Sergio Chiamparino, maire de Turin: «L'Italie a démontré être capable d'organiser les grands événements: les funérailles du pape Jean Paul II ont été organisées en trois jours et tous les plus grands chefs d'Etat de la planète étaient présents.» Et puis il y a celui, implacable, du ministre de l'Intérieur, Giuseppe Pisanu: «L'Italie est concrètement exposée à des actes de terrorisme, en particulier pendant les Olympiades de février et les élections politiques en avril.»
En réalité, la menace a été prise très au sérieux par les autorités italiennes. Le premier ministre, Silvio Berlusconi, a révélé au cours de sa conférence de presse de fin d'année que la police avait récemment arrêté «deux cents personnes suspectées d'activité terroriste».
Depuis trois ans, tous les corps d'armée sont mobilisés pour l'opération «Domino», activée pour surveiller et protéger les objectifs sensibles des Olympiades, 24 heures sur 24 et 365 jours sur 365. Pour s'en rendre compte, il suffit d'avancer un peu trop près de la piste de bobsleigh ou de chercher à entrer dans la patinoire olympique sans autorisation: un béret rouge du 186e régiment des parachutistes de la Folgore, armé d'un impressionnant Beretta SCP, vous demandera de rapidement vous éclipser.
Ce n'est pas un hasard si la flamme olympique a voyagé à bord d'un Hercules C-130J de la 46e brigade aérienne de Pise, qui s'est posé sur le tarmac d'un aéroport militaire à Rome.
La trêve olympique approuvée à l'ONU le 4 décembre par 190 voies sur 191 ne suffit pas: la sécurité a été renforcée à tous les niveaux. L'aéroport de Turin-Caselle a obtenu un budget de 20,6 millions d'euros afin de moderniser le contrôle automatique des bagages en s'équipant du dernier modèle de scanner. Le système d'écoutes électroniques anglo-américain «Echelon», qui utilise des dizaines de satellites espions, est à l'œuvre depuis des mois, capable d'intercepter toutes les communications où figurent des mots clés (du coup de téléphone au fax en passant par courriel, SMS et liaisons radio). Un gradé de l'armée italienne a révélé au magazine L'Espresso «qu'une immense base de données contenant des milliers de visages a été constituée pour jouer la nouvelle carte de la biométrie: des dizaines de microcaméras placées dans les passages obligatoires permettront de confronter les faciès en temps réel avec les archives.» La technique a déjà été testée à l'aéroport de Venise.
On murmure que le gouvernement américain a décidé de faire voler dans le ciel turinois un avion Awacs bourré d'électronique, pour protéger les trois mille journalistes et techniciens de la chaîne de télévision NBC qui assurera la couverture des Jeux. Des dizaines d'hélicoptères, civils et militaires, seront prêts à décoller pour rallier rapidement les sites de montagne, difficiles d'accès par la route. Toutes les polices sont sur le pied de guerre: la criminelle (Interpol), la financière, mais aussi les scientifiques, ferroviaires et routières. Policiers, carabiniers, soldats, agents secrets mais aussi pompiers, gardes forestiers et douaniers sont concernés.
Au total, «plus de 9000 agents des forces de l'ordre assureront la sécurité pendant les Jeux», a annoncé Giuseppe Pisanu en présentant la création «d'une centrale opérative qui sera reliée à 21 salles de contrôle localisées sur les sites». Un Centre national d'information sur les Olympiades d'hiver de Turin (CNIO) a été fondé en mars 2005, avec l'objectif de rassembler toutes les données possibles pour évaluer les risques et assurer la protection de 2500 athlètes, 10 000 journalistes et plus d'un million de spectateurs. Son responsable, le préfet Francesco Tagliente, a aussitôt noué des relations avec les pays ayant récemment organisé de grands événements sportifs (Japon, Corée, Portugal, Etat-Unis et Grèce), et ceux qui en accueilleront sous peu (Allemagne, Chine, Canada, Suisse et Autriche).
«La Suisse fait partie des nations qui ont signé un accord de coopération», confirme-t-il. La convention prévoit une accélération des échanges d'informations entre les services de police, et autorise les avions de chasse de la Confédération à entrer dans l'espace aérien italien pour empêcher d'éventuels attentats terroristes, en se limitant toutefois à des manœuvres d'avertissement.
La police surveille les activistes islamistes, bien sûr, mais également les écologistes purs et durs du mouvement «No-TAV», qui se sont déjà opposés violemment à la construction de la ligne ferroviaire à grande vitesse dans la Val Susa, où se situent 80% des sites olympiques.
Le ministre de l'Intérieur craint autant la «menace locale» que l'internationale. Les membres du mouvement anarchiste et antinucléaire qui réclament «la libération du révolutionnaire Marco Camenisch» ont déjà endommagé des pylônes électriques ou des remontées mécaniques par le passé. Il suffirait d'une seule parabole satellite sabotée pour gâcher la fête olympique.
Le gouvernement italien s'est doté de tous les instruments nécessaires: «700 personnes potentiellement dangereuses» ont été mises sur écoute. George Bush n'aurait pas fait mieux.
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