Bourdieu: un essai de présentation

Les grandes idées du monde

Bourdieu: un essai de présentation

Messagede chiron le Ven Avr 28, 2006 04:46

Image

Bon ben après la photo, je vais passer rapidement à la biographie académique, pour développer les thèmes. Puis viennent des oeuvres choisies et une tentative d'explication de son combat politique en toute fin de carrière.


Tout d'abord, Pierre Bourdieu (1930-2002) est la grande figure de la sociologie française de la seconde moitié du XXème siècle, avec un rayonnement international.
Agrégé de philosophie à l'ENS en 54, enseignant de philosophie de 58 à 60 à Alger, puis maître de conférence à Lille, il rejoint l'EHESS (sciences sociales) en 64 et devient titulaire de la la chaire en sociologie du collège de France en 81. Médaille d'Or CNRS 93. Tout cela alors qu'il se considérait en marge du système académique, allant jusqu'à la critiquer ouvertement (Homo academicus, Minuit, 1984) (1)


Ses oeuvres s'inspirent de plusieurs thèmes principaux, comme les champs sociaux, l'habitus et la violence symbolique.


Le monde social est structuré en champs, qui représentent des lieux de pouvoir et de compétitions, chaque champ comportant ses symboles, ses enjeux et ses règles. Chaque individu est en concurrence au sein de son propre champ, mais le champ (ou en gros la profession) est lui-même en concurrence avec d'autres champs.

Ainsi et par exemple, un journaliste est tout d'abord membre du milieu journalistique, dont les papes sont au choix le présentateur du JT de TF1 ou encore le rédacteur en chef d'un quotidien réputé, ce milieu possédant un pouvoir (l'information) et des allégeances (les propos des maîtres sont cités par les clients, lequels en attendent protection).
Mais le journaliste ainsi que tous les journalistes défend aussi le champ journalistique contre les autres champs considérés concurrents (par exemple les universitaires lesquels peuvent représenter le champ de la connaissance) inféodé à des champs plus puissant comme les champs politiques ou encore financiers.


Au sein des champs les acteurs ont une liberté d'action dans les limites de celles reçues de par leur éducation. Entre structuralisme (les agents suivent des règles) et existentialisme (le sujet est libre), ici, l'acteur est libre mais conditionné inconsciemment de par son éducation, à partir de certaines dispositions ou habitus.
L'habitus est en quelque sorte une machine inconsciente propre à fabriquer des représentations, conditionnée par l'éducation mais non déterministe.
L'habitus (pris au sens d'un ensemble de valeurs, règles, manière de se comporter) est donc un frein à l'immersion dans un champ différent, et nous avons tendance à sélectionner les personnes de notre entourage comme ayant le même habitus. De ce fait, notre univers social n'est qu'un des multiples et infinis univers sociaux qui existent, avec nos coutumes propres, nos préoccupations propres, nos enjeux, nos réussites ou echecs propres. Les autres champs, possèdant des habitus différents, nous ne les connaissons même pas (milieu d'artisan, des chantiers, des journalistes, des musiciens, des cheminots, des universitaires, etc...), et nous nous faisons à tort un e image de l'humanité comme une projection de notre champ, ce qu'elle n'est pas.


Enfin, les hiérarchies dans ces champs voire hors ces champs sont maintenues par des violences symboliques, inconscientes, qui sont par définition "tout pouvoir qui parvient à imposer des signification et à les imposer comme légitimes en dissimulant les rapports de force qui sont au fondement de sa force". En gros, des croyances liées à l'éducation, qui préformattent des relations et des attentes.
Par exemple, vous êtes convoqué chez le directeur et vous y allez en considérant que c'est normal. Normal en quoi ? Vous admettez donc inconsciemment que le directeur a le pouvoir de vous convoquer, pouvoir que vous ne remettrez jamais en cause: c'est une violence symbolique. Autre exemple, vous êtes enseignant et demandez qu'un élève distribue les devoirs: c'est une violence symbolique.
L'étude des violences symboliques décripte donc l'usage des instruments de pouvoir et d'interactions (dont la très grande majorité sont inconscients) entre les individus.


Son oeuvre de manière générale analyse et critique les champs de pouvoir dominants avec le but que la critique amène le changement. On lui doit par exemple des analyses et critiques du champ politique, universitaire, médiatique...


Son oeuvre est très diverse avec un travail revenant souvent à ses premières amours (l'Algérie) et inclue par exemple:
[Biblio complète en (1)]

La Reproduction. Éléments pour une théorie du système d'enseignement, Minuit, 1970
Ce livre traite de la violence symbolique et l'hermétisme social qu'elle engendre.

La Noblesse d'État. Grandes écoles et esprit de corps, Minuit, 1989
Hermétisme social des grandes écoles, alors que la propagande prône leur démocratisation; rapports entre ces écoles et lutte pour le pouvoir.

La misère du monde, Seuil, 1993
C'est un tableau de différents champs via des personnes interviewées, chaque interview étant compléte et analysée. C'est une invitation au voyage dans plus de 50 champs, un peu à la manière de l'émission Strip Tease. Bourdieu y montre les souffrances des individus à la fois liées à des paramètres économiques, mais aussi et surtout culturels, éducatifs et psychologiques. Un très bon bouquin de travail de champs particuliers qui peut pmermettrre à un politique de savoir ce qui est, et d'appliquer au besoin des indicateurs de souffrance dans les tableaux de bords politiques


Sur la télévision, suivi de L'emprise du journalisme, Liber, 1996
La télévision présentée comme outil d'opression symbolique, s'auto- censurant, dépolitisant, obséquieuse, homégéneisant l'information, ayant des impacts sur les autres champs et leurs positionnements, et soummise aux champs commerciaux, politiques, financiers. Une vraie saloperie quoi. :zen:

Contre-feux. Propos pour servir à la résistance contre l'invasion néo-libérale, Liber-Raisons d'agir, 1998:
Pierre Bourdieu: Si j’ai pu me résoudre à rassembler pour la publication ces textes en grande partie inédits, c’est que j’ai le sentiment que les dangers contre lesquels ont été allumés les contre-feux dont ils voudraient perpétuer les effets ne sont ni ponctuels, ni occasionnels et que ces propos, s’ils sont plus exposés que les écrits méthodiquement contrôlés aux dissonances liées à la diversité des circonstances, pourront encore fournir des armes utiles à tous ceux qui s’efforcent de résister au fléau néo-libéral.



L'engagement politique de Bourdieu est tardif mais conjoncturel: ce à quoi il s'oppose est le néo-libéralisme qui devient tout puissant au début des années 90 (Bourdieu a alors 60 ans) et contre lequel non seulement il s'oppose, mais va devenir une figure de proue voire le co-fondateur de l'alter-mondialisme.

Son apport ne réside pas dans une théorie politique ou sociale, mais dans les critiques des champs dominants (politique, médiatique, éducatif,...) et dans les éléments de compréhension qu'ils transmet à ceux qui souhaitent combattre le libéralisme, caractérisé comme fléau (voir ci-dessus au sujet de contre-feux).
Mais sa vision va également plus loin: pour lui, la lutte est avant tout sociologique
"[...] le champ artistique est le lieu où les choses les plus exceptionnelles de l'humanité se produisent. La liberté, la révolte de Baudelaire contre l'Académie, les refus opposés — des actions très courageuses. Ma crainte est aujourd'hui qu'avec la réintroduction de l'économie, on introduise en même temps subalternité et soumission. Et je crois que le lieu où ce combat sera mené est la sociologie, même si cela peut paraître bizarre. L'avant-garde devait craindre pour sa vie pour continuer — comme Baudelaire qui touchait à des choses essentielles — , et il en va de même pour la sociologie. Il y a naturellement le sociologue bureaucrate, tout comme il y eut aussi l'art bourgeois. Mais les gens qui veulent faire leur travail voient immédiatement combien la soumission d'un champ aux contraintes économiques du champ économique fait disparaître jusqu'à la possibilité de la vérité. "


[...]
Il me semble que le chercheur n’a pas le choix aujourd’hui : s’il a la conviction qu’il y a une corrélation entre les politiques néolibérales et les taux de délinquance, une corrélation entre les politiques néolibérales et les taux de criminalité, une corrélation entre les politiques néolibérales et tous les signes de ce que Durkheim aurait appelé l’anomie, comment pourrait-il ne pas le dire ? Non seulement il n’y a pas à le lui reprocher, mais on devrait l’en féliciter. (Je fais peut-être une apologie de ma propre position...)
[...]
Le [chercheur sociologue] doit essayer d’aider les organismes qui se donnent pour mission [...] de résister à la politique néolibérale ; il doit se donner comme tâche de les assister en leur fournissant des instruments. En particulier des instruments contre l’effet symbolique qu’exercent les « experts » engagés auprès des grandes entreprises multinationales.
[...] Les chercheurs peuvent aussi faire un chose plus nouvelle, plus difficile : favoriser l’apparition des conditions organisationnelles de la production collective de l’intention d’inventer un projet politique et, deuxièmement, les conditions organisationnelles de la réussite de l’invention d’un tel projet politique ; qui sera évidemment un projet collectif.




Voilà ici s'achève, avec mon dernier lecteur survivant (Maldoror, j'espère que c'est toi sinon tu vas m'entendre enfin...me lire), cette tentative de présentation qui est très partiale, ayant un habitus particulier et une vision peu homogène de l'oeuvre de Bourdieu.
N'hésitez pas à tout contredire et commenter, c'est fait pour ! :D



(1)
http://fr.wikipedia.org/wiki/Bourdieu#D ... ri.C3.A8re

(2)
Que suis-je ? Une entrevue avec Pierre Bourdieu. Isabelle Graw
http://www.homme-moderne.org/societe/so ... uesui.html

(3)
Pour un savoir engagé
http://www.monde-diplomatique.fr/2002/02/BOURDIEU/16120
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Messagede Maldoror le Sam Avr 29, 2006 01:40

Maldo, après une lecture moins laborieuse que ne l'a supposé l'auteur des lignes précédentes, s'en retourna pensif, se disant qu'il irait probablement lire Bourdieu "dans le texte" un de ces jours, notamment pour aller creuser cette théorie de la violence symbolique...

Merci Chiron de m'avoir accorder du temps pour cette présentation, dont je ne peux évidemment pas jauger le degré d'objectivité :lol: :ok:
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Re: Bourdieu: un essai de présentation

Messagede megaouf le Sam Avr 29, 2006 12:55

chiron a écrit:Enfin, les hiérarchies dans ces champs voire hors ces champs sont maintenues par des violences symboliques, inconscientes, qui sont par définition "tout pouvoir qui parvient à imposer des signification et à les imposer comme légitimes en dissimulant les rapports de force qui sont au fondement de sa force". En gros, des croyances liées à l'éducation, qui préformattent des relations et des attentes.
Par exemple, vous êtes convoqué chez le directeur et vous y allez en considérant que c'est normal. Normal en quoi ? Vous admettez donc inconsciemment que le directeur a le pouvoir de vous convoquer, pouvoir que vous ne remettrez jamais en cause: c'est une violence symbolique. Autre exemple, vous êtes enseignant et demandez qu'un élève distribue les devoirs: c'est une violence symbolique.
L'étude des violences symboliques décripte donc l'usage des instruments de pouvoir et d'interactions (dont la très grande majorité sont inconscients) entre les individus.


Intéressant ce passage sur les violences symboliques... et la base même de l'éducation, qui fait que plus tard nous sommes conditionnés et apte à accepter sans broncher (inconsciemment) ces violences symboliques.


Je suis toujours étonnée de constater avec quelle docilité mon fils s'exécute quand je lui donne certains ordres, je suis d'autant plus étonnée que la plupart du temps il se contente de les ignorer royalement Image


Aurais-je rater quelque chose dans son éducation qui fait qu'il sera plus tard totalement hermétique aux violences symboliques qu'on voudra lui imposer ? :fou:
...D'autant qui lui arrive du haut de ces 5 ans de me dire ''maman apporte moi un plateau-télé'' et que je m'exécute sans broncher Image


... Aurais-je engendrer un futur rebel qui va remettre en cause la théorie de Bourdieu sur ce formatage précoce ? Image
[center]Au Bistrot c'est comme chez Casto, y'a tout ce qu'il faut :bravo:[/center]
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Messagede chiron le Sam Avr 29, 2006 18:17

Hello ! :zen:

Maldoror a écrit:Maldo, après une lecture moins laborieuse que ne l'a supposé l'auteur des lignes précédentes, s'en retourna pensif, se disant qu'il irait probablement lire Bourdieu "dans le texte" un de ces jours, notamment pour aller creuser cette théorie de la violence symbolique...


Attention toutefois à deux choses. La première est que les textes de Bourdieu sont ardus et écrits à la manière de textes philosophiques. Cela peut rebutter quoique je ne crois pas que cela te rebutte Maldo, bien au contraire... :zen:

La deuxième chose est que j'ai choisi des exemples de violences symboliques triviaux. Un exemple plus complexe concerne le système éducatif, qui sous prétexte du "bon goût" ou du "bon savoir" impose les goûts et savoirs des champs dominants à tous les éduqués, et par cela constitue une violence symbolique qui est l'imposition des points de vue des dominants, légitimés par une institution soi-disant libre (l'école) qui ne l'est pas du tout.
Un exemple flagrant est l'étude de la littérature classique comme Zola par des adolescents. Zola n'a pas écrit pour des ados et cette littérature ne traduit pas les préoccupations des ados. Comment dès lors passionner des ados à la lecture, bien même avant la littérature?
Par ce moyen, on fait juste le tri entre les enfants ayant de par leur milieu familial une certaine culture littéraire et qui ne seront pas trop rebuttés par des préoccupations qu'ils ne comprennent pas, et les autres qui auraient bien plus accroché à des récits de science fiction, historiques ou policiers...
Bon j'arrête parce que si y'a des profs de français qui passent, je vais me faire étripper par ces fonctionnaires vichystes :lol:.

Merci Chiron de m'avoir accorder du temps pour cette présentation, dont je ne peux évidemment pas jauger le degré d'objectivité :lol: :ok:


Y'en a qui méritent leurs violences symboliques :lol: :coucou:

megaouf a écrit:Intéressant ce passage sur les violences symboliques... et la base même de l'éducation, qui fait que plus tard nous sommes conditionnés et apte à accepter sans broncher (inconsciemment) ces violences symboliques.


Oui mais après tout la socialisation doit bien passer par une coercition minimale qui fait par exemple qu'on va à l'école le matin. Il n'empêche qu'à une certain âge ou un certain niveau de développement, il faut peut-être remettre en cause ce qui nous paraît socialement naturel, car rien n'est socialement naturel :D
Souvent, c'est d'ailleurs se demander ce qui est socialement bon, juste ou profitable alors que ces critères sont terriblement subjectifs et proviennent sans soute eux-même de l'éducation :fou: .

Je suis toujours étonnée de constater avec quelle docilité mon fils s'exécute quand je lui donne certains ordres, je suis d'autant plus étonnée que la plupart du temps il se contente de les ignorer royalement
Aurais-je rater quelque chose dans son éducation qui fait qu'il sera plus tard totalement hermétique aux violences symboliques qu'on voudra lui imposer ? :fou:
[...]
... Aurais-je engendrer un futur rebelle qui va remettre en cause la théorie de Bourdieu sur ce formatage précoce ?


Mais nan, tu en fais juste un mâle dominant, reproduisant ainsi le bon vieux schéma de la femme dominée que tu adores être :lol:

Mais plus sérieusement, on n'échappe pas de par son éducation aux violences symboliques et à leurs impplications. Je crois que c'est plus tard, lors des remises en cause forgeant nos personnalités, qu'on peut se rendre compte de certaines de ces violences, à condition toutefois de croire en soi et non dans un système.
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Messagede Mara le Sam Avr 29, 2006 22:29

merci pour ce topic, que j'ai lu attentivement. ;)

chiron a écrit:La deuxième chose est que j'ai choisi des exemples de violences symboliques triviaux. Un exemple plus complexe concerne le système éducatif, qui sous prétexte du "bon goût" ou du "bon savoir" impose les goûts et savoirs des champs dominants à tous les éduqués, et par cela constitue une violence symbolique qui est l'imposition des points de vue des dominants, légitimés par une institution soi-disant libre (l'école) qui ne l'est pas du tout.
Un exemple flagrant est l'étude de la littérature classique comme Zola par des adolescents. Zola n'a pas écrit pour des ados et cette littérature ne traduit pas les préoccupations des ados. Comment dès lors passionner des ados à la lecture, bien même avant la littérature?
Par ce moyen, on fait juste le tri entre les enfants ayant de par leur milieu familial une certaine culture littéraire et qui ne seront pas trop rebuttés par des préoccupations qu'ils ne comprennent pas, et les autres qui auraient bien plus accroché à des récits de science fiction, historiques ou policiers...
Bon j'arrête parce que si y'a des profs de français qui passent, je vais me faire étripper par ces fonctionnaires vichystes :lol:.

Bien sûr que non. Tout prof devrait faire ce même constat ou au moins s'interroger sur cet étrange pouvoir, pour n'en pas mal user.

Il est même très difficile d'être prof de français quand on aime la littérature, parce que comme Roland Barthes le disait très justement à travers une expression ironique "la littérature c'est ce qui s'enseigne".
C'est difficile de choisir une oeuvre à étudier avec les élèves justement parce que certains ne lisent pas ou peu, et n'auront comme accès aux lettres que ce qui leur sera présenté par leur prof, pour ceux-là l'enjeu est énorme.
Le tout étant de leur donner l'envie de se choisir un accès eux-mêmes, donc de LIRE par eux-mêmes et à leur façon (merci Pennac :bravo: ), ce qu'ils veulent, en essayant de les attirer vers la "qualité" (là, je sais, c'est subjectif en partie mais pas uniquement - certains livres ne sont pas écrits avec respect pour le lecteur mais pour flatter son poil et faire de la tune ), cette qualité ne se résumant pas à une liste qui serait fixe d'auteurs ou de genres, mais pour cela il faut du temps, et ce temps nous l'avons peu.

Personnellement, je pense que ce n'est pas Zola le plus difficile à étudier avec des élèves, pour peu qu'on lui concède l'humour dont il sait faire preuve et qui peut toucher les élèves assez facilement (ce n'est pas si difficile et si loin de leurs préoccupations, mais c'est souvent long), par contre Stendhal est pour moi un auteur que je ferai lire aux élèves avec parcimonie, parce que le système scolaire a bien failli m'en dégoûter.
passons sur les exemples multiples...

Les profs sont souvent bien plus frustrés de littérature qu'on ne le croie, mais aussi souvent très conscients de ce pseudo "pouvoir" dont on parle ici, et dont ils n'usent qu'avec des guillemets. Pseudo pouvoir parce qu'un prof n'a jamais empêché un élève de se faire son propre avis et ne le pourrait pas même s'il le voulait...Concédons un cerveau aux élèves tout de même!!! :lol:

Et concédons ce même cerveau aux profs qui bien souvent donnent leur avis sur un auteur, un livre, sans chercher à l'imposer à tout prix.
Concédons leur aussi un peu d'humanité en pensant qu'"éventuellement", ils enseignent pour les élèves qu'ils ont en face d'eux et non dans le but de les ennuyer mais de leur apporter quelque chose quelque soit leur milieu social et en considérant ce dit milieu. Ca veut dire qu'on étudie pas Zola forcément et à tout prix, mais ça veut signifie aussi que je ne vois pas pourquoi les élèves issus d'un milieu où on n'a pas forcément certains acquis sociaux et langagiers n'auraient pas droit à ce qu'on leur ouvre un accès vers le magnifique en littérature, c'est à dire y-compris Zola !!

Donner une lecture d'un texte, c'est argumenter cette dite lecture, l'expliquer, et réfléchir ensemble à son sens, en acceptant certaines lectures des élèves et en en rejetant de façon argumentée celles qui ne sauraient être justes.
Et quand on n'est pas convaincants, on le sait vite, les élèves nous le disent facilement.
Faut pas imaginer les élèves comme des êtres muets et dénués de toute rebellion.

Je pense qu'en effet le pb soulevé par Bourdieu, et par toi, ici, est un pb inhérent à l'enseignement, mais il a divers degrés ce pouvoir, et très sincèrement, autant je me fais une joie de découvrir "Antigone" avec mes élèves, imposant par là mon pouvoir personnel pour leur ouvrir un de mes goûts (ce qui signifie aussi donner quelque chose de moi à des personnes que j'ai en face de moi, et qui me donnent aussi et très souvent un peu d'eux-mêmes - enseigner, je ne te l'apprends pas, c'est aussi et surtout ça), autant j'espère sincèrement ne pas les dégoûter de la littérature, ce qui serait pour moi un crève-coeur. Je ne connais pas un seul prof de français qui se réjouirait de cela.
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Messagede chiron le Mar Mai 02, 2006 19:16

Mara a écrit:
chiron a écrit:La deuxième chose est que j'ai choisi des exemples de violences symboliques triviaux. Un exemple plus complexe concerne le système éducatif, qui sous prétexte du "bon goût" ou du "bon savoir" impose les goûts et savoirs des champs dominants à tous les éduqués, et par cela constitue une violence symbolique qui est l'imposition des points de vue des dominants, légitimés par une institution soi-disant libre (l'école) qui ne l'est pas du tout.
[...]
Bon j'arrête parce que si y'a des profs de français qui passent, je vais me faire étripper par ces fonctionnaires vichystes :lol:.

Bien sûr que non.


Dommage, j'aurai pourtant bien aimé... :D

Tout prof devrait faire ce même constat ou au moins s'interroger sur cet étrange pouvoir, pour n'en pas mal user.


Oui, mais là tu parles d'un pouvoir personnel de l'enseignant tandis que la violence symbolique provient plus pour moi d'un pouvoir du champ enseignant et sur le champ enseignant, via par exemple les instituts de formation des maîtres ou encore la définition de programmes, qui canalisent finalement l'action de l'enseignant.
Certes, les deux ont un rôle bénéfique puisqu'ils forment et permettent d'homogénéiser les contenus, mais en même temps, ils exercent des contrôles en propageant des violences symboliques au sein même de corps enseignant qui les transmet aux élèves.

Il est même très difficile d'être prof de français quand on aime la littérature, parce que comme Roland Barthes le disait très justement à travers une expression ironique "la littérature c'est ce qui s'enseigne".


:D La citation et belle et me semble valable pour le "bon goût" en général.


C'est difficile de choisir une oeuvre à étudier avec les élèves justement parce que certains ne lisent pas ou peu, et n'auront comme accès aux lettres que ce qui leur sera présenté par leur prof, pour ceux-là l'enjeu est énorme.
Le tout étant de leur donner l'envie de se choisir un accès eux-mêmes, donc de LIRE par eux-mêmes et à leur façon (merci Pennac :bravo: ),


On va revenir au débat du bouc émissaire là ... :D
Mais chapeau pour la démarche. Je me rappelle aussi une prof de français qui nous faisait la lecture des premières chroniques martiennes pour nous appâter à lire le bouquin. :ok:

ce qu'ils veulent, en essayant de les attirer vers la "qualité" (là, je sais, c'est subjectif en partie mais pas uniquement - certains livres ne sont pas écrits avec respect pour le lecteur mais pour flatter son poil et faire de la tune), cette qualité ne se résumant pas à une liste qui serait fixe d'auteurs ou de genres, mais pour cela il faut du temps, et ce temps nous l'avons peu.


Mais je reste sceptique sur la proposition d'une oeuvre à lire qui n'est peut-être pas en phase avec les goût ou les attentes des lecteurs.
Pour preuve, lorsque je conseille un livre, c'est toujours en relation avec les attentes thématiques et c'est une joie pour moi de proposer le livre qui me semble convenir, surtout lorsqu'il plait aau final.
Pourquoi ne pas imaginer un livre par thème, et une présentation de livres couvrant une dizaine de thèmes, à mettre au vote des élèves?
Ainsi, le choix serait peut-être plus en phase avec les attentes et de plus, cette technique de "pied dans la porte" serait peut-être efficace, remplaçant une manipulation symbolique par une manipulation psychologique :D

Les profs sont souvent bien plus frustrés de littérature qu'on ne le croie, mais aussi souvent très conscients de ce pseudo "pouvoir" dont on parle ici, et dont ils n'usent qu'avec des guillemets. Pseudo pouvoir parce qu'un prof n'a jamais empêché un élève de se faire son propre avis et ne le pourrait pas même s'il le voulait...Concédons un cerveau aux élèves tout de même!!! :lol:


Oui, mais l'avis de l'enseignant est tout de même d'un grand poids non ? Et de mémoire, j'ai plutôt l'impression qu'entre l'avis d'un élève et celui d'un prof, les jeunes élèves rejoignent plutôt l'avis du prof :roll: ... ce qui d'ailleurs dans la grande majorité des cas, est sans doute une bonne chose pour eux :roll: :lol:

Et concédons ce même cerveau aux profs qui bien souvent donnent leur avis sur un auteur, un livre, sans chercher à l'imposer à tout prix.


Imposer non, mais "éclairer" ? :D

Concédons leur aussi un peu d'humanité en pensant qu'"éventuellement", ils enseignent pour les élèves qu'ils ont en face d'eux et non dans le but de les ennuyer mais de leur apporter quelque chose quelque soit leur milieu social et en considérant ce dit milieu.


Mais nous ne sommes pas loin des jésuites et de sauver leurs âmes là, non ? :lol:
Mais ce "quelque chose" est trop souvent un sentiment d'étrangeté, souvent plus enclin à les rejetter qu'à les intéresser, si j'en crois le peu de livres qu'on retrouve dans les ménages français, une fois la période d'instruction finie.
D'ailleurs et même dans la littérature, celui qui écrit fait partie nécessairement d'une classe dominante et est reconnu, à son époque et dans le futur par une classe littérairement dominante.
Aussi et dans tout toute culture, les ouvrages populaires n'existent pas faute d'écrivains ou de critiques favorables. Les aspirations y sont donc la pluspart du temps bourgoises, consciemment ou non, même si elles s'opposent à la bourgeoisie.

Faut pas imaginer les élèves comme des êtres muets et dénués de toute rebellion.


Heu... tout dépend des méthodes pédagogiques employées :lol:

Je pense qu'en effet le pb soulevé par Bourdieu, et par toi, ici, est un pb inhérent à l'enseignement, mais il a divers degrés ce pouvoir,


Tout à fait et c'est pourquoi j'insiste sur le fait qu'un acteur peut retransmettre des violences symboliques appartenant à son champ ou exercées par son champ sans même en avoir conscience.

et très sincèrement, autant je me fais une joie de découvrir "Antigone" avec mes élèves, imposant par là mon pouvoir personnel pour leur ouvrir un de mes goûts (ce qui signifie aussi donner quelque chose de moi à des personnes que j'ai en face de moi, et qui me donnent aussi et très souvent un peu d'eux-mêmes - enseigner, je ne te l'apprends pas, c'est aussi et surtout ça), autant j'espère sincèrement ne pas les dégoûter de la littérature, ce qui serait pour moi un crève-coeur. Je ne connais pas un seul prof de français qui se réjouirait de cela.


Je le crois aussi. Mais néanmoins, je ne possède dans ma bibliothèque actuelle aucun bouquin [excepté de Voltaire (mais redécouvert plus tard)] que j'ai pu étudier dans le secondaire, et je trouve cela assez surprenant. En effet, c'est plus tard et via les conseils de proches, que j'ai pu découvrir Yourcenar, Tolstoï, Gracq, Maalouf... et même Pennac ! :D

D'ailleurs si tu nous offres des conseils d'écrivains à relire ou découvrir (si possible dans un contexte historique, politique, social ou philosophique pour ma part), je suis prenneur, tout ouïe et bien sage à ma table :D

:bis: et à te lire


PS: Merci encore pour les conseils BD dont j'ai bien profité
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Messagede chiron le Mar Mai 02, 2006 19:17

doublon. Very very sorry.... :D
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Messagede Mara le Mar Mai 02, 2006 22:20

chiron a écrit:Oui, mais là tu parles d'un pouvoir personnel de l'enseignant tandis que la violence symbolique provient plus pour moi d'un pouvoir du champ enseignant et sur le champ enseignant, via par exemple les instituts de formation des maîtres ou encore la définition de programmes, qui canalisent finalement l'action de l'enseignant.
Certes, les deux ont un rôle bénéfique puisqu'ils forment et permettent d'homogénéiser les contenus, mais en même temps, ils exercent des contrôles en propageant des violences symboliques au sein même de corps enseignant qui les transmet aux élèves.

ok, je comprends mieux à quoi tu faisais référence sur ce pouvoir symbolique et largement étendu à tout le système en lui-même.

je suis bien d'accord, à cette réserve près que je ne connais peu de profs qui n'aient pas vomi parfois l'iufm et préféré proposer de la vraie littérature à étudier avec les élèves plutôt que les références qu'ils nous donnent, à savoir les auteurs de littérature jeunesse par exemple, souvent écrits d'après les BO, lol.
entre ce qui y est enseigné, à l'iufm, et ce qu'on en garde, il y a un choix réfléchi à faire, même si chacun de nous a ses travers, ce que je ne nie pas. mes choix n'étant pas toujours judicieux loin de là, surtout que j'ai encore trop peu fréquenté de classes et d'élèves différents, ce qui fait qu'entre mon monde et le leur, la différence est parfois énorme et prête à des choix malheureux.

Pour preuve, lorsque je conseille un livre, c'est toujours en relation avec les attentes thématiques et c'est une joie pour moi de proposer le livre qui me semble convenir, surtout lorsqu'il plait aau final.
Pourquoi ne pas imaginer un livre par thème, et une présentation de livres couvrant une dizaine de thèmes, à mettre au vote des élèves?
Ainsi, le choix serait peut-être plus en phase avec les attentes et de plus, cette technique de "pied dans la porte" serait peut-être efficace, remplaçant une manipulation symbolique par une manipulation psychologique :D

je procède parfois de même.
mais je me refuse à ne pas imposer aussi de temps à autres des lectures plus difficiles d'accès pour eux ou tout simplement au premier abord moins plaisantes, parce que ne dérivant pas de leur choix, dans la mesure où je crois que parfois on a besoin de se voir imposer une lecture pour pouvoir tout bonnement essayer de se pencher sur l'altérité et l'étrangeté. je ne crois pas trop aux vertus de "la caresse dans le sens du poil". Respecter c'est aussi et surtout à mes yeux exiger, et quand on exige d'eux avec respect et par respect pour leurs capacités intellectuelles, les élèves finissent par le sentir, même si l'étude du bouquin se fait de haute lutte.

exemple récent : j'ai donné "claude Gueux" d'Hugo à lire à mes troisième, récit assez court, et qui les a pourtant ennuyés au possible. Je n'aime d'ailleurs pas forcément bp ce livre, mais il a permis une étude et des questionnements intéressants sur la peine de mort, la façon d'argumenter, ou encore la façon dont l'auteur nous manipule à grand renfort de sentimentalisme, ne reculant devant rien pour apitoyer le lecteur, voire parfois usant d'une certaine mauvaise foi...

Oui, mais l'avis de l'enseignant est tout de même d'un grand poids non ? Et de mémoire, j'ai plutôt l'impression qu'entre l'avis d'un élève et celui d'un prof, les jeunes élèves rejoignent plutôt l'avis du prof :roll: ... ce qui d'ailleurs dans la grande majorité des cas, est sans doute une bonne chose pour eux :roll: :lol:

les "lèche-botte" (ou "vils flagorneurs") le font, oui, assez facilement, (et je le dis avec tendresse, parce que je sais bien que derrière cette aptitude à passer de la pommade au prof il y a aussi et surtout le souci de se faire apprécier, l'affectif étant d'importance dans la relation prof élève, assez souvent) au moins en début d'année.
mais je peux t'assurer, que même chez mes sixième, quand mes cours sont pas très palpitants ou que je ne les convains pas, il leur arrive de venir me signifier très clairement que "z'étiez moins bonne madame, sur ce coup là". :lol:
je suis très fière de cette relation-là avec eux, pas de fausse modestie sur ce point. (je ne suis pas très "bonne" dans d'autres domaines de l'enseignement)
et je pense qu'il en va de même pour pas mal d'élèves, l'image du prof n'étant plus celle qu'elle fut à bien des égards... (soupir... lol)

Ca dépend aussi sûrement des élèves, mettons que cette année j'ai de la chance. Ce que tu dis ici ne me semble donc pas faux pour autant loin de là, mais je n'y verrai jamais de règle établie, pas de fatalisme plutôt.

Mais nous ne sommes pas loin des jésuites et de sauver leurs âmes là, non ? :lol:

:lol:
"Dieu" m'en préserve... ave maria et tutti quanti !

Mais ce "quelque chose" est trop souvent un sentiment d'étrangeté, souvent plus enclin à les rejetter qu'à les intéresser, si j'en crois le peu de livres qu'on retrouve dans les ménages français, une fois la période d'instruction finie.

oui, là aussi, difficile de le nier.

mais je note aussi que quelques livres ont permis que les choses changent un peu. on retrouve souvent des petits bijoux, aussi, dans ces quelques livres "marquants" de la scolarité.
Je te prédis que nous y retrouverons de plus en plus quelques best sellers du système scolaire, bons livres d'ailleurs et très grands séducteurs d'élèves en tous genres, comme les Pennac, les Suskind ou le "joueur d'échecs" de Zweig par exemple.

D'ailleurs et même dans la littérature, celui qui écrit fait partie nécessairement d'une classe dominante et est reconnu, à son époque et dans le futur par une classe littérairement dominante.

c'était une partie du sens de la remarque de Barthes, en effet.

Aussi et dans toute culture, les ouvrages populaires n'existent pas faute d'écrivains ou de critiques favorables. Les aspirations y sont donc la pluspart du temps bourgeoises, consciemment ou non, même si elles s'opposent à la bourgeoisie.

qu'entends-tu par ouvrage popu' ???
(là ça m'évoque les marc Lévy et autres "Da vinci code", lesquels n'ont pas besoin de l'école pour faire recette, puisqu'ils délivrent à pas cher des évidences en les faisant passer pour des trésors. la poésie à deux francs six sous, à vrai dire, tant que ça fait lire je n'ai rien contre, mais je pense quand même que c'est donner des choses faciles à consommer, et peu respectueuses du lecteur - ce n'est que mon avis, que je ne donne pas aux élèves en ces termes mais avec des pincettes)

Faut pas imaginer les élèves comme des êtres muets et dénués de toute rebellion.


Heu... tout dépend des méthodes pédagogiques employées :lol:

je maintiens, lol, et bien souvent malgré la méthode employée, puisque même s'ils ne le disent pas haut et fort, on ne peut pas les empêcher de penser, y compris des conneries, comme chacun d'entre nous.
enfin je me plais à l'espérer, essaie de ne pas me démoraliser trop vite, stp....

Tout à fait et c'est pourquoi j'insiste sur le fait qu'un acteur peut retransmettre des violences symboliques appartenant à son champ ou exercées par son champ sans même en avoir conscience.
oui, en effet.

mais si je puis me permettre une petite remarque (qui ne te vise pas mais vise les faiseurs d'analyse - et j'apprécie Bourdieu sur bien des points) : je ne suis pas ravie du système d'enseignement tel qu'il existe, loin de là. Mais il est quand même très difficile de lire, parfois, ce genre de discours, car même si ces analyses sont justes, cela donne l'impression que quoi qu'on fasse on en fait jamais assez, et ce n'est jamais assez bien pour ces messieurs les "censeurs/penseurs"... Ca a un côté décourageant.
Je suis heureuse qu'ils existent car ils ont le mérite de faire réfléchir et de donner des impulsions vers un mieux, ou au moins un "autre chose" à envisager, tenter, réflechir et agir.
Maintenant, il est clair que selon la période que je traverse et les efforts parfois improductifs fournis, c'est assez blessant de voir que certains critiquent sans apporter de solution réellement ou même sans bien vouloir voir que malgré les erreurs, bp de gens dans ce métier comme dans d'autres font ce qu'ils peuvent, avec la meilleure volonté du monde, et non pour nuire aux élèves mais bien pour les servir au mieux, et la société avec (ce qui confirme qu'en effet l'on véhicule un pouvoir et une façon de concevoir le pouvoir-même si ce n'est pas toujours celui en place-, on n'est pas "fonctionnaires" et "classe soi-disant pensante" pour rien :lol:).

découvrir Yourcenar, Tolstoï, Gracq, Maalouf... et même Pennac !

on ne peut pas tout faire découvrir, il y a des choix à faire, et ce n'est jamais évident. je note aussi que par exemple Tolstoï plait souvent encore moins que Zola. Si tu les as découverts plus tard et qu'ils t'ont plu, il n'est pas forcément évident que ne serait-ce que trois ans avant c'eût été le cas. personnellement, je fais souvent des redécouvertes fructueuses de livres que pourtant on m'avait bien présentés, mais que je n'étais pas prête à accueillir.
l'essentiel est de donner le goût de lire, de la découverte, ce qui est déjà très très difficile (si t'as une recette, je suis preneuse). si déjà on arrive à donner l'image d'une littérature foisonnante -ce qu'elle est à n'en pas douter- dans laquelle on peut trouver de tout pourvu qu'on s'en donne la peine, un gros boulot est abattu, et pour l'heure, je fonde une partie de mes espoirs là dessus.

D'ailleurs si tu nous offres des conseils d'écrivains à relire ou découvrir (si possible dans un contexte historique, politique, social ou philosophique pour ma part), je suis prenneur, tout ouïe et bien sage à ma table :D

LOLLLL

là tout de suite, j'ai envie de te conseiller, si tu ne les connais pas, deux livres que mes élèves ont adoré (et moi avec) :
- "inconnu à cette adresse", de Kresmann Taylor, qui est un petit bijou de construction, lequel a le mérite de rappeler quelle pouvait être l'ambiance lors de la montée d'Hitler en Allemagne à l'entre-deux guerres. La fin est en particulier magistrale -flattant nos plus bas instincts-, ça se dévore, et en prime c'est bien écrit.
- "kiss kiss" de Roald Dahl, recueil de nouvelles grinçantes à souhait, drôles et amères.

D'un point de vue personnel, mes derniers éblouissements (je suis dans une période où j'aime qu'on me raconte bien une belle histoire) en date seraient plutôt :
- "novecento pianiste" de Baricco (sur lequel je ne sais que te dire sinon que c'est furieusement bien écrit)
- "les âmes grises" de Claudel, que certains ont détesté parce que c'est un polar sans en être un. mais là encore, ce livre a le goût de ce qui aurait pu être vécu, de la poésie du quotidien, même dans l'horreur.

tu citais Yourcenar... j'ai commencé par "anna, Soror", et là encore, que du très bon... :ok:
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Le bon goût

Messagede Ahmed le Mar Mai 23, 2006 16:16

Ce que moi je vois à Montréal comme un homme en train d'égorger un cheval pour le manger, d'autres n'y verront que du feu, parce que l'idée du cheval qui souffre, selon l’approche relativiste, est une construction culturelle et donc fausse pour un Québécois, disons. Etc. Moi, je ne mange pas de cheval à Montréal, ni de vaches ou de moutons. Parce que la morale ne me le permet pas. Si j’étais encore dans le désert de mon pays, à ce moment-là ce serait différent. Mais le choix m’offre la possibilité de ne pas tuer un animal pour le plaisir du goût et par conditionnement. Mon appréciation d’une chose est relative à sa condition. Par exemple, la viande humaine d’un enfant peut être délicieuse au goût, mais je vais m’en passer, car l’idée me dégoûte. C’est une idée du respect des autres et de la responsabilité. Elle prend en compte notre conscience face à la qualité de l’objet en question. Je trouve cette conception supérieure à celle qui relativise les choses qu’on perçoit au nom de la différence, --et surtout par égoïsme ingrat.
Quand d'infâmes araignées tendent leurs filets au fond de nos cerveaux, l'Espoir vaincu et l'Angoise atroce sur mon crâne incliné plante son drapeau noir. --Baudelaire
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