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Rocard donne son avis :
Mais oui, répond Michel Rocard dans l’émission « L’esprit public », dimanche passé, sur France-Culture (réécoutable et podcastable jusqu’au dimanche 12 mars sur le site).
Michel Rocard voit cinq conditions pour réussir une réforme publique en France :
1 – Ne pas courir de suite au symbolique. Il est nécessaire d’éviter les affrontements politiques stériles qui font s’affronter les Grands Principes comme s’il s’agissait, à chaque fois, de croquer la pomme pour risquer d’être chassé d’Eden. Le débat au Parlement est utile lorsqu’il vient couronner une négociation déjà préparée entre partenaires de bonne volonté. Mais, commencée au Parlement, une réforme est presque sûre de s’enliser sous les prises de positions symboliques qui poussent toute position à la théologie. Pour réformer, mieux vaut éviter les conflits. Ce qui n’est pas conflictuel est ignoré par les médias, donc par les politiciens. Ce n’est que lorsqu’une réforme est mûre, les intérêts conciliés autant que faire se peut, que le débat démocratique est utile pour consolider les réformes et en faire un consensus.
2 - Une seule réforme à la fois. Toute annonce fait peur, Alain Juppé en a fait l’expérience en en lançant quatre d’un coup en 1995. La mobilisation de l’opinion publique peut aider à débloquer les politiques, mais il faut pour cela présenter un projet de société, pour lesquelles les réformes ne sont que des éléments. Jacques Chaban-Delmas et Raymond Barre y avaient réussi.
3 – Eviter les effets d’annonce car les blocages surgissent avec déformations du vrai. Le front du refus enfle, sans porter vraiment sur le sujet. L’annonce cristallise plutôt les mécontentements diffus. Pour créer le groupe Air France, des mois de négociations secrètes avec M. Seydoux ont précédé l’affichage, qui n’a été fait publiquement que lorsque tout le monde (Etat, syndicats, patrons) était d’accord.
4 – Toute réforme d’ampleur doit s’accompagner d’une négociation sociale jusqu’au bout. Mieux vaut négocier non pas avec les instances officielles, toujours en représentation et obligées par le système politico-médiatique de se poser, comme au théâtre, mais avec le niveau en-dessous. Ce qui compte est d’avancer, avec pragmatisme, en faisant des concessions réciproques. On ne réforme pas en faisant du Corneille.
5 – Un processus de réforme réussi est celui qui ne se fixe aucun délai. Si un calendrier est posé, il y aura toujours une partie qui jouera la montre pour arracher un dernier avantage au dernier moment. Mieux vaut débattre de la pratique à mettre en œuvre que du gain à obtenir. Ce qui signifie qu’une vraie réforme ne saurait figurer dans un programme politique, soumis aux délais des « cent jours », du quinquennat ou de la législature, mais s’effectuer dans l’ombre, par une pression constante.
La réforme en France est plus qu’ailleurs difficile parce qu’on ne peut discuter avec personne : où sont les syndicats représentatifs ? Parce qu’un certains élitisme de grandes écoles (issu de la reconstruction d’après-guerre) rend plus qu’ailleurs incapables les énarques à mettre en relations les diverses forces sociales. Parce qu’une tradition millénaire de l’Etat-nation a poussé dès la Révolution à faire table rase des corps intermédiaires, assimilés à tort aux « privilèges » d’Ancien Régime, ce qui fait qu’entre l’Etat absolu et les individus atomisé, il n’y a rien, surtout pas de dialogue entre partenaires sociaux. Il faut donc contourner ces rigidités. Sortis du théâtre, la plupart des acteurs sont charmants, disposés à bien faire et soucieux d’avancer. Mettez-les en représentation et ils prennent des postures de Matamores qui figent immédiatement toute action au profit d’un rôle déjà écrit.
Il a tout compris Rocard : Ne rien dire pour éviter les conflits et les rumeurs afin que la presse ne s'en mêle pas. Eviter d'en discuter avec les responsables syndicaux qui sont dans le théatralisme mais plutôt avec la base, faire une réforme à la fois sans donner de temps...
Donc, seule solution pour qu'une réforme passe en France, la faire passer en douce, sans que personne ne s'en rende compte.
Pas con le Rocard
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, qui nous met de l'anti-syndicalisme et de l'anti-négociation partout ! 