Les yeux bandés, poignets attachés dans le dos, chevilles entravées, des «prisonniers palestiniens de sécurité» sont rassemblés sur une petite place aux abords d'un cinéma à Tel-Aviv. Si nous n'agissions pas de la sorte, nous ne pourrions pas arrêter de terroristes, crie aux passants Shabtaï Gold, un militant israélien pour les droits de l'Homme, qui fait mine de justifier les méthodes des autorités pénitentiaires israéliennes.
Après avoir été fictivement soumis à cette position, il affirme souffrir de difficultés respiratoires, et avoir le cou raide. Son organisation, «Médecins pour les droits de l'Homme-Israël» a tenté samedi d'éveiller l'attention de l'opinion sur la torture des prisonniers palestiniens en Israël. La plupart des techniques de torture sont à nouveau systématiques, à la suite de l'Intifada déclenchée fin septembre 2000, affirme Hanna Friedman, membre du Comité public contre la torture en Israël.
Selon elle, la torture avait disparu après un arrêt de la Cour suprême en 1999 interdisant les méthodes d'interrogatoire condamnées internationalement, hormis dans les cas d'attentats imminents. Les gens ne veulent pas voir cela, ni en parler, soupire le Docteur Rouchama Marton, une psychiatre qui s'exprime à l'occasion de la Journée internationale de soutien aux victimes de la torture décrété par l'Onu. Cette position provoque des séquelles irréversibles aux reins, à l'épine dorsale et aux épaules, tout en étirant les tendons des bras et des jambes, dit-elle à propos de la punition infligée à Shabtaï Gold. L'astuce, c'est qu'on ne peut pas voir ces séquelles, car il n'y a ni sang, ni coupures, ni contusions, et les effets psychologiques sont souvent également irréversibles», dit-elle encore.
D'autres techniques consistent à contraindre les prisonniers à rester assis dans la «position de la grenouille», les poignets dans le dos, ou dans celle du «kambaz», comme une banane, les poignets attachées derrière, au niveau des chevilles. Les organisateurs font aussi état de tortures de routine, comme les coups, les privations de sommeil, l'exposition prolongée à une extrême chaleur, au froid, à une forte musique ou encore à la lumière artificielle.
Georges Abou Zoulof, du Comité international de défense des enfants - Palestine, souligne que des adolescents, qui peuvent être arrêtés dès l'âge de 12 ans, sont traités comme des adultes lorsqu'ils ont plus de 16 ans. Selon nos statistiques, plus de 90% des enfants signent des aveux dans les 48 heures suivant leur arrestation, et cela fait vraiment problème», dit-il en faisant aussi état de «cas de sévices sexuels.
Habituellement, les Palestiniens sont d'abord arrêtés par l'armée qui --en fonction de la gravité des reproches-- les confie ensuite au Shin Beth, le service de la sécurité intérieure, pour interrogatoire. L'armée observe le droit international sur le traitement des prisonniers, et nous rejetons catégoriquement toute accusation d'abus de notre part, a affirmé un porte-parole militaire. L'armée n'est pas l'unique organisation habilitée à interroger des prisonniers ou des personnes suspectées d'implication dans des activités terroristes», a-t-il poursuivi. Il n'a pas été possible d'obtenir dimanche un commentaire du Shin Beth.
Quelque 6.000 Palestiniens, pour la plupart des hommes, sont actuellement détenus dans les prisons israéliennes, dont 300 adolescents. Israël est signataire de la Convention de l'Onu contre la torture et de la Convention de l'Onu sur les droits de l'enfant.
(D'après AFP)






