Où en est la résistance irakienne ?

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Où en est la résistance irakienne ?

Messagede terouga le Ven Déc 17, 2004 20:34

Il existe au moins une grande différence entre la guerre du Vietnam et la guerre d'Irak : face aux Américains il n'y a pas une résistance unie et représentative de toute la poplation qui serait prête à remplacer du jour au lendemain les fantôches.

Sorti de groupes sunnites très actifs au centre du pays, il n'y a guère de mouvements importants contre les Américains. Les partis/factions armées kurdes et chiites semblent attendre leur part du pouvoir laissant les anciennes élites sunnites finir de perdre leur atouts dans une lutte minoritaire.

Reste que l'occupation est réellement impopulaire et que l'armée américaine, sans encaisser les pertes records de la guerre du Vietnam, ne cesse de s'enfoncer dans une lutte anti-subversive sans issue.

A noter aussi que derrière la résistance il y a aussi le grand clivage régional entre sunnites plus ou moins fondamentalistes (réseaux saoudiens) et les populations chiites lasses de subir la domination d'élites éternellement associées aux occupants (Ottomans hier, Occidentaux aujourdh'ui).



1) Une résistance uniquement sunnite ?
Force est de constater que c'est la seule zone sunnite qui est concernée par la résistance. Le nord kurde et le sud chiite sont relativement calmes. Il faut dire que dès la guerre de 2003 les factions armées opposées à S. Hussein avaient décidé depuis leurs bases de rester "neutres" dans la guerre entre les dernières forces de S. Hussein et l'impérialisme américain. Pour ces forces cette ultime affrontement était comme une lutte entre le docteur Frankenstein et sa créature.
Après la "victoire" des Américains, les milices chiites et kurdes, sans trop se compromettre avec l'occupant (le chef des chiites l'ayatollah Sistani a toujours refusé de rencontrer le proconsul P. Bremer) ont tout de même fait le pari de laisser les Américains leur lâcher du lest politique dans la mesure où leur neutralité était d'autant lus nécessaire que la situation dégénérait autour de Bagdad.
Reste que les deux factions kurdes restent prudentes : relativement protégés depuis la première guerre du Golf (après avoir été abandonné par Bush père un moment) les dirigeants kurdes restent sous la pression des Turcs très hostiles à toute autonomie élargie du Kurdistan d'Irak.
De plus la ville de Kirkouk reste écartelée entre Kurdes et arabes. Or depuis les années 1920 et plus encore depuis les années 1980 les Kurdes sont habitués à être manipulés puis abandonnés par les puissances occidentales.
Même logique pour les Chiites pro-iraniens : on reste calme en attendant de savoir si les Américains vont prendre acte du poids démographique de des Chiites (déjà le premier ministre fantoche est un chiite) et/ou si Washington va bombarder les sites nucléaires iraniens. Ainsi les velléités militaires de M. Al Sadr ont-elles été tantôt encouragées, tantôt calmées par le Conseil supérieur des "savants" chiites.
Le seule résistance concerne donc la zone sunnite, c'est à dire les villes du centre du pays.


2) Une résistance composite

Dès l'époque ottomane les élites sunnites de Bagdad ont été le vivier de l'appareil d'Etat, de même les colonialistes britanniques s'appuyèrent sur ces cadres pour relayer leur domination après avoir écrasé le soulèvement chiite de 1920. Par la suite, le pouvoir de S. Hussein et cette dimension sunnite, caractéristique qui lui ouvrit les portes des crédits des pétro-monarchies du Golf dans sa guerre contre la révolution iranienne (1980-1988). De même les réformes plus ou moins laïques vu d'Occident avait, en Irak, "l'avantage" de s'en prendre aux Chiites, bien plus nombreux que les Sunnites...
Il fallu les événements des années 90 (où S. Hussein se retourna contre l'Occident et les régimes féodaux de la région) pour que les 20% de sunnites d'Irak se retrouvent en minorité politique et pour le moins isolé dans la région (seule la Jordanie aida quelque peu Bagdad).
C'est ce constat qui marque encore la réalité de la résistance irakienne.
La résistance irakienne est un assemblage très flou et apparemment peu coordonné de plusieurs groupes qui sont pour la plupart des héritiers du parti Baas, parti qui, à la fin du régime déchu s'était presque totalement réduit à des clans bourgeois et urbains plus ou moins affiliés au dictateur, dernier rempart de la domination séculaire des Sunnites. Cela explique pourquoi les premiers noyaux de résistance armée aient éclos dans les rangs des anciens officiers de l'ex armée irakienne ou dans ceux de la Garde Républicaine ou des services secrets. Ainsi la politique de débassisation de P. Bremer a-t-elle un désastre dans la mesure où les élites sunnites se sont vu exclure du pouvoir, dès lors la lutte armée devenait la seule chance de retrouver un éventuel espace politique. Ainsi la capture de S. Hussein n'a-t-elle en rien affaibli la lutte car cette lutte n'a plus pour but la restauration de l'ancien régime, mais bien la sauvegarde du pouvoir des Sunnites.
Dans le même but (éviter la mainmise chiite sur l'Irak) d'autres groupes adoptent une phraséologie volontiers islamiste wahhabite. Ces groupes (comme l'Armée Islamique en Irak) sont tous issus des réseaux islamo-sunnites qui profitent des réseaux fondamentalistes des pays voisins (Arabie Saoudite, Jordanie, etc.) Mais aussi de la mansuétude du Baas qui, dans les années 90, avait totalement largué sa politique laïque et "féministe" pour réhabiliter l'Islam comme outil de contrôle et de mobilisation des Sunnites, de même S. Hussein remis en selle les tribus pour encadrer la population.
De plus, le chef clandestin du Baas serait Izzat Ibrahim Al-Douri, ancien vice-président de S. Hussein, connu pour avoir mené la répression anti-chiite en 1992, et grand inspirateur du virage "islamique" du Baas dans la décennie 90. C'est des lendemains de la première guerre du Golf que date l'ajout sur le drapeau irakien de "Allah est Grand", de même Scott Ritter (1) nous dite que le même Izzat Ibrahim Al-Douri coordonne avec d'anciens hauts responsables des services de sécurité irakiens la résistance qui a eu plus de 10 ans pour préparer l'insurrection. Peu de temps avant l'invasion les cadres des services secrets ont reçu l'ordre de se fondre dans la population et d'attendre leur heure pour agir.
Il est évident que dans la résistance il existe d'autres tendances politiques (nassériens, communistes dissidents...) Mais seuls des groupes sunnites semblent bénéficier de soutien et de réseaux solides. Là aussi la préparation de la résistance par S. Hussein avant l'invasion fait la différence : argent, armes, caches... Les chefs de cette résistance sont bien plus difficiles à localiser que S. Hussein et sa famille. Avec le vol de 380 tonnes (!) D'explosifs sous le nez des Américains la lutte anti-américaine ne va pas manquer de poudre !
C'est cette résistance sunnite / nationaliste qui semble avoir tenu la dragée haute aux Américains à Falloudja. Dès la "victoire" de Bush la ville a subi les violences des soldats américains qui ont tiré dans une foule désarmée qui voulait l'évacuation d'une école... Dès ce crime la mécanique de la résistance s'est enclenchée : cellules du Baas, armes de l'armée démobilisée, mobilisation religieuse, etc. Les Américains ont du raser la ville pour s'en emparer (2)


3) Quid des autres acteurs de la violence ?

Cette résistance islamo-nationaliste est solidement implantée dans le centre du pays t est très active. Elle ne manque ni d'armes, ni de matériel, ni de complicités (3), ni de volontaires pour parasiter au maximum les forces d'occupation.
Mais ces organisations post-baasistes sont logiquement très isolées des factions chiites comme celle de M. Al Sadr lui-même très hostile aux Américains mais héritier d'une famille de dignitaires religieux chiites décimés par S. Hussein (le père de M. Al Sadr fut assassiné en 1999).
Reste que cette résistance n'est pas la seule à agir violemment dans le pays, d'autres groupes tuent chaque jour en Irak. Qui sont-ils ? Pour qui agissent-ils ?
Dans le chaos actuel il existe bien entendu des bandits de grands chemins spécialisés dans les enlèvements contre rançon, un grand classique des zones de conflit comme en Tchéchénie ou en Colombie. La présence "d'experts" étrangers et le pétrole alimente le marché des prises d'otages...
Mais il y a aussi les mercenaires des Américains. Ces derniers, contrains à une lutte "anti subversive" classique organisent déjà des "escadrons de la mort" que l'actuel ambassadeur américain en Irak J. Negroponte connaît bien puisqu'il les a géré en Amérique Centrale dans les années 80. Cela a pour but d'éviter que des soldats gouvernementaux se fassent prendre en train de torturer des irakiens comme dans la prison d'Abou Graïb.
De plus, depuis la capture de S. Hussein en décembre 2003 les services de presse de l'armée d'occupation "chargent" un certain Zarkaoui, auto-proclamé correspondant de Ben Laden en Irak. Or, il est probable que ce Zarkaoui ne soit qu'un épouvantail et un repoussoir destiné à discréditer l'ensemble de la résistance, mais aussi un prétexte idéal pour frapper, bombarder et tuer partout en Irak sous prétexte de traquer cet assassin. Après la capture de S. Hussein les Américains avaient bien besoin d'un autre démon pour relativiser leurs crimes.
Ainsi la décapitation abjecte de l'otage N. Berg par le prétendu Zarkaoui a fait taire le scandale de la prison d'Abou Graïb.
Ce que l'on sait de cet islamiste d'origine jordanienne, c'est que même dans les troupes de Ben Laden en Afghanistan il était suspect et qu'aujourd'hui encore Ben Laden ne cite jamais ce personnage quand il communique sur l'Irak.
L'attaque de Falloudja a été justifiée par la présence de Zarkaoui, de même les désordres à Mossoul, et ainsi de suite. Il y a fort à parier pour que Zarkaoui court encore longtemps. Sans lui comment les Occupants justifieraient-ils leurs actions et leurs budgets ?
Au mieux Zarkaoui est un "idiot utile" aisément manipulable (son groupe revendique aussi des attaques contre les Chiites), au pire c'est le faux-nez des ultras du Pentagone qui savent combien le sang d'innocents américains les renforcent.

1 http://www.iraqresistance.net/article.p ... rticle=115
2 et les combats reprennent régulièrement dans cette ville de taille plutôt modeste
3 l'armée du "gouvernement provisoire" est très infiltrée par les résistants
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