Hommage à Diogène (le vrai)

Les grandes idées du monde

Hommage à Diogène (le vrai)

Messagede FreeIndian le Mar Jan 11, 2005 07:30

"Il faut aborder la vie avec un esprit sain ou se pendre" (Diogène)

Sage, qui chercha à s'affranchir des conventions des hommes pour revenir à la nature libre et à la connaissance de soi.

<<L'optimisme cynique

" Il ne faut pas se marier ni élever d'enfants, puisque notre espèce est faible et que les ennuis procurés par le mariage et les enfants sont un fardeau de plus pour la faiblesse humaine… Mais alors l'espèce humaine s'éteindra : d'où viendra, diras-tu, la relève ?
Plût au ciel que la mollesse quittât l'humanité et que tout le monde devînt sage ! Mais en fait celui-là seul qui m'aura écouté renoncera peut-être, et toute l'humanité, sans m'écouter, fera des enfants.
Au surplus, même si l'espèce humaine venait à disparaître, vaudrait-il la peine de se lamenter autant que si disparaissaient celles de mouches et des guêpes ? Car tel est le langage de ceux qui n'ont pas observé la nature… "
Diogène le Cynique (413-323 av. J.-C.)

Les philosophes cyniques (Antisthène, Diogène, Cratès ), furent des libres penseurs radicaux. Ils affichaient leur indépendance intellectuelle, leur dédain absolu des opinions et bravaient ostensiblement les principes moraux et les conventions sociales.

Antisthène, disciple de Socrate, enseignait que l'homme devait s'affranchir du désir pour se rendre libre.
Ils furent les précurseurs des stoïciens (Zénon, Sénèque, Épictète, Marc Aurèle).

Les cyniques se méfiaient également de la politique. Même la démocratie permet aux menteurs de se faire élire grâce à leur art du sophisme.
Le peuple se laisse illusionner par la persuasion des beaux parleurs et surtout par leurs promesses démagogiques. Les "politiques" ont l'art de créer les conditions de la peur et de faire croire qu'ils détiennent les moyens de protection.
La culture n'est qu'un amusement stérile pour érudit et pseudo érudit. Par la culture, on ne peut rien apprendre sur la nature des choses et la nature de l'homme. La connaissance de soit ne s'acquiert que par l'observation personnelle.
La culture n'est qu'un bavardage inutile qui cache aux hommes le problème fondamental, celui de leur propre existence. Entre leur épuisement au travail et leur dépense d'énergie dans des loisirs et plaisirs vains, ils ne trouvent plus le temps de réfléchir avant d'engendrer… comme des animaux.
À un couple qui sacrifiaient aux dieux pour avoir un fils il dit : " Ne sacrifiez-vous pas aussi pour vous assurer de ce qu'il va devenir ? "
En effet c'est bien le moindre des soucis des parents de se demander ce que va devenir leur rejeton.
En fait les cyniques mettent même l'homme en dessous de l'animal. En effet l'homme court après des désirs insensés .
Une quête incessante qui pourtant l'angoisse et le rend malheureux.
Il faut vraiment être plus bête qu'une bête pour gaspiller ses forces à accumuler des biens qu'on peut perdre en un instant.
Diogène se moque ainsi des hommes qui soi-disant doués de raison, ne s'en servent pas et préfèrent demeurer le jouet de leurs passions et de leurs émotions.
Il s'agit bien sur pour les cyniques de manier la provocation pour faire réfléchir. Diogène se moquait de Platon qui ne dérangeait personne.
On peut dire aujourd'hui la même chose après 2000 ans de philosophie qui n'a osé renverser des valeurs que lorsqu'elles étaient devenues obsolètes et inutiles à la nouvelle cohésion sociale.
Le bonheur pour Diogène réside dans l'apathie, dans le fait de se suffire à soi-même, seule condition de la liberté.
La liberté pour les cyniques ce n'est pas de posséder un maximum de biens, c'est en revanche, de n'être l'esclave de personne, de ne dépendre de personne, de ne craindre personne. Et pour cela il ne faut rien posséder.
Être responsable de soi et seulement de soi. Sans disciple, sans famille, sans enfants.
N'accepter aucune chaîne qui pourrait entraver notre esprit. Qu'aucune direction de soit imposée à notre esprit. Qu'il ne soit entravé ni par les craintes ni par la peur, ni par les interdits, ni par les remords, ni par les regrets, ni par le poids des choses qu'on aurait peur de perdre.
Vivre sans bagage afin de ne point craindre le naufrage.
C'est ainsi que le cynique est heureux, parce qu'il n'a rien à perdre.
Et qu'il demeure toujours disponible pour observer le monde avec ironie.
Il n'a aucune raison de se lamenter sur des évènements qui ne le touchent pas.
Les cyniques sont les premiers à s'être proclamés "citoyens du monde".
Ils n'ont ni histoire, ni culture, ni territoire, ni droits, ni devoirs.
Pour vivre ainsi, il faut bien sûr une grande force en soi. Une force qu'on acquiert pas en s'abandonnant à la fièvre du gain, à la soif de jouissance, à la course aux plaisirs, à la veulerie, à la facilité. Une force qu'on ne peut acquérir en s'oubliant soi-même.
Toujours à mi-chemin entre l'espoir et la crainte, où est notre sérénité ?
La quasi totalité des hommes rampent devant les puissants, subissent le joug de leurs supérieurs, acceptent mille compromis pour conserver de bien minces privilèges.
En revanche Diogène, vêtu de haillons interpelle ainsi Alexandre le Grand : "ôtes-toi de mon soleil !"
Le cynique ne voit aucune rationalité dans la marche du monde, il ne croit à aucune Providence.
Il ne perd pas son temps à chercher une explication à l'existence du monde.
Il lui suffit de se rendre compte de l'évidence selon laquelle la condition humaine est bien peu enviable.
Diogène refuse de tenir compte d'un Dieu qui de toutes façons ne serait qu'une illusion de plus; qu'un obstacle de plus à sa liberté.
La vision du monde des cyniques n'est pas très éloignée de celle du Bouddha. Celui-ci part de la contemplation du samsâra, l'errance perpétuelle de l'homme, où tout est souffrance. La première prise de conscience, ce n'est pas la conscience d'un Dieu au plus haut des cieux, mais de l'abîme de la naissance, qui est en revanche une évidence.
Le fait de naître est déjà source de toutes les infirmités et de tous les désastres.
"Inconcevable est le commencement des êtres qui, aveuglés par l'ignorance, pris au piège du désir, se ruent et se pressent dans la ronde des renaissances."
"Ni pour toi ni pour les autres, ne souhaite enfants, richesse et pouvoir… "
"Misérable, certainement, est ce monde qui est produit, qui naît, vieillit, meurt, disparaît et est reproduit… Vieillesse, maladie, mort et le reste, hélas ! Ce qui peut mettre fin à ce (monde) qui n'est qu'un grand amas de douleurs, on ne le sait pas !.. Quelle est la chose qui existant, fait qu'il y a vieillesse et mort ? Quelle cause ont la vieillesse et la mort ?.. La naissance existant, la vieillesse et le mort existent, car la vieillesse et la mort ont pour cause la naissance… " Sutras
>>

Voilà le monologue de Diogène à la foule :

« Eh, moutons ! Bééé ! Réveillez-vous ! Bééé ! Un homme va mourir ce soir et vous discutez sur les dernières lois à appliquer ! Cet homme, vous le connaissez bien, il arpente vos rues depuis plus de 50 ans ! Oui, je parle de Socrate ! Depuis 50 ans, il n’a eu de cesse de vous inoculer un remède face à vos ambitions, vos passions : ce remède, c’est la vérité !! C’est elle que vous outragez aujourd’hui par votre indifférence et en le jugeant sur des arguments trompeurs ! Oui, vous n’êtes que des moutons : vous vous laissez prendre à la sophistique ! »

Mais, regardez-vous ! C’est eux qui vous gouvernent depuis des années, c’est eux qui vous conseillent, surtout vous, riches dignitaires, bailleurs de fonds, qui régulièrement paradez en ce lieu ! »

« Imaginez-vous que la démocratie dont vous faites si grand cas n‘est qu’une épave ! Votre gouvernement par le peuple n’est qu’un gouvernement d’apparence ! Et tout autre gouvernement le sera aussi : là est le cycle infernal, la ronde des morts du pouvoir ! Le gouvernement a tissé sa toile partout dans vos maisons, dans vos vies, mais surtout dans vos coeurs ! Vous frémissez à l’idée de quitter vos penates ! Regardez-moi je n’ai pas peur de parler ! La mort, que vous craignez, moi je l’aime. Après Socrate, mon tour viendra, j’en suis sûr ! Mais en attendant, je suis là, je vis et je m’insurge contre ce que vous faites au citoyen le plus remarquable d’Athènes : Socrate ; mon ami, mon seul et unique ami sur cette terre, lui qui m’a appris à regarder la vérité, j’ose dire ma vérité !

« Moutons, soyez donc des hommes ! Débarrassez-vous de ces sophistes, de ces idéologues, de leurs foutues chaînes ! Enlevez le voile qui étouffe vos âmes ! N’ayez pas peur d’affirmer votre authentique nature ! »
"La Sagesse m'apprend que je ne suis Rien ,l'Amour me dit que je suis Tout ,et entre les deux ma vie s'écoule"
Avatar de l'utilisateur
FreeIndian
Beau parleur
Beau parleur
 
Messages: 577
Inscription: Mer Sep 15, 2004 21:26

Messagede Citron Bleu le Mer Jan 12, 2005 19:52

Bref, pour être libre selon Diogène, il faut se masturber en place publique, refuser toute forme sociale par individualisme affirmé mais avoir tout de même ses élèves et une école de pensée(ce qui consiste, en fait, a créer une secte). Ah, et bien sûr, vivre dans un tonneau, mourir en retenant sa respiration et mourir en voulant se laisser dévorer par les chiens, ses congénères...

Finalement, hormis le culte de l'individualisme et de l'égocentrisme à l'extrême, voire le culte de sa propre personnalité, son seul et unique fait d'arme est d'avoir, dit-on, provoqué A!exandre le Grand qui lui voua une admiration telle, qu'il fit sa légende en sous-entendant que son Empire ne valait pas la liberté de Diogène.

Finalement, autant ce qu'il nous reste d'Alexandre est la création de l'union de peuples et des civilisations, autant ce qu'il nous reste de Diogène, c'est Bush.

Quoi, j'ai dérapé là? :mdr:
"Le monde est trop dangeureux pour y vivre, non pas à cause de ceux qui y font le mal, mais à cause de ceux qui s'assoient et laissent faire" (A. Einstein)
Avatar de l'utilisateur
Citron Bleu
Orateur
Orateur
 
Messages: 1737
Inscription: Lun Fév 09, 2004 11:10
Localisation: Sud

Messagede FreeIndian le Mer Jan 12, 2005 20:47

Salut Citron Bleu ,

selon moi ,tu te trompes (un peu ) sur le sens de la vie et de l'enseignement de Diogène ,pour beaucoup c'etait un "Socrate devenu fou" ,mais pour d'autres ,ceux qui l'ont vraiment compris ,c'etait avant tout un sage libertaire ,qui essayait "d'enseigner aux gens" par la provocation ,pour "réveiller les consciences" et faire des gens esclaves du système ,des hommes Libres

Donc le fait ,de "chercher un homme" ,avec une lampe allumée en plein jour ,de se masturber devant le public ,ou de vivre dans un tonneau ,etait selon moi simplement un enseignement de "sagesse concrete" pour les gens du peuple ,qui n'avait pas toujours l'érudition necessaire pour comprendre les enseignements d'autres philosophes ,plus "compliqués" et trop abstraits

Je ne peux pas dire s'il etait ou non plus "fou que sage" ,mais d'après ma vision ,c'etait un sage qui tournait en dérision la "société bien pensante" ou conventionnelle ,pour aider les etres a se liberer de leurs chaines (sociales ,psychologiques ou autres )

Et pour moi ,il est justement tout le contraire d'un Bush ,qui est avant tout un "arriviste" ambitieux ,qui veut faire le dictateur en controlant le monde "à sa manière" ,et qui reste enfermé dans sa vision égoiste et arrogant ,de "sa version de la liberté" et de la justice

Au contraire Diogène ,s'affranchi de tout ,ne désire plus rien de la société ,ou du monde ,et il s'est meme liberé de son "égo" et de son orgueuil , il vit simplement sa vraie nature ,ayant réalisé que "nos possessions nous possèdent"
C'est donc l'inverse , il faut etre vraiment très "humble" et détaché ,pour vouloir volontaire vivre dans la nature ,sans titres ni "richesses" ,sans honneurs ni gloire ,et pourtant en faisant ainsi il devient plus grand et plus valeureux ,que tous les monarques ,bourgeois et "conquerants" du monde (Comme Alexandre le pas modeste... lol) car Diogène ne cherche pas a "conquerir" ou diriger le monde comme un tyran ,mais au contraire à Conquerir son Ame ,et à s'affranchir de tout le reste

Comme ce que dira Jesus ,a sa façon ,plutard : "A quoi vous servirez de posseder le monde entier ,si vous perdez votre Ame ?"

Ce n'est que mon avis ;)
"La Sagesse m'apprend que je ne suis Rien ,l'Amour me dit que je suis Tout ,et entre les deux ma vie s'écoule"
Avatar de l'utilisateur
FreeIndian
Beau parleur
Beau parleur
 
Messages: 577
Inscription: Mer Sep 15, 2004 21:26

Messagede Citron Bleu le Jeu Jan 13, 2005 12:12

Je ne suis pas convaincu que ce soit l'inverse. Ni que le concept d'enseigner la liberté par la provocation soit si different que cela de l'égocentrisme d'un Bush. Mais bon, ce n'est pas le sujet. lol J'avais juste fait une parenthèse.

En fait, je me demande ... Si on part du principe que Diogène était vraiment libre, comme certains congénères l'ont décrit. La liberté est-elle de vivre dans la misère à se nourir d'ordures, et en quoi cela diffère t-il du mode de vie des premiers chrétiens ?

Et si Diogène méprisait autant toute institution politique ou sociale, pourquoi tenait-il le rôle d'enseignant de l'école Cynique, c'est un paradoxe pour quelqu'un qui revendique l'individualisme et la première forme d'anarchisme. Pourquoi dire "faites ce que je dis, pas ce que je fait" si ce n'est par intérêt à l'opposé de son discour.

Voilà. En fait, ce qui me gêne c'est cette ambiguité latente qui montre une façade libertaire alors qu'en fond, habilement cachés, se cachent d'autres intérets qui sont démasqués par les actes. D'ou mon raisonnement que le discour de Diogène est parfaitement hypocrite et se rapproche de la mégalomanie.
"Le monde est trop dangeureux pour y vivre, non pas à cause de ceux qui y font le mal, mais à cause de ceux qui s'assoient et laissent faire" (A. Einstein)
Avatar de l'utilisateur
Citron Bleu
Orateur
Orateur
 
Messages: 1737
Inscription: Lun Fév 09, 2004 11:10
Localisation: Sud

Messagede Freaks le Jeu Jan 13, 2005 12:24

CitronBleu a écrit:Ah, et bien sûr, vivre dans un tonneau...


Euh, plutôt une grande amphore, le tonneau est apparu bien plus tard avec les gaulois mais bon, c'est juste un détail.

Sinon je vous conseille "Cynismes" de Michel Onfray, un petit essai bien sympathique et non dénué d'humour pour qui est rebuté par les pavés de Bodhi. ;)
Il m'est odieux de suivre autant que de guider - Friedrich Nietzsche
What's the ugliest part of your body ? I think it's your mind - Frank Zappa
Avatar de l'utilisateur
Freaks
Tendre poète
Tendre poète
 
Messages: 779
Inscription: Mer Aoû 25, 2004 10:39

Messagede FreeIndian le Jeu Jan 13, 2005 20:11

Bonjour Citron Bleu ,
j'ai peu de connaissance sur le fait qu'il ait ou non fondé sa propre école cynique ,mais ce que je sais c'est qu'il a passé sa vie dans une "rue" en grèce ,sous un portique surtout,et que les "foules" venaient d'elles meme le voir vivre ,parler ou "enseigner" a sa manière ,
mais il n'a jamais voulu avoir de disciples ou d'etre un "maitre" ,tout simplement parcequ'il a toujours été contre toutes institutions ou toute "prise de pouvoir quelque qu'elle soit" (un peu comme Jiddhu Krishnamurti ,dans le domaine plus contemporain de la spiritualité ,si tu le connais )
Il voulait avant tout apprendre aux hommes a etre libres , et d'ailleurs meme s'il a annoncé au peuple qu'il fondait une nouvelle école (pour montrer son détachement envers son maitre Antisthène ) ,il n'a jamais donné d'écrits ,ni de dogmes à suivre ,ni de "principes" à suivre ou "d'ecriteau à l'entrée d'une école (vu qu'il vivait dans la nature )

Je n'en sais pas beaucoup plus :)
"La Sagesse m'apprend que je ne suis Rien ,l'Amour me dit que je suis Tout ,et entre les deux ma vie s'écoule"
Avatar de l'utilisateur
FreeIndian
Beau parleur
Beau parleur
 
Messages: 577
Inscription: Mer Sep 15, 2004 21:26


Retourner vers Philosophie - Idéologie

Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum: Aucun utilisateur enregistré et 0 invités

cron