"Il faut aborder la vie avec un esprit sain ou se pendre" (Diogène)
Sage, qui chercha à s'affranchir des conventions des hommes pour revenir à la nature libre et à la connaissance de soi.
<<L'optimisme cynique
" Il ne faut pas se marier ni élever d'enfants, puisque notre espèce est faible et que les ennuis procurés par le mariage et les enfants sont un fardeau de plus pour la faiblesse humaine… Mais alors l'espèce humaine s'éteindra : d'où viendra, diras-tu, la relève ?
Plût au ciel que la mollesse quittât l'humanité et que tout le monde devînt sage ! Mais en fait celui-là seul qui m'aura écouté renoncera peut-être, et toute l'humanité, sans m'écouter, fera des enfants.
Au surplus, même si l'espèce humaine venait à disparaître, vaudrait-il la peine de se lamenter autant que si disparaissaient celles de mouches et des guêpes ? Car tel est le langage de ceux qui n'ont pas observé la nature… "
Diogène le Cynique (413-323 av. J.-C.)
Les philosophes cyniques (Antisthène, Diogène, Cratès ), furent des libres penseurs radicaux. Ils affichaient leur indépendance intellectuelle, leur dédain absolu des opinions et bravaient ostensiblement les principes moraux et les conventions sociales.
Antisthène, disciple de Socrate, enseignait que l'homme devait s'affranchir du désir pour se rendre libre.
Ils furent les précurseurs des stoïciens (Zénon, Sénèque, Épictète, Marc Aurèle).
Les cyniques se méfiaient également de la politique. Même la démocratie permet aux menteurs de se faire élire grâce à leur art du sophisme.
Le peuple se laisse illusionner par la persuasion des beaux parleurs et surtout par leurs promesses démagogiques. Les "politiques" ont l'art de créer les conditions de la peur et de faire croire qu'ils détiennent les moyens de protection.
La culture n'est qu'un amusement stérile pour érudit et pseudo érudit. Par la culture, on ne peut rien apprendre sur la nature des choses et la nature de l'homme. La connaissance de soit ne s'acquiert que par l'observation personnelle.
La culture n'est qu'un bavardage inutile qui cache aux hommes le problème fondamental, celui de leur propre existence. Entre leur épuisement au travail et leur dépense d'énergie dans des loisirs et plaisirs vains, ils ne trouvent plus le temps de réfléchir avant d'engendrer… comme des animaux.
À un couple qui sacrifiaient aux dieux pour avoir un fils il dit : " Ne sacrifiez-vous pas aussi pour vous assurer de ce qu'il va devenir ? "
En effet c'est bien le moindre des soucis des parents de se demander ce que va devenir leur rejeton.
En fait les cyniques mettent même l'homme en dessous de l'animal. En effet l'homme court après des désirs insensés .
Une quête incessante qui pourtant l'angoisse et le rend malheureux.
Il faut vraiment être plus bête qu'une bête pour gaspiller ses forces à accumuler des biens qu'on peut perdre en un instant.
Diogène se moque ainsi des hommes qui soi-disant doués de raison, ne s'en servent pas et préfèrent demeurer le jouet de leurs passions et de leurs émotions.
Il s'agit bien sur pour les cyniques de manier la provocation pour faire réfléchir. Diogène se moquait de Platon qui ne dérangeait personne.
On peut dire aujourd'hui la même chose après 2000 ans de philosophie qui n'a osé renverser des valeurs que lorsqu'elles étaient devenues obsolètes et inutiles à la nouvelle cohésion sociale.
Le bonheur pour Diogène réside dans l'apathie, dans le fait de se suffire à soi-même, seule condition de la liberté.
La liberté pour les cyniques ce n'est pas de posséder un maximum de biens, c'est en revanche, de n'être l'esclave de personne, de ne dépendre de personne, de ne craindre personne. Et pour cela il ne faut rien posséder.
Être responsable de soi et seulement de soi. Sans disciple, sans famille, sans enfants.
N'accepter aucune chaîne qui pourrait entraver notre esprit. Qu'aucune direction de soit imposée à notre esprit. Qu'il ne soit entravé ni par les craintes ni par la peur, ni par les interdits, ni par les remords, ni par les regrets, ni par le poids des choses qu'on aurait peur de perdre.
Vivre sans bagage afin de ne point craindre le naufrage.
C'est ainsi que le cynique est heureux, parce qu'il n'a rien à perdre.
Et qu'il demeure toujours disponible pour observer le monde avec ironie.
Il n'a aucune raison de se lamenter sur des évènements qui ne le touchent pas.
Les cyniques sont les premiers à s'être proclamés "citoyens du monde".
Ils n'ont ni histoire, ni culture, ni territoire, ni droits, ni devoirs.
Pour vivre ainsi, il faut bien sûr une grande force en soi. Une force qu'on acquiert pas en s'abandonnant à la fièvre du gain, à la soif de jouissance, à la course aux plaisirs, à la veulerie, à la facilité. Une force qu'on ne peut acquérir en s'oubliant soi-même.
Toujours à mi-chemin entre l'espoir et la crainte, où est notre sérénité ?
La quasi totalité des hommes rampent devant les puissants, subissent le joug de leurs supérieurs, acceptent mille compromis pour conserver de bien minces privilèges.
En revanche Diogène, vêtu de haillons interpelle ainsi Alexandre le Grand : "ôtes-toi de mon soleil !"
Le cynique ne voit aucune rationalité dans la marche du monde, il ne croit à aucune Providence.
Il ne perd pas son temps à chercher une explication à l'existence du monde.
Il lui suffit de se rendre compte de l'évidence selon laquelle la condition humaine est bien peu enviable.
Diogène refuse de tenir compte d'un Dieu qui de toutes façons ne serait qu'une illusion de plus; qu'un obstacle de plus à sa liberté.
La vision du monde des cyniques n'est pas très éloignée de celle du Bouddha. Celui-ci part de la contemplation du samsâra, l'errance perpétuelle de l'homme, où tout est souffrance. La première prise de conscience, ce n'est pas la conscience d'un Dieu au plus haut des cieux, mais de l'abîme de la naissance, qui est en revanche une évidence.
Le fait de naître est déjà source de toutes les infirmités et de tous les désastres.
"Inconcevable est le commencement des êtres qui, aveuglés par l'ignorance, pris au piège du désir, se ruent et se pressent dans la ronde des renaissances."
"Ni pour toi ni pour les autres, ne souhaite enfants, richesse et pouvoir… "
"Misérable, certainement, est ce monde qui est produit, qui naît, vieillit, meurt, disparaît et est reproduit… Vieillesse, maladie, mort et le reste, hélas ! Ce qui peut mettre fin à ce (monde) qui n'est qu'un grand amas de douleurs, on ne le sait pas !.. Quelle est la chose qui existant, fait qu'il y a vieillesse et mort ? Quelle cause ont la vieillesse et la mort ?.. La naissance existant, la vieillesse et le mort existent, car la vieillesse et la mort ont pour cause la naissance… " Sutras
>>
Voilà le monologue de Diogène à la foule :
« Eh, moutons ! Bééé ! Réveillez-vous ! Bééé ! Un homme va mourir ce soir et vous discutez sur les dernières lois à appliquer ! Cet homme, vous le connaissez bien, il arpente vos rues depuis plus de 50 ans ! Oui, je parle de Socrate ! Depuis 50 ans, il n’a eu de cesse de vous inoculer un remède face à vos ambitions, vos passions : ce remède, c’est la vérité !! C’est elle que vous outragez aujourd’hui par votre indifférence et en le jugeant sur des arguments trompeurs ! Oui, vous n’êtes que des moutons : vous vous laissez prendre à la sophistique ! »
Mais, regardez-vous ! C’est eux qui vous gouvernent depuis des années, c’est eux qui vous conseillent, surtout vous, riches dignitaires, bailleurs de fonds, qui régulièrement paradez en ce lieu ! »
« Imaginez-vous que la démocratie dont vous faites si grand cas n‘est qu’une épave ! Votre gouvernement par le peuple n’est qu’un gouvernement d’apparence ! Et tout autre gouvernement le sera aussi : là est le cycle infernal, la ronde des morts du pouvoir ! Le gouvernement a tissé sa toile partout dans vos maisons, dans vos vies, mais surtout dans vos coeurs ! Vous frémissez à l’idée de quitter vos penates ! Regardez-moi je n’ai pas peur de parler ! La mort, que vous craignez, moi je l’aime. Après Socrate, mon tour viendra, j’en suis sûr ! Mais en attendant, je suis là, je vis et je m’insurge contre ce que vous faites au citoyen le plus remarquable d’Athènes : Socrate ; mon ami, mon seul et unique ami sur cette terre, lui qui m’a appris à regarder la vérité, j’ose dire ma vérité !
« Moutons, soyez donc des hommes ! Débarrassez-vous de ces sophistes, de ces idéologues, de leurs foutues chaînes ! Enlevez le voile qui étouffe vos âmes ! N’ayez pas peur d’affirmer votre authentique nature ! »







