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Le Temps I Article
La vipère et les croyances du passé
Seul serpent venimeux de Suisse avec sa cousine la vipère péliade, l'aspic raffole des versants ensoleillés des Alpes ou du Jura. Mais l'animal est peu dangereux.
Samuel Russier
Jeudi 18 août 2005
On se croirait dans une carte postale. Le drapeau rouge à croix blanche flotte majestueusement sur fond d'alpages vert profond. Le soleil atteint tout juste le chalet installé au fond de la petite vallée, jusque-là dans l'ombre du Vanil-Noir, plus haut sommet fribourgeois. A l'entrée de la réserve du même nom, les cloches des vaches brunes rivalisent avec le roulement d'un petit torrent et les chants des oiseaux. Au milieu des prés, encore couverts d'herbes hautes et de petites fleurs colorées, quelques rochers disparaissent sous la mousse. Dans l'air flotte une odeur de menthe sauvage et de terre humide. C'est là que se cache l'animal que recherche Jean-Claude Monney. Malgré le cadre bucolique, le biologiste fribourgeois n'est pas en quête de marmottes ou de bouquetins.
Le responsable de l'antenne romande du Centre de protection des amphibiens et des reptiles (Karch) traque la vipère aspic. Seul serpent venimeux de Suisse avec sa cousine la vipère péliade, l'aspic raffole des pierres et des fourrés des Alpes ou du Jura. Facile de les apercevoir en ce début d'été: les femelles gestantes doivent sortir se réchauffer aux premiers rayons du soleil. «Les vipères, c'est comme les champignons. Il suffit de savoir où chercher pour en trouver», sourit Jean-Claude Monney. Il faudra tout de même une petite heure de chasse pour enfin tomber sur le premier serpent, à un mètre à peine du sentier. L'animal, brun et noir, est lové sur la mousse d'une pierre, parfaitement immobile. «Il faut éviter les gestes brusques, explique le biologiste en s'approchant de l'animal. La vipère n'a pas une très bonne vue, mais elle repère les mouvements.» Prise entre deux doigts d'un gant épais, la jeune vipère aspic ne peut que siffler vainement, et sortir sa langue noire et fourchue. La capture n'est là que pour la démonstration. Jean-Claude Monney compte par acquis de conscience le nombre d'embryons dans le ventre écailleux: six. La jeune femelle sera ensuite pesée (106 grammes) et mesurée (50 centimètres) avant d'être relâchée dans son trou.
La passion du biologiste pour les reptiles ne date pas d'hier. «A 6 ans, je ramenais des lézards à la maison. J'ai toujours été fasciné par le silence mystérieux des serpents. Et puis je n'ai jamais attendu d'affection de la part d'un animal.» De fait, la vipère aspic, ses pupilles verticales et son museau relevé n'appellent pas le baiser. Son aspect inquiétant explique en partie la répulsion qu'elle inspire aux promeneurs. Jean-Claude Monney se bat justement pour redorer le blason de ses protégées. «Certains bergers connaissent bien l'animal. Mais d'autres en sont encore aux croyances du Moyen Age. J'ai beau leur dire que 30 litres de lait, ça fait beaucoup pour une bête de 150 grammes, ils sont persuadés qu'une vipère peut vider le pis d'une vache...» Même crainte irrationnelle du côté des randonneurs, qui redoutent la morsure du serpent. «Il faut reconnaître que, dans l'art du venin, la vipère a atteint un sommet.»
Reste que la psychose entourant les serpents est surfaite: une petite dizaine de personnes, promeneurs distraits ou téméraires, sont mordues chaque année par une vipère. En quarante ans, la Suisse n'a répertorié qu'un seul cas fatal. «Mais les effets du venin sont assez impressionnants», reconnaît Jean-Claude Monney, qui y est passé lui-même deux fois. «Le membre mordu gonfle et devient tout bleu.» En général, un simple séjour à l'hôpital permet de passer le cap. En cas de complication, l'injection du sérum et beaucoup de repos viennent à bout du problème.
De nombreuses informations sur les reptiles sont disponibles sur le site du Karch (http://www.karch.ch)
Où trouver la vipère aspic?
Le Temps
La vipère aspic fréquente essentiellement les versants bien exposés du Jura et des Alpes, explique Jean-Claude Monney. Depuis les basses altitudes jusqu'à plus de 2000 m, à la limite supérieure de la forêt. On la trouve dans divers types d'habitat offrant la chaleur nécessaire à son cycle d'activités. Mais l'homme, par ses constructions et ses activités agricoles ancestrales, a créé des milieux favorables à l'espèce: murs de pierres sèches, haies et lisières buissonnantes, tranchées de lignes électriques, coupes rases, talus de chemin de fer, carrières, prairies sèches, etc. Outre la Suisse, l'aspic habite le nord-est de l'Espagne, les deux tiers méridionaux de la France, l'Italie et la Sicile.


,vous vous en rappelez..
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