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« Depuis toujours, tous les hommes ont vécu en vain, et sont morts en vain. La grande erreur, c'est donc bien la naissance… »
« La seule chose que je me flatte d'avoir compris très tôt, avant ma vingtième année, c'est qu'il ne fallait pas engendrer. Mon horreur du mariage, de la famille et de toutes les conventions sociales vient de là. C'est un crime de transmettre ses propres tares à une progéniture, et l'obliger ainsi à passer par les mêmes épreuves que vous, par un calvaire peut-être pire que le vôtre. Donner la vie à quelqu'un qui hériterait de mes malheurs et de mes maux, je n'ai jamais pu y consentir. Les parents sont tous des irresponsables ou des assassins. »
" Je n'ai jamais admis la sexualité en dehors du plaisir. Sa fonction proprement dite m'a toujours inspiré une aversion insurmontable. Jamais je n'aurais de mon propre gré accepté de prendre la responsabilité d'une vie. "
Les hommes semblent en effet tourner en rond comme les poissons rouges dans leur bocal. Ils rêvent d'en sortir mais ils pondent toujours, alors qu'il est évident que l'issue n'est pas pour eux, mais pour ceux qu'ils n'engendreront pas.
Il faut donc être sans ego pour aimer les autres comme soi-même.
On ne peut aimer les autres qu'après s'être détaché de tout, lorsque le "moi" est absent. Et on se détache de tout lorsqu'on fait le choix de sa propre liberté, ce qui paradoxalement signifie qu’on a décidé d’abord de se comprendre soi-même afin de s'aimer soi-même.
Pour reconnaître la nature profonde de l’autre, l’être intérieur de l’autre, il faut d’abord connaître son propre être intérieur.
« Il s’agit de dissiper l’illusion d’un moi individuel, d’un principe personnel, engendré par l’ignorance. La perte de cette illusion conduit à une compassion envers tout être vivant et toute souffrance » Frédéric Lenoir, La rencontre du bouddhisme et de l’occident
« La source des maux humains vient de ce que chacun choisit un parti et refuse d’en voir le contraire, alors que la réalité comporte une alternance de contraires… Apercevoir la complémentarité d’une affirmation et d’une négation données, voilà le salut de l’homme. » Liou Kia-hway
L'homme n'est qu'un porteur de testicules, nécessaire à la reproduction. La femme, une pondeuse d'œufs. Ils doivent procréer pour transmettre leurs gènes.
Le Vouloir Vivre est un instinct sans fondement, sans finalité, même si les hommes s'acharnent à inventer de sublimes causes à leurs diverses agitations et en particulier à la procréation.
Dans la vie des hommes tout est organisé en vue de buts précis. Des buts totalement illusoires. S'acheter une voiture, une maison, partir en vacances ou accéder à la retraite ne sont pourtant que des moments dérisoires de l'existence.
Aucun humanisme chez Schopenhauer pour qui l'homme n'est ni une fin ni une valeur sûre. Le monde est plutôt le théâtre de la folie, de l'infamie, de la cruauté, aussi bien que de la naïveté et de la sottise. Il ne voit que " des fourmis en délire, s'excitant sur cette planète perdue dans le tourbillon hystérique des galaxies ".
Tout bonheur est précaire: un grain de sable, un accident peuvent le transformer en malheur à jamais. Une telle quête qui nécessite tant de sacrifices peut en un instant aboutir au Rien. Tendre vers le bonheur est donc une sottise. Chacun le sait mais refoule cette évidence par peur de l'ennui. Si l'homme s'agite, c'est pour ne pas sombrer dans l'ennui.
Consommer son temps libre dans des divertissements qui n'ont d'autre but que de tuer le temps alors qu'on investit des moyens énormes pour nous faire vivre le plus longtemps possible ! Mais peut-être bien que l'allongement de la vie humaine n'est rien d'autre qu'une affaire d'investissement et de rentabilité.
Ce qu'on nous fait prendre pour le sens de la vie, c'est une chimère : informations et connaissances prédigérées, mâchées, formatées à l'aune de la pensée molle. Guerre, violence, délinquance comme spectacle quotidien télé-guidé. Des téléspectateurs toujours plus friands de nouvelles catastrophes, de nouveaux conflits, de nouveaux lynchages et autres vulgarités médiatiques.
Les hommes sont conditionnés à n'agir que pour la société, ils ne savent pas utiliser le temps de vacance dont ils disposent depuis peu, à la réflexion, à la connaissance de leur richesse intérieure. C’est à dire de ce qui en eux demeure indéfiniment, indépendamment de tout ce qui est extérieur et impermanent. Mais personne ne leur a appris. L’enseignement n'a jamais vraiment formé des têtes bien faites dans des corps sains, mais des travailleurs, des machines à produire et à consommer.
Ils ne peuvent utiliser leur temps libre qu’à des fins extérieures à eux mêmes. Même lorsqu’ils ne sont plus soumis au labeur, ils restent sous influence.
C’est le moment de retrouver sa propre nature libérée des conditionnements et de dégonfler cet ego qui, dans l'affairement quotidien, s'est transformé en baudruche.
Et pour traquer l’ego, pour en comprendre l’absolue vanité, il suffit d’observer le travail tentaculaire du mental, l’instrument de notre représentation du monde. Le mental est là pour donner libre court à l’ego.
« Comme celui qui a atteint le sommet d'une montagne perçoit les habitants des basses vallées, ainsi le sage contemple avec un esprit invincible les insensés et leurs folies… » ( Sentence empruntée au Dhammapada ).
Si l'homme s'attache aux choses extérieures : richesse, rang, famille, amis… son centre de gravité est en dehors de lui.
Si ces choses extérieures s'écroulent, il s'effondrera avec elles. En revanche ceux qui peuvent se passer de tout, « ils ont leur centre de gravité en eux même, mais ils doivent s'habituer à errer parmi les autres humains, comme des êtres d'une espèce différente… » A. S.
« Ceux qui visent leur perfection interne agissent sans laisser de nom ; ceux qui visent les biens extérieurs n’agissent que pour en être récompensés. Ceux qui visent la récompense ne sont que des négociants. » Lao-tseu
L'homme n'est libre que dans la solitude. Mais l'homme social est comme la plante dans son pot. Sa marge de manœuvre est des plus limitée.
La société aime que ses sujets aient une opinion, des opinions. C'est le liant social. Celui qui se permet de ne pas avoir une opinion sur tout, est suspect.
« On ne peut être vraiment soi qu'aussi longtemps qu'on est seul… La société est insidieuse, elle cache des maux immenses, souvent irréparables, derrière les passe-temps, les causeries et autres amusements. » A. S.
Dans Ainsi parlait Zarathoustra, Nietzsche approuve et en remet une couche : « Où cesse la solitude commence la place publique, et où commence la place publique commence aussi le bruit des grands comédiens et le bourdonnement des mouches venimeuses ».
Lorsque Milarépa (1040-1123) commença à être reconnu et à attirer la foule, il se retira très loin, dans une vallée déserte, « Car cela est nuisible à la fermeté de mon âme… il y a danger que j’en arrive à perdre toute mon énergie ».
Le seul moyen de se libérer du Vouloir omniprésent est le détachement.
C'est le vide intérieur des hommes et leur fatigue d'eux-mêmes qui les poussent à rechercher la société et à s'affairer.
L'instinct social des hommes ne repose pas sur l'amour des autres, mais sur la crainte de la solitude. Pour y échapper, même la pire des compagnies est toujours la bien venue.
« L'amour de la vie n'est en fait que la peur de la mort. » A. S.
Schopenhauer ne prend pas les hommes au sérieux, ce ne sont que des animaux avides et intéressés.
« Aucun animal ne torture uniquement pour torturer ; mais l'homme le fait, et ceci constitue son caractère diabolique, infiniment pire que le caractère bestial. » A. S.
L'Histoire pour Schopenhauer n'est qu' « un tissu de sottises et de méchancetés, elle ne manifeste aucune tendance morale, aucun souci de perfection. »
Sa seule constante, c'est l'abus de pouvoir.
Avec le recul du temps il semble évident que les hommes font l'histoire au hasard du sang versé et la subissent sans la comprendre.
Pour Schopenhauer comme pour les bouddhistes et les taoïstes, la nature indéfiniment, reproduit les mêmes processus; l'histoire ne présente que des cycles et des répétitions. L'histoire tourne en roue libre, elle n'a pas de sens.
Si la médecine guérit de plus en plus de maladies, la science sans conscience en produit chaque jour de nouvelles. Parce que dans la nature nul n’a aucun droit privilégié à l’intégrité physique ou psychique.
L’homme est le cancer qui par la pénicilline et la technique qu’il a diaboliquement inventées, métastase toute la terre.
« Car il n'y a pas beaucoup à gagner dans ce monde : la misère et la douleur le remplissent, et, quant à ceux qui leur ont échappé, l'ennui est là qui les guette de tous les coins. En outre, c'est d'ordinaire la perversité qui y gouverne et la sottise qui y parle haut. » A. S. Aphorismes sur la sagesse dans la vie.
Pour Schopenhauer, même l'amour n'est que l'illusion du génie de l'espèce qui nous attire vers l'autre dans le seul but de la procréation.
L'Amour est un leurre en vue de la procréation comme les plumes de paon sont un leurre en vue de l'accouplement.
« Les hommes ne sont mus ni par des convoitises dépravées, ni par un attrait divin, ils travaillent pour le Génie de l'Espèce, sans le savoir ils sont tout à la fois ses courtiers, ses instruments et ses dupes… Les femmes sont ses complices… » A. S.
Pour le philosophe, « la femme est le funeste moule de la vie. »
Certes, comme la plupart des hommes du XIXè siècle, Schopenhauer exprime souvent sa misogynie. Mais il est trop facile de condamner son diagnostic sous ce prétexte. Ses réflexions sur la procréation dépassent largement son sentiment sur la femme.
« Parce qu'un homme a joui du plaisir de la procréation, un autre, son fils ou sa fille, doit vivre, souffrir et mourir ! Comment pourraient-ils ne pas former qu'une seule et même chose ? »
Schopenhauer rêve du dernier homme, mais il sait que la folie d'engendrer est la plus forte.
Aucun moyen de contraception ne peut contrebalancer ce "Vouloir Vivre".
Le "Vouloir Vivre" est plus fort que l'intelligence.
En fait l’intelligence n’est qu’un des outils du "Vouloir Vivre"
Le combat contre l'instinct de survie de l'espèce est perdu d'avance.
Les hommes ne semblent nés que pour passer le temps, conditionnés dès le plus jeune âge à " gagner leur vie en la perdant…"
Ils méprisent le conformisme de leurs aïeux, la lâcheté de leur père…
Mais demain que feront-ils eux-mêmes?
Il se rend compte que les changements de route sont vains, les efforts totalement stériles et que seule la folie pousse les hommes à engendrer.
« Bien que ces enfants fussent ignobles, il ne put s'empêcher de s'intéresser à leur sort et de croire que mieux eût valu que leur mère n'eût point mis bas. En effet, c'était de la gourme, des coliques et des fièvres, des rougeoles et des gifles dès le premier âge ; des coups de botte et des travaux abrutissants, vers les treize ans ; des duperies de femmes, des maladies et des cocuages dès l'âge d'homme ; c'était aussi vers le déclin, des infirmités et des agonies, dans un dépôt de mendicité ou dans un hospice… » J-K. H
Pour Tchouang-tseu : « l’excès d’intelligence met du désordre dans le rayonnement de la lune et du soleil, effrite les montagnes, dessèche les fleuves et perturbe la succession des quatre saisons ».
Plus l'homme est intolérant et intégriste, plus il veut se multiplier.
« Le nationalisme est une frénésie pareille à celle qui s'empare des sociétés animales devenues trop nombreuses… Le nationalisme est l'art de consoler la masse de n'être qu'une masse… » A. C.
« Les hommes se sont répandus sur l'univers comme la lèpre et plus ils multiplient, plus ils dénaturent, ils croient servir leurs dieux en devenant toujours plus innombrables, les marchands et leurs prêtres approuvent leur fécondité, les uns parce qu'elle les enrichit, les autres parce qu'elle les accrédite… les intérêts de la morale et du négoce forment une alliance indéfectible, l'argent et la spiritualité ne souffrent que le mouvement s'arrête, les marchands veulent des consommateurs, les prêtres veulent des familles, la guerre les effraye moins que le dépeuplement… » A. C.
Pour ce prophète qui inverse l'ordre divin: « Ne croissez point et ne multipliez jamais… », la seule source du malheur est la fécondité. Il voit la terre s'épuiser sous la multitude. Si l’homme avait été sage, il aurait limité sa propagation au stade où il en était arrivé au début de l’ère chrétienne : environ cent millions d’individus, c’était bien suffisant pour laisser la terre vivre aussi. Mais aujourd’hui, cette pauvre planète supportera bientôt le dixième de tous les hommes qui y sont nés (cent milliards d’individus au total), une situation aussi unique que catastrophique ! Pour Caraco la surpopulation est la seule véritable pollution de la terre, l’homme en est l’unique prédateur !
« Nous sommes trop nombreux, déjà l'espace se refuse, il ne nous reste plus d'îles à découvrir ni de montagnes à gravir, nous nous entrechoquons, l'air vient à nous manquer et l'eau s'enfonce sous nos pas dans les entrailles de la terre, nous lorgnons déjà les étoiles, les hommes s'enflent comme un océan et les efforts que l'on déploie rappellent les convulsions de la noyade, enfin nous nous tuons à besogner et nous nous épuisons à subsister, nous finirons par marcher sur la tête ou par servir nous-même de tapis à ceux qui nous écraseront… » A. C. Huit essais sur le mal
« Plus les hommes surabondent et moins vaut l’homme… »
Pour les autres, comme dirait Cioran, nous ne pouvons avoir que de la compréhension, de l’empathie, voire de la compassion, comme pour tout être vivant.
« Tout nouveau-né est pour moi un malheureux de plus, comme tout mort un de moins. C'est chez moi une réaction mécanique. Condoléances pour la naissance, félicitations pour la mort… »
Cioran connaît le Bouddhisme, déjà présent chez les Bogomiles :
« Le drame ce n'est pas de mourir c'est de naître… »
« Il nous répugne, c'est certain de traiter la naissance de fléau : ne nous a-t-on pas inculqué qu'elle était le souverain bien, que le pire se situait à la fin et non au début de notre carrière. Le mal, le vrai mal est pourtant derrière, non devant nous. C'est ce qui a échappé au Christ, c'est ce qu'a saisi le Bouddha… avant la vieillesse et la mort, il place le fait de naître, source de toutes les infirmités et de tous les désastres… »
« Partout des gens qui veulent... Mascarade de pas précipités vers des buts mesquins ou mystérieux ; des volontés qui se croisent. Chacun veut. La foule veut. Des milliers tendus vers je ne sais quoi. Je ne saurais les suivre, encore moins les défier ; je m'arrête stupéfait : quel prodige leur insuffla tant d'entrain? Mobilité hallucinante : dans si peu de chair tant de vigueur et d'hystérie ! Ces vibrions qu'aucun scrupule ne calme, qu'aucune sagesse n'apaise, qu'aucune amertume ne déconcerte... Ils bravent les périls avec plus d'aisance que les héros: ce sont des apôtres inconscients de l'Efficace, des saints de l'Immédiat, des dieux dans les foires du temps… » Cioran
Cioran est prêt à accepter n'importe quelle humiliation ou souffrance plutôt que de se plier au travail. Il est prêt à tout sauf à gagner sa vie. Pour Cioran exercer un métier est la pire des déchéances. Il a réussi à échapper à ce premier carcan, à ce premier enchaînement qu'est le travail, l'aliénation primordiale qui entrave le développement de l'esprit.
Le travail coupe le temps en morceaux. Comme le jour et la nuit, il rythme la vie, la rend discontinue. Il morcelle la réflexion, qui ainsi perd son propre fil. Il empêche l'esprit de poursuivre sa quête.
Or toute méditation ne doit être interrompue sous aucun prétexte, si l'on souhaite atteindre le fond de soi-même.
C’est le monde actuel qui n’est pas fait pour l’homme, et la dépression n’est pas une maladie comme voudraient nous le faire croire ceux qui sont chargés de ramener les veaux dans le corral.
La dépression est définie comme une incapacité à prendre une décision, à s’engager dans une action. C’est une absence de motivation, une dégradation d’humeur et d’élan vital qui vont de pair avec un sentiment de culpabilité alimenté par l’entourage social. Le dépressif a honte de sa dépression. Il faut retourner la culpabilité à l’envoyeur. C’est une chance inespérée de s’apercevoir enfin de l’immense gâchis de sa vie, d’essayer de comprendre tout ce qui nous a fait prendre des vessies pour des lanternes durant tant d’années. C’est l’occasion de tirer un trait sur tout ce qu’on a cru adorer et se mettre à l’écoute de sa nature profonde, de son univers intérieur tout en restant sourd aux chants des sirènes extérieures. N’écouter ni le psy ni le médecin, qui à coup d’antidépresseurs qui détruisent le corps, n’ont comme objectif que de vous faire rejoindre le troupeau social.
Il faut s’éloigner de nos attaches, de nos adhésions, de nos croyances. Il faut se retirer dans un coin du monde différent de l’environnement habituel, là où les relations avec les choses et les autres n’ont pas encore été faussées. Pour regarder, sentir et écouter la nature, les hommes, les femmes et les enfants qui malgré ou grâce à la pauvreté, ont encore le regard clair.
Et éventuellement revenir ensuite chez soi, mais avec une autre vision du monde, une autre mentalité. On a sans doute tout perdu, mais gagné la paix intérieure.
« Tout ce que l'homme fait m'apparaît artificiel et inutile… Quelle absurdité que ce singe qui va au bureau ! Se confiner dans une chambre, se mettre à sa table de travail, y rester pendant des heures, non, la dernière des bêtes est plus près de la vérité que l'homme… » Cioran. Cahiers
« Toute réussite, dans n'importe quel ordre entraîne un appauvrissement intérieur. Elle nous fait oublier ce que nous sommes... Plus quelqu'un est comblé de dons, moins il avance sur le plan spirituel. Le talent est un obstacle à la vie intérieure... » Cahiers.
« Le contentement suprême, c’est de n ‘avoir rien qui contente… Le non-agir, voilà le contentement suprême ». Tchouang-tseu
Cioran n'a aucune illusion sur quoi que ce soit. Mais surtout, à force de réflexion, il finit par tellement comprendre les choses, qu'il ne voit plus aucune raison d'agir sur elles.
Pour Cioran comme pour le Tao, la distinction entre l’utile et le nuisible est toute relative. Comme Tchouang-Tseu, Cioran voit dans toute règle morale et sociale une source de conflit, alors que si chacun ne cherche que sa propre perfection, les rivalités n’auront plus d’objet.
Si le courage est élevé au rang de vertu, alors face aux téméraires et aux effrontés que vont devenir les timides qui cachent souvent de grandes qualités ?
La folie du monde est la folie de la pensée. Elle est due au débordement du mental, à la confusion mentale.
L’ego s’acharne à nous faire croire que nos pensées sont réelles, que le temps, le passé et le futur existent. L’ego stocke les images-souvenirs partielles et momentanées de notre vie. Il constitue un album photos et nous fait croire que c’est notre personnalité ( Persona en latin signifie masque).
Les hommes sont persuadés d’avoir une personnalité, parce que l’un roule en Toyota, l’autre en Peugeot, un troisième en Renault. Ils sont tous conditionnés de la même manière, leurs choix sont dérisoires. Le seul qui éventuellement peut prétendre avoir une personnalité, c’est celui qui organise sa vie sans automobile et refuse ainsi toutes les contraintes et les esclavages qui y sont attachés.
Personne n’a véritablement d’identité propre. D’ailleurs chacun veut être à la mode, ressembler aux modèles qui ne cessent de défiler sous son regard béat. Chacun est persuadé d’être différent alors que son obsession est de ressembler au plus grand nombre.
Pour l'homme, l'agitation tient lieu de personnalité.
Et pourquoi tant d'agitation ?
L'homme a besoin de si peu pour survivre dans la paix. S'il était raisonnable, les produits de la nature suffiraient amplement à sa subsistance. Il n'aurait même pas besoin de sacrifier les animaux.
Mais croire l'homme raisonnable, c'est un prétentieux aveuglement. L'homme est trop avide d'abus de pouvoir.
Beaucoup plus homo opprimens qu'homo sapiens.
" L'appétit de destruction est si ancré en l'homme que personne, même pas un saint, n'arrive à l'extirper. Il est certainement inséparable de la condition du vivant. Le fond de la vie est démoniaque. La destruction a des racines si profondes en chacun de nous qu'il est très probable que nous ne pourrions pas vivre sans elle, j'entends sans le désir de nous y livrer. Elle fait partie de nos données originelles. Chaque être qui naît, c'est un destructeur de plus. "
Cioran n’envie personne. C’est bien la preuve que s’il est dans le monde, il n’est pas de ce monde. De ce monde où chacun est jaloux de son prochain, de son collègue de travail. Dans les temps troubles l’envie pousse la plupart à dénoncer le voisin et l’ami d’hier. L’envie et la jalousie au quotidien, ce sont les petites délations au chef de service, au syndicat, à l’autorité la plus proche, au groupe des autres envieux toujours à l’écoute. L’envie c’est ce qui reste de l’instinct de domination des nuls.
Les envieux haïssent leurs frères et s’agenouillent devant les puissants, les profiteurs qui les méprisent mais s’appuient sur eux pour consolider leur domination.
« Dans l’échelle des créatures il n’y a que l’homme pour inspirer un dégoût soutenu… » Précis de décomposition.
« Ne pas perdre de vue que les opprimés sont pétris de la même boue que leurs oppresseurs… »
L’antiprocréationnisme est la seule voie de celui qui ne peut plus croire en la solution que les rares sages d’aujourd’hui proposent : une révolution de la conscience, un respect de soi, des autres et de l’environnement ; en deux mots, une éthique de la responsabilité individuelle et collective. L’homme n’en est pas capable, il lui faudrait mille ans d’initiation, et il est déjà trop tard.
L’antiprocréationnisme est une révolte d’autant plus forte qu’elle est non violente, qu’elle n’attaque personne.
C’est en même temps le plus subversif des moyens d’affronter l’absurde cruauté du monde.
L'antiprocréationnisme n'est en fait que l'expression d'une provocation.
C'est jeter une pierre vers le soleil, même si on le sait inaccessible.
Il s'agit aussi bien sûr de ce que le Bouddha entendait par le nirvâna, l’extinction des passions et des douleurs et la certitude de ne plus jamais renaître à travers sa progéniture.
Seul un descendant des Bogomiles, venu des confins de l’Orient et de l’Occident, pouvait se fondre dans une telle révélation.
« Avoir commis tous les crimes, hormis celui d'être père…» Cioran, De l'inconvénient d'être né.
Le néo-gnostique est tout à la fois un existentialiste qui se gausse de sa propre nausée, un épicurien qui sait que le sybarite en lui n’est pas très loin, un cynique qui peut donner sa vie pour sauver celle d’un enfant qui pleure, un hédoniste qui sait par expérience que le plaisir, bien que fugace, est un choix responsable puisqu’il n’est jamais sans quelques incidences négatives durables.
Il n’y a plus aucune "terra incognita", mais peut-être nous reste-t-il à explorer notre monde intérieur dont nous apercevrons l’entrée, lorsque notre regard se détachera des vains désirs. Un tel voyage n’est pas une ballade à ski ou en parapente, aucun moniteur, aucun gourou pour nous tenir la main, ce n’est pas un chemin balisé pour les sens. Tout le programme est déjà en nous.






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[/center]Il faut essayer beaucoup de grenouilles avant de trouver un Prince Charmant.
