C'est une question vaste et difficile. La liste qui suit ne saurait prétendre à l'exhaustivité, encore moins à une forme de classement. Donc, tout à trac et en vrac :
- "Au-dessous du Volcan" de Malcom Lowry, un livre sur le phénomène de dépendance (dans le roman, il s'agit de l'alcoolisme mais n'importe qui, de l'héroïnomane au boulimique, se reconnaît dans les affres endurées par le Consul) et une magnifique histoire d'amour fou.
- "Le Nom de la Rose" d'Umberto Eco qui recèle à peu près toutes les questions que l'on peut se poser sur les bienfaits de la Connaissance et sur toute l'horreur que peut inspirer celle-ci à des fanatiques (religieux dans le contexte, évidemment mais la politique y est étroitement mêlée).
- "Le Maître et Marguerite" de Mikhaïl Boulgakov, un roman fantastique, poétique, anti-totalitaire, brillant, anti-conformiste et profondément humain dans lequel on lit la phrase fameuse : "Les manuscrits ne brûlent pas !" Et en plus, il y a de l'humour !
- "Lumière Pâle sur les Collines" de Kazuo Ishiguro qui, comme son nom ne l'indique pas, est un écrivain britannique d'origine japonaise. Un livre envoûtant avec une chute si habilement amenée qu'on se demande vraiment si l'on a bien lu lorsqu'elle survient. De toutes façons, tout Ishiguro m'a marquée, qu'il s'agisse des "Vestiges du Jour" ou de "L'Inconsolé" en passant par "Nous étions orphelins."
- "Les Liaisons dangereuses" de Choderlos de Laclos. D'accord, ça date du XVIIIème. D'accord, c'est un roman épistolaire. Mais quelle splendeur dans le style pourtant si moderne ! Et Mme de Merteuil ! Quelle figure intéressante ! Il faut lire et relire la lettre où elle dresse pour Valmont le portrait de l'éducation donnée aux filles à cette époque. Cela annonce l'implacable constat des premières féministes. (Depuis, bien sûr, les féministes, ça s'est beaucoup désagrégé ...

)
- Le "Journal" des frères Goncourt. Pour être franche, seul le premier tome recèle des propos rapportés par Jules. Mais celui-ci meurt en même temps que se prolonge le siège de Paris après la Guerre franco-prussienne de 1870 et c'est Edmond qui, désormais, noircira les pages. A ce propos, je dois à ce redoutable mysogyne quelques unes des meilleures descriptions du siège et de la Commune que j'aie jamais lues. Son point de vue sur Hugo et ses portraits du monde littéraire de l'époque sont tout aussi fascinants. Cela ne peut qu'inciter à lire les romans qu'il écrivit en collaboration avec Jules.
- Les "Mémoires" du duc de Saint-Simon. Bien avant Proust, il fut l'inventeur des phrases si longues qu'elles couvrent parfois jusqu'à une page toute entière de l'édition de "La Pléiade." Saint-Simon, c'est un français alambiqué mais somptueux et des portraits de courtisans jamais égalés.
- Tout Voltaire. Parfaite antithèse de Saint-Simon mais un style là aussi unique, inoubliable, d'une ironie et d'une concision qui touchent à la perfection.
- "L'Assommoir" d'Emile Zola. Un coup de poing, ce livre, écrit de bout en bout dans un argot sans doute un peu daté mais qui semble couler naturellement alors que l'auteur menait en fait une vie extrêmement bourgeoise. Au reste, les Rougon-Macquart sont à lire dans leur ensemble - sauf peut-être "Le Rêve" et "La Débâcle." Zola décrivait comme il respirait, c'était un fresquiste littéraire et, toutes les fois que je relis son "Ventre de Paris", que voulez-vous, je ne peux pas m'empêcher d'éprouver une faim terrible tant c'est criant de vérité, tous ces fromages et ces légumes ! Et ces viandes, cette charcuterie incroyable ! Et Melle Saget ! ...
- "Mémoires d'Hadrien" de Marguerite Yourcenar. Un texte impeccable, d'une richesse incroyable et pourtant d'une sobriété rarement atteinte.
... Et j'en ai oublié beaucoup, beaucoup, beaucoup ...

Ce sont les fanatiques religieux de tous poils qui ont pavé mon Enfer de bonnes intentions ...