Une vision intégraliste
La démarche de Lewis, comme de son ami Tolkien, s'inscrit dans une refondation des mythes à la lumière du message chrétien. On sait combien Lewis doit à Tolkien d’avoir retrouvé la foi, il n’a eu de cesse depuis ce moment d’approfondir cette notion très éclairante et d’amener ses lecteurs à interpréter le travail de l’imagination à la lumière de la Révélation. Pour autant, les Chroniques de Narnia ne sont pas chrétiennes et ne sont pas une allégorie des Évangiles. Lewis s’en défendait mais le chemin de l’imagination merveilleuse lui paraissait un bon moyen pour rencontrer un jour le Christ.
L’imaginaire comme ancrage dans le réel
Dans l’esprit de Lewis, seul compte le réalisme du monde dans lequel pénètre le lecteur. Ce souci est bien rendu par les images du film dans lequel, même si les animaux parlent, ils restent des animaux. Aslan est un lion sauvage qui a une attitude de lion. Le thé du faune Tumnus, les loukoums de la Sorcière Blanche, sont autant d’éléments réels que nous connaissons et qui nous permettent d’ancrer le féerique dans le réel.
Une histoire ouverte
Narnia est un monde unitaire et unifié où la nature et les êtres vivants vivent dans une symbiose harmonieuse. Loin d’un écologisme sirupeux qui évacuerait l’homme de la Nature, l’intention de Lewis, comme de Tolkien d’ailleurs, est d’arriver à retrouver le chemin de l’unité, hors des voies d’une technologie dominatrice. Narnia est ce monde où l’homme doit certes régner, mais non en maître absolu. Les techniques de possession humaine du monde y sont franchement découragées, et les rêveries technologiques y sont toujours le fait de personnages négatifs.
La perception de la réalité du Monde de Narnia s’impose enfin à nous par le fait que ce monde existe sans l’intervention humaine. Lewis ne se présente que comme le narrateur de chroniques présentant des moments de crise dans l’existence de Narnia. Les être humains y entrent et en sortent sans que soit remise en question l’existence même du monde. Au lecteur de continuer l’élaboration de ces chroniques en appuyant son imagination créatrice sur une histoire non close, complètement ouverte.
Le Christ à travers le miroir
Il reste que la figure du lion Aslan est l'une des plus marquante des chroniques, et d’ailleurs la plus réussie du film. Créateur du Monde de Narnia, Aslan concentre sur lui toutes les exigences morales qui surgissent dans le conte de Lewis. Il ne règle pas les problèmes des personnages, lesquels doivent avoir leur propre cheminement, il apparaît dans une atmosphère de gloire. Certes, il serait possible de voir en lui l’image du Christ. Si on perçoit le christianisme, c’est en filigrane, à travers le miroir du féerique, de ce féerique qui permet, l'espace d'un temps, de suspendre un moment, en y croyant, notre défiance à l’égard de l’imagination.




