EDITORIAUX
Le Temps I Article
Le rêve américain pâlit déjà
Editorial.
Daniel S. Miéville
Jeudi 19 janvier 2006
Au printemps dernier, le Conseil fédéral rectifiait le cap de la politique étrangère et décidait de porter ses regards plus loin que l'Union européenne, qui avait accaparé toute son attention jusqu'alors. Sur la ligne d'horizon apparaissaient l'Asie et l'Amérique du Sud, mais surtout les Etats-Unis, avec la perspective de conclure un traité de libre-échange avec la première puissance économique mondiale.
Toute la droite politique et économique était alors saisie d'une sorte d'engouement pour un accord de libre-échange avec les Etats-Unis. Elle n'hésitait pas à manifester son impatience et à pousser le Conseil fédéral à s'engager le plus vite possible dans des négociations formelles. Les doutes sur le bien-fondé et la réussite de l'opération étaient promptement balayés. Seuls à marquer leur opposition, les paysans, qui avaient le toupet d'opposer l'avenir de la betterave aux rutilants dividendes de la conquête de l'Ouest, portaient vite les stigmates des traîtres à l'intérêt national.
Ce mouvement d'opinion reposait certes sur des considérations économiques, mais il venait également remplir une forme de vide existentiel. Arrivée au bout, ou tout au moins au terme d'une étape majeure du processus bilatéral avec l'Union européenne, la Suisse devait s'imaginer de nouveaux repères et de nouveaux défis. Lasse d'une Europe par ailleurs moins aimable, elle a trouvé son Amérique dans un accord de libre-échange avec les Etats-Unis. Mais le rêve américain n'aura duré, c'est une forte vraisemblance, qu'un seul été.
Si l'on comprend bien la signification des décisions prises mercredi par le Conseil fédéral, celui-ci a anticipé à la fois l'échec de la négociation avec les Etats-Unis et un retour de balancier vers la scène européenne. Il paraît difficile d'expliquer autrement le consensus établi sur l'opportunité d'examiner maintenant la faisabilité d'un accord de libre-échange agricole avec l'UE. Vu l'absence de boussole avec laquelle l'UE organise son propre avenir, c'est au moins un signe supplémentaire d'eurocompatibilité.




