Marie-Antoinette

Le cinéma, les bons films ...

Marie-Antoinette

Messagede Mara le Lun Mai 29, 2006 02:58

Je reviens du cinéma, ravie comme rarement, alors que j'étais allée voir très dubitative le dernier film de Sophia Coppola : "Marie-Antoinette".
Si certains l'ont vu, j'apprécierais d'avoir vos avis, surtout pour ceux qui n'auraient pas apprécié.

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site officiel

Le film raconte essentiellement l'arrivée à Versailles d'une jeune fille, la future Marie-Antoinette, qui, à 14 ans, est envoyée en france pour épouser celui qui deviendra à peine 6 ans plus tard Louis XVI.
Le film ne retrace pas sa vie jusqu'à la guillotine, mais s'arrête au moment où le roi et la reine sont emmenés à Paris.
Il est essentiellement centré sur la vie de la toute jeune femme, son rapport au protocole, son entrée à la cour, sa nécessité impérieuse de fournir un héritier à la couronne sous peine de voir son mariage invalidé.
Et surtout, ce film souligne le fait que même à Versailles, même quand à 19 ans on est appelé à régner, on n'en a pas moins l'envie de vivre.
Ce parti pris est complètement assumé d'un bout à l'autre du film, s'accentuant de la première à la dernière image. C'est l'histoire d'une jeune fille, qui se débat avec sa féminité et son envie de vivre, au sein d'un monde plus que carnassier.

Personnellement, je n'ai pas trop apprécié "Virgin suicide", mais bien davantage "Lost in translation". A partir de ce soir, une chose est certaine, je commence à apprécier grandement cette réalisatrice, dont le film est à mes yeux une pure merveille.

"Marie-Antoinette" a semble-t-il été hué à Cannes, d'après ce que j'ai pu lire, et j'avoue ne pas comprendre bien pour quel motif, si ce n'est sans doute, la nécessité de créer un scandale et de faire descendre de son piédestal la réalisatrice, encensée par la presse française depuis quelques années.

On la critique, d'après ce que j'ai compris, parce qu'elle n'a pas accordé une grande importance à la dimension politique dans la vie de Marie-Antoinette, que les personnages, surtout Marie-Antoinette, parlent anglais et qu'elle a choisi une bande son assez moderne (personnellement, cela ne m'a pas choquée passées les trois premières images du film, j'ai même trouvé ça très habile, mais ça peut déranger).
Les critiques qui lui sont faites par un certain nombre de critiques me semblent vraiment étonnantes quand elles concernent le fait que Sophia Coppola "ose" donner une interprétation de l'Histoire. Je me demande quelle définition du cinéma ont les critiques qui la fustigent.
Evidemment, on peut ne pas aimer un film, encore heureux.
Mais le motif "historique" me laisse perplexe...
Pas mal de critiques passent leur temps à se plaindre du manque de regard personnel des réalisateurs et la blâment aujourd'hui de cela. Qu'ils n'aiment pas le regard porté, je le comprends très bien, mais qu'ils refusent que l'on porte un regard personnel lorsque l'on fait un film me semble le comble de la mauvaise foi. Ou alors peut-être devraient-ils cesser d'appeller le cinéma "7ième art". (je m'énerve pour rien, oui, je sais...)

bon, allez, j'arrête de râler contre les critiques... :emb:

Dès l'affiche et le synopsis officiel on comprend que Sophia Coppola n'a pas voulu faire un film stricto sensu "historique". Elle est partie d'un livre anglais, d'une biographie appréciée aux Etats-Unis, et même si elle s'est documentée pour éviter les bévues, elle ne prétend pas poser "le" regard qui aurait visé la "vérité" de l'historien sur la reine.
Au lieu de cela miss Coppola propose d'entrevoir à travers l'image de la reine l'adolescence d'une jeune fille, et nous tend un miroir pour regarder l'Histoire, non comme un monde dépourvu d'affect, mais bien au contraire un monde qui fait plier la personnalité et les aspirations personnelles sans pour autant parvenir à les broyer tout à fait. Ce film, c'est la narration douloureuse et flamboyante de cette survie, de cet oxygène et de cette fantaisie possible au coeur même des grands événements, de ce dont on n'entend peu parler quand on ouvre un livre d'histoire.
C'est surtout un regard personnel porté sur la vie d'une jeune femme, qui, hors des pages de nos manuels, a bien dû avoir une vie intime. La réalisatrice la fait entrer en résonnance avec ce que l'on peut imaginer de la vie, aujourd'hui, de quelqu'un d'à peine 19 ans, âge où Marie-Antoinette a été appelée à régner. C'est cette question de l'homme derrière le masque que lui fait porter l'Histoire qui visiblement taraude Sophia Coppola, et elle y apporte un éclairage intéressant.

Si on accepte de laisser de côté notre instinct pinailleur d'écolier, on prend du plaisir à se voir dépoussiérer et malmener l'Histoire un peu. :D

S'il s'agit d'aller voir une histoire infiniment bien racontée, allez voir ce film, vous ne serez pas déçus. :ok:
On peut y apprécier un univers qui est construit avec une qualité esthétique indéniable.

Un dernier mot pour vous encourager à aller le voir :
Kristen Dunst est fabuleusement belle et joue de façon très juste (enfin à mes yeux, on ne sent jamais d'incohérence de registre tout au long du film).
Ce film est d'un esthétisme intéressant, qui là aussi dépoussière le passé, que ce soit sur le plan de la photo, des couleurs notamment, ou sur le plan musical.

P.S. : euh... j'en veux aux critiques "officiels" d'avoir descendu ce film sur trois pauvres motifs qui cadrent peu avec ce qu'ils prônent d'habitude.
Mais j'étais par ailleurs à cette séance avec quelqu'un qui n'a pas accroché à cause de la bande-son et des couleurs, et je comprends ça très bien. Les goûts et les couleurs... Donc, pas de souci, je ne mordrai pas le premier qui viendra descendre ce film ici. (je prends du valium, promis ;) )
Dernière édition par Mara le Lun Mai 29, 2006 03:44, édité 10 fois.
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Messagede Mara le Lun Mai 29, 2006 03:03

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Une critique de Télérama, plutôt flatteuse, celle-ci :

Marie-Antoinette

Sous les froufrous de la cour, Sofia Coppola enregistre les battements d’un cœur juvénile. Enivrant.


Après avoir été le projet le plus ceci, et donné lieu au tournage le plus cela, Marie-Antoinette, l’épreuve de vérité, le film. Qui arrive donc avec autant de casseroles potentielles (trop mode, trop chic, trop américain, trop médiatisé) que sous d’heureux auspices : ce troisième long métrage de Sofia Coppola augmente un début de filmographie exceptionnel, prenant la suite de Virgin Suicides et de Lost in translation.

La démarche, pour qui l’ignorerait encore, apparaît vite et clairement. Scénario conforme, dans ses grandes lignes, à celui établi par les historiens (une épaisse biographie signée Antonia Fraser a servi de référence). Mais, pour le reste, quartier libre. Sofia Coppola ne fait pas semblant d’être française ni d’avoir vécu au XVIIIe siècle. Non seulement on parle anglais à Versailles, et comme des Californiens (ce ne sera pas la première ni la dernière fois), mais on y déambule, drague, danse et déprime sur des morceaux de punk-rock et de pop (de Bow Wow Wow à Phoenix en passant par The Cure et New Order). Tout est passé au filtre des références de la réalisatrice, de ses goûts et de ses couleurs – orgie de pâtisseries pastel et de tissus assortis. Sans oublier la paire de Converse abandonnée au milieu des chaussures d’époque.

Les films en costumes se partagent souvent entre l’impasse de la reconstitution mortifère et l’écueil des efforts trop voyants pour l’éviter. Marie-Antoinette, théoriquement exposé au second risque, inquiète un peu, au début. L’installation de la princesse à Versailles (à l’âge de 14 ans) paraît s’étirer plus que de raison, entre la monumentalité muséifiée du lieu et le volontarisme du dépoussiérage. Et puis « ça » arrive sans crier gare. Quoi ? Que l’agencement des plans, des scènes, l’insistance des anecdotes (Louis XVI incapable d’honorer son épouse) et l’écume des musiques produisent ensemble bien davantage que leur simple somme. Que tout un flux d’émotions imprévues advienne, au-delà de l’appareillage d’un sujet trop connu et de son traitement iconoclaste.

Cette plus-value mystérieuse qui se répand peu à peu comme un parfum au-dessus de la cour de France a de quoi raviver l’antédiluvienne politique des auteurs. Car il s’agit de la même essence délicate que dans Virgin Suicides et Lost in translation. Vu le contexte, il est presque miraculeux que la cinéaste l’ait reconstituée. Superproduction, Marie-Antoinette est pourtant un nouveau voyage au centre d’une psyché juvénile. L’auscultation d’un indicible sentiment de désarroi et d’isolement malgré un continuum de fastes et de fêtes.

Que la jeune femme s’appelle Marie-Antoinette n’est jamais secondaire. Mais Sofia Coppola a trouvé naturellement les passerelles entre le Versailles Grand Siècle et l’Occident contemporain. Exemple : le déni d’intimité (le couple royal doit tout faire en public ou presque) ne saurait nous laisser indifférents. De même, le culte névrotique voué un temps par la reine (période fermière) à la nature, tocade de privilégiée qui n’engendre qu’une nouvelle bulle. Instrumentalisée par sa mère l’impératrice d’Autriche (Marianne Faithfull), Marie-Antoinette suit le parcours d’une jeune star d’aujourd’hui, princesse people ou gagnante d’une émission de télé-réalité, qui obtient tout sans avoir rien décidé. Folle de fringues, grisée de luxe et de champagne, abreuvée de témoignages d’amour, puis de haine.

Comme Ludwig de Visconti (sur Louis II de Bavière) ou, récemment, Le Soleil de Sokourov (sur l’empereur japonais Hirohito), le film dit le drame des puissants au cuir trop tendre, que la géopolitique assomme ou effraie. Installés au pouvoir à 20 ans à peine, Louis XVI et Marie-Antoinette ne songent qu’à se retrancher dans leurs petits mondes respectifs. Leur immaturité et leur inconscience (merveilleusement rendues par Jason Schwartzman et Kirsten Dunst) donnent d’autant mieux le vertige que Sofia Coppola n’insiste jamais sur les signes avant-coureurs de la disgrâce. Toujours au plus près de son héroïne, elle la suit avec le sérieux qu’il convient, dans ses lubies, ses amours (avec un beau comte suédois, donc), sa mélancolie, sa frivolité.

Ivresse du déballage, du gaspillage – de robes, de perruques, de décors. Une vie passe à toute vitesse, de l’adolescence à la trentaine, à grignoter des macarons, à s’assommer de plaisirs ruineux ou à batifoler avec les enfants endimanchés dans les jardins du Petit Trianon. Une vie comme un brouillon de lycéenne, mais il n’y aura pas de version « au propre ». Sofia Coppola a choisi d’arrêter son récit au moment du départ de Versailles, bien lui en a pris. Marie-Antoinette se termine par l’image stupéfiante de deux enfants contraints de quitter à jamais leur terrain de jeux, mais qui, au lieu de fondre en larmes, manifestent une impressionnante dignité. Roi et reine, soudain. Et trop tard.


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Messagede Mara le Lun Mai 29, 2006 03:54

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Messagede lilyfairy le Lun Mai 29, 2006 08:38

Ben justement j'aimerais beaucoup aller le voir !!!! :D
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Messagede Framboise le Lun Mai 29, 2006 13:21

Bah, non, perso ça ne me tente pas, il y a beaucoup de libertés avec la vérité historique, la reine était au régime donc non amatrice de bonne chère, et il n'est pas prouvé qu'elle ait eu un amant (comte de Fersen)... les analyses génétiques post mortem du dauphin prouve bien que l'enfant était de son époux.
On peut faire n'importe quoi de nos jours dans un but purement esthétique.
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Messagede Mara le Lun Mai 29, 2006 16:07

Je ne vois vraiment pas pourquoi on reproche cela à la réalisatrice...
Reproche-t-on à un dessinateur de dessiner une vache sur ses pattes en train de danser la gigue ou encore un chat avec des paillettes, alors que tout le monde sait qu'ils ne brillent pas la nuit...

oui, on peut effectivement faire bp de choses sous couvert de démarche artistique. Parfois ça approche même le pire (je pense à "Jackass" ou aux "commandements" de mickael youn, par exemple), et dans ce cas, je comprends ta critique. Je ne trouve pas non plus que le prétexte artistique soit suffisant dans certains cas.

Mais dans le cas de Coppola, elle ne fait de mal à personne et ne nuit à rien.
Et elle n'est pas si loin de l'Histoire que cela, du point de vue de la reconstitution des décors, costumes, etc. (bon, évidemment, la paire de converse qu'on aperçoit au milieu des chaussures fait sourire, lol)
mais c'est sûr que si tu préfères les films "historiques", c'est pas le meilleur à voir.

je te le conseille quand il passera à la télé si ça te tente pas au cinoche, juste pour la curiosité ;)
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Messagede Ninoche le Lun Mai 29, 2006 16:37

ah ben je suis contente d'entendre du bien de ce film. Il me tentait bien sur le papier mais vu ce que j'ai entendu dessus avec Cannes, je me posais des questions.
Je touche du bois pour qu'il soit encore sur les écrans français à mon retour ...
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Messagede lug le Lun Mai 29, 2006 16:49

le cinoche de sofia coppola est toujours tres bien fait mais assez sujet a polemiques.

je crois qu'on peut se permettre certaines liberte niveau scenario par rapport a la vraie histoire.

le but de sofia coppola etait pas de faire une biographie de la reine qui perdait souvent sa tete ;) mais d'utiliser un personnage de l'histoire et de construire un scenario autour avec quelques libertes privilegiant le cote spectacle.

c'est typiquement americain, le cine americain n'est pas a cheval sur les details, il sert surtout a distraire un public et si ca interressent les gens, alors ils iront de preference lire d'excellents livres sur marie antoinette et sa vraie vie.

j'aime beaucoup kirsten dunst l'actrice et d'une maniere generale j'aime bien la facon a laquelle sofia coppola brosse ses personnages dans ses films.

mais n'y allez pas pour le cote historique et veridique de marie nenette.


:bravo:
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Messagede Jameslol le Lun Mai 29, 2006 16:54

:ok: Superbe, merci Mara pour le compte rendu impeccable.


:venerer: :boire:
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Messagede chiron le Dim Juin 04, 2006 22:32

Oups par édit j'ai détruit ma critique ... :snif:

Pour finir, une réflexion de ma compagne que je trouve très pertinente: cela donne envie de lire une biographie pour savoir ce qu'il s'est vraiment passé :lol:


Ben au final, je vous conseille Marie-Antoinette d'Evelyne Lever, où on se rend compte que l' "Autrichienne" était une idiote prétentieuse et feignasse, toute dévouée à sa mère l'impératrice et à ses plaisirs.

Comme quoi, on a eu bien raison de la raccourcir un peu :lol:
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Messagede galapian le Sam Fév 17, 2007 20:41

Moi, je viens de le voir... Les images sont très belles en général, j'ai aussi remarqué une couleur dominante pour la majeure partie du film, le rose...

Au départ, on compatit avec Marie Antoinette lorsqu'elle arrive en France. Complétement en dehors de son Autriche natale, elle est broyée par le protocole de Versaille dés les premiers jours... Puis au fur et à mesure que le film avance, elle devient bien plus antipathique. La fin m'a paru un peu baclée et le roi un peu trop niais. Par contre le rock sur un tel film, même s'il est décallé donne bien!!

Mais évidemment, ne prenons pas ce que l'on y a vu pour argent comptant et comme une saga historique.

Bref, je dirai s'il fallait mettre une note dans les 6 à 7 sur 10, même si c'est un film sympa!!
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