Israël en guerre contre le Hezbollah
Une unité de l’artillerie israélienne bombarde le Liban-Sud tenu par le Hezbollah. Photo: Keystone.
• Tsahal intensifie ses bombardements au Liban. Pour la première fois, des roquettes du Hezbollah ont atteint la ville israélienne de Haïfa.
• L'Europe juge démesurée la riposte de l'Etat hébreu.
Isabelle Dellerba, Beyrouth
Vendredi 14 juillet 2006
Sur le pont de Damour, reliant Beyrouth aux principales villes côtières du sud, les rares Libanais à avoir osé prendre la route jeudi matin, patientent sous un soleil de plomb. Dans la nuit, des appareils israéliens ont bombardé le site. La chaussée a laissé place à un trou béant. Pour traverser, ne demeure qu'un étroit passage de terre qu'empruntent des travailleurs à pied mais aussi des familles de la capitale parties rejoindre leurs proches dans le sud.
«J'habite Dahiya, la banlieue de Beyrouth, explique Samir, un graphiste, c'est là que vivent la plupart des cadres du Hezbollah. Hier, quand le parti a capturé deux soldats ennemis nous ne pensions pas que la situation se dégraderait à ce point-là. Mais dès ce matin, les gens ont commencé à se terrer chez eux et finalement, face aux menaces, certains ont décidé de quitter le quartier.»
Au deuxième jour de l'offensive israélienne sur le sol libanais, le site internet du journal Maariv a en effet publié une mise en garde explicite d'un responsable de l'armée: «Nous avons transmis un avertissement au Liban pour qu'il fasse évacuer tous les civils se trouvant dans la banlieue sud de Beyrouth, qui est un bastion du Hezbollah, où vit Nasrallah (ndlr: le chef du parti islamiste) et où se trouvent le quartier général et les stocks d'armes de l'organisation.»
La possibilité de frappes contre un quartier très densément peuplé de la capitale a fait encore monter d'un cran la peur qui a envahi, au fil des heures, la population libanaise. Depuis l'enlèvement de deux soldats de Tsahal par la milice chiite, mercredi matin, l'armée israélienne mène des représailles qualifiées de «disproportionnées» par la présidence finlandaise de l'Union européenne, sur l'ensemble du pays. En moins de deux jours, son aviation a effectué des raids sur plusieurs positions du Hezbollah, frappé les locaux de la chaîne de télévision Al-Manar - affiliée au parti de Dieu -, pilonné de nombreux villages, détruit une douzaine de ponts et fortement endommagé trois aéroports, civils et militaires, privant le Liban d'accès aérien. Au total, 52 civils, dont plus de 15 enfants ont déjà été tués et plus d'une centaine de personnes blessées.
Enfin, l'Etat hébreu a mis en place un blocus maritime du pays. «Israël prévoit d'imposer l'isolement du Liban par la mer, par l'espace aérien et par la terre, afin de contraindre le gouvernement de ce pays à prendre ses responsabilités au Liban-Sud, qui est actuellement sous le contrôle du Hezbollah», a rapporté la radio de l'armée israélienne.
Pour la ministre des Affaires sociales, Nayla Mouawad, c'est tout simplement exiger l'impossible. «Tout le monde sait que l'Etat libanais ne peut pas désarmer le Hezbollah», dit-elle. Le parti pro-iranien, lourdement armé, est soutenu par l'immense majorité de la population chiite du pays. «Nous ne pouvons pas être tenus pour responsables de la capture des deux soldats. Non seulement, nous n'en avons pas été informés au préalable mais nous avons également déclaré que nous n'approuvions pas ce qui s'était passé à la frontière internationale», ajoute-t-elle.
D'autre part, selon la ministre, l'exécutif aurait entrepris des démarches auprès du Hezbollah, représenté au sein du gouvernement par deux ministres, pour obtenir la libération des soldats enlevés. «Mais il faut qu'Israël nous donne également des gages de bonne volonté en relâchant les Libanais détenus dans son pays et en arrêtant ses attaques démesurées.»
A l'issue d'une réunion extraordinaire hier après-midi, l'ensemble du gouvernement, qui affirme sa solidarité face aux attaques de Tsahal, a réclamé un «cessez-le-feu global» au Liban-Sud entre Israël et les combattants du Hezbollah. Néanmoins, Farid el-Khazen, député de l'opposition proche du général chrétien Michel Aoun, ne croit pas en une sortie de crise rapide. «Nous sommes pris dans une situation régionale qui ne nous est pas favorable. Etant donné les tensions en Palestine, j'ai peur qu'Israël opte pour une ligne dure.»
Fuite des touristes
Le Parti de Dieu n'est pas en reste quant aux menaces. Il a d'ores et déjà tiré des dizaines de roquettes Katioucha dans le nord d'Israël (lire ci-dessous) et promis de bombarder Haïfa si Beyrouth était touchée. «Personne ne veut la guerre, il faut que tout cela s'arrête», se lamente le propriétaire d'une agence de location de voitures promise à la faillite si l'été ne lui permet pas de faire le chiffre d'affaires escompté. Les premiers signaux ne sont guère encourageants. Alors que la saison estivale vient tout juste de commencer, les touristes fuient dès à présent, comme ils le peuvent, le Liban. Suite à la fermeture de l'aéroport de Beyrouth, le trajet terrestre pour Damas se négocie actuellement cinq fois le prix habituel.
«Disproportionné»
Le Temps
Si George Bush a reconnu à l'Etat hébreu «le droit de se défendre», l'offensive de Tsahal est jugée «disproportionnée» par l'Union européenne et par la plupart des capitales occidentales, dont Berne.
«Préoccupée», la présidence de l'UE a qualifié d'«injustifiée» l'imposition d'un blocus maritime et aérien sur le Liban. «Si les agressions du Hezbollah à la frontière d'Israël sont condamnables, la riposte israélienne doit demeurer strictement proportionnée et ne pas menacer un Etat voisin non hostile», a communiqué la Suisse. La France condamne un «acte de guerre disproportionné» et appuie «la demande libanaise d'une saisine du Conseil de sécurité des Nations unies dans les délais les plus brefs». «Profondément inquiet», le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, va dépêcher une délégation de haut niveau au Proche-Orient pour tenter d'aider à désamorcer la crise.
En Israël, aucune place laissée au doute
Analyse.
Luis Lema
Ehoud Olmert a prêté serment il y a à peine deux mois et demi. Si, très vite, le premier ministre israélien a fait face à de sévères critiques dans son pays, celles-ci sont éteintes aujourd'hui. Comme ce fut le cas avec son prédécesseur Ariel Sharon, au plus fort de la seconde Intifada, Israël fait entièrement corps derrière son chef. Dans un pays habitué à traverser d'innombrables guerres, et qui se voit lui-même en guerre permanente, c'est plus qu'une habitude. Presque une seconde nature.
Encore plus que le premier ministre Olmert, son ministre de la Défense, Amir Peretz, manque d'expérience militaire. Sa nomination à ce poste a d'ailleurs été interprétée comme une sorte de cadeau empoisonné, destiné à provoquer la faute chez le dirigeant travailliste ou, plus machiavélique encore, à compter sur les circonstances pour que cette «colombe» n'ait pas d'autre choix que de se transformer en «faucon» dès qu'il serait confronté à la réalité des armes.
Si les opérations menées à Gaza pour retrouver le caporal enlevé par le Hamas ont pu provoquer certaines dissensions (certains ministres estimant que l'armée en faisait trop, mais les plus nombreux réclamant au contraire davantage de force encore), le front ouvert par le Hezbollah libanais ne laisse aucune place au doute. En se retirant du Liban-Sud en 2000, après vingt-deux ans de présence, les Israéliens ont le sentiment d'avoir respecté la légalité internationale, une perception d'ailleurs corroborée par un rapport des Nations unies. Même s'il continue d'occuper le secteur dit des Fermes de Cheeba, aux confins des frontières libanaise, syrienne et israélienne, l'Etat hébreu n'en démord pas: ce territoire appartient historiquement à la Syrie, et non au Liban.
- «Guerre» légitime?
Une «guerre» légitime, donc, mais qui cherche à atteindre quel objectif? Les divers experts militaires israéliens, qui sont extrêmement bien renseignés par l'armée, sont unanimes: il s'agit d'abord de rétablir la «capacité de dissuasion» de l'Etat hébreu, malmenée par le Hezbollah et son enlèvement de deux soldats. Même fortement déployée à Gaza, l'armée israélienne doit prouver qu'elle est capable d'agir sur deux fronts. Une démonstration qu'un autre travailliste, Ehoud Barak, s'était refusé à réaliser dans des circonstances similaires, en l'an 2000.
Toutefois, même s'il venait à détruire la moitié du Liban, Israël aurait sans doute beaucoup de difficultés à faire plier le Hezbollah. Au contraire, s'il est un facteur qui réussit, lui aussi, à faire taire toute dissension au sein du spectre éclaté de la réalité politique libanaise, c'est bien celui du combat contre Israël. Pour prévenir tout futur enlèvement, ainsi que tout tir de roquettes sur le nord d'Israël, les stratèges israéliens évoquent ainsi, d'ores et déjà, l'établissement d'une sorte de zone tampon, dans laquelle les combattants du Hezbollah n'oseraient pas s'aventurer. C'est la même logique qui est à l'œuvre à Gaza, où toute la partie nord de la bande de terre palestinienne est devenue un no man's land. C'est encore la même logique qui avait conduit les Israéliens à faire naître le Liban-Sud, duquel ils ont mis deux décennies à se retirer.
Haïfa visée par des roquettes Katioucha
Les Israéliens du nord du pays ont été surpris par la vitesse avec laquellela situation s'est dégradée.
Serge Dumont, Nahariya
«Le gouvernement libanais doit comprendre que son inaction face au Hezbollah se paiera cher.» C'est en ces termes que le chef d'état-major de l'armée israélienne a commenté jeudi la première phase des représailles de l'Etat hébreu à la capture de deux de ses soldats par l'organisation chiite et à la mort de huit autres durant les combats de la veille.
Les Israéliens ont été surpris par la vitesse avec laquelle la situation s'est dégradée. Mais les vieux réflexes ont rapidement repris le dessus. Dans les 45 villes et villages agricoles longeant la «ligne bleue» (la frontière avec le Liban), les abris municipaux ont été nettoyés et approvisionnés en quelques heures. A Nahariya (une station balnéaire située à 5 kilomètres de la frontière), l'hôpital a rouvert des dortoirs et des salles d'opération souterraines qui n'étaient plus entretenues depuis la première guerre de Golfe (1991). Le personnel médical en congé et même les policiers fraîchement retraités ont été rappelés.
«Si quelqu'un avait osé dire mercredi matin qu'Israël se retrouverait quelques heures plus tard au bord d'une guerre ouverte avec le Liban, je l'aurais sans doute pris pour un fou», affirme le chroniqueurs politique Emmanuel Rozen. «Mais c'est malheureusement le cas et la plus grande partie de la population couvre la décision de son gouvernement de durcir le ton face au Hezbollah puisqu'Israël a cette fois été victime d'une agression sur son territoire.»
- Nahariya vidée de ses habitants
Alors que l'aviation de l'Etat hébreu bombardait les infrastructures libanaises, des combats ont opposé durant une partie de la nuit les soldats de Tsahal aux miliciens de l'organisation chiite. Celle-ci a par ailleurs poursuivi ses tirs de Katioucha sur les villes et villages israéliens. Dès l'aube, plusieurs salves ont touché le centre de Nahariya, qui s'est aussitôt vidée de ses habitants. Deux roquettes ont atteint, pour la première fois, la ville côtière de Haïfa.
Mais des roquettes à longue portée Raad 1 sont également tombées sur des relais électriques, sur une base de l'aviation, sur la ville de Safed située à plus de 20 kilomètres de la frontière et même sur le village druze de Majd el-Krum, proche de Carmiel (Galilée). En tout, trois civils ont été tués et plus de 90 autres blessés à des degrés divers par ces tirs.
Depuis jeudi matin, les routes et les voies de chemin de fer reliant le nord de l'Etat hébreu au reste du pays sont coupées par des barrages de la police et de l'armée. Touché par une salve, l'aéroport civil de Rosh Pinah a également cessé de fonctionner. Tous les mariages, festivals d'été, fêtes populaires et colonies de vacances ont été annulés.
Dans les rues des localités de haute Galilée, des voitures munies d'un haut parleur tournent régulièrement dans les rues désertes pour inciter les habitants à rester cloîtrés dans les abris. Mais la plupart d'entre eux ne les écoutent pas. Ils préfèrent empaqueter leurs affaires à la va-vite pour descendre sur la région de Tel-Aviv.
Emettant en continu, les chaînes de radio et de télévision appellent en tout cas les Israéliens à «garder leur calme» et «à ne pas se décourager». Leurs chroniqueurs affirment que «l'effort durera plusieurs mois», que «les villes de l'intérieur du pays pourraient être touchées par des roquettes», et que les opérations en cours «ont pour objectif d'en finir avec le Hezbollah». Ce qui explique peut-être pourquoi Tsahal a commencé à masser des chars et de l'infanterie le long de la frontière. Pour certains chroniqueurs militaires, l'offensive terrestre ne serait plus qu'une question de temps.
«Nous pouvons aplatir nos ennemis»
Questions à Dany Yatom. Chef du Mossad entre 1996 et 1998.
Serge Dumont
Le Temps: Avez-vous envisagé, quand vous étiez à la tête du Mossad, la liquidation physique du leader spirituel du Hezbollah, Hassan Nasrallah, de manière aussi explicite que le font aujourd'hui les dirigeants de votre pays?
Dany Yatom: Au milieu des années 1990, certains ont parfois exigé d'inscrire le sujet à l'ordre du jour mais les responsables politiques ont jugé que la «liquidation» de Nasrallah était inutile. Cette sorte d'immunité s'étendait d'ailleurs à d'autres dirigeants du Hezbollah. Mais les règles du jeu ont changé avec l'enlèvement de nos deux soldats.
– Cela signifie-t-il que Nasrallah se trouve sur la liste des cibles dressées par l'état-major de l'armée?
– L'avenir nous le dira (sourire).
– Comment réagirait votre gouvernement si le Hezbollah mettait à exécution sa menace de tirer une roquette à longue portée sur Haïfa?
– Je conseille au Hezbollah d'abandonner cette idée, car nous disposons de la suprématie aérienne. Je répète que Nasrallah n'est plus protégé et que nous avons la possibilité d'aplatir nos ennemis d'une manière dont ils n'ont pas idée.
George Bush les mains vides
Les Etats-Unis ont perdu tout moyen de pression au Proche-Orient.
Alain Campiotti, New York
Asymétrie. C'est un mot que les stratèges américains adorent pour parler de la force des faibles. Il décrit aussi parfaitement l'impotence de la puissance. Il a suffi d'un tunnel à Gaza et d'un raid en Galilée pour démontrer que les Etats-Unis, enferrés plus que jamais au Proche-Orient, y ont perdu tout moyen de pression sur les acteurs les plus agressifs. Sauf sur Israël. Mais personne, à Washington, n'empêchera jamais l'Etat hébreu de réagir comme il le fait à des provocations militaires.
George Bush, sur le chemin de Saint-Pétersbourg, a bien recommandé à Jérusalem de la retenue. Des mots. Il a peur que son seul bourgeon démocratique, le gouvernement libanais débarrassé de la tutelle syrienne, ne sombre dans une nouvelle déstabilisation. C'est presque fait: le premier ministre Fouad Siniora demande au Conseil de sécurité de condamner «l'agression israélienne»
Qui parlera encore à Beyrouth de désarmer le Hezbollah? L'Amérique paie chaque jour et partout, au prix fort, la guerre d'Irak. Elle avait prétendu après septembre 2001 imposer du dehors, au forceps, une recomposition régionale. Quatre ans plus tard, elle est désemparée. Et une tout autre transformation se produit sous l'influence de l'adversaire le plus implacable des Etats-Unis dans la région.
L'Iran a tissé sa toile partout. Les milices chiites irakiennes les plus puissantes ont été constituées en exil, sur son sol, au temps de Saddam Hussein. L'assistance de la République islamique profite aussi à la résistance sunnite. Il faut que la terre d'Irak brûle les pieds des Américains jusqu'à ce qu'ils s'en aillent.
Téhéran est une ligne de survie pour le régime minoritaire de Bachar el-Assad sous pression internationale. Ensemble, l'Iran et la Syrie couvent et arment le Hezbollah. Et aussi la branche militaire du Hamas palestinien, dirigée de Damas par Khaled Meshaal. Les captures de soldats Israéliens, à Gaza et à la frontière libanaise, font penser à une opération coordonnée: mêmes moyens, juste au moment où se dessinait un rapprochement entre factions palestiniennes, trois jours après la rencontre de l'Israélien Ehoud Olmert et de Mahmoud Abbas, le président de l'OLP.
George Bush parle d'un effort «pathétique» pour faire dérailler les espoirs de paix. Mais ses paroles s'envolent. D'un bout à l'autre du monde arabo-musulman, et en Europe où il passe, l'Américain est tenu pour un fauteur de guerre. C'est lui qui a l'air pathétique. Il a dû, sous le poids des faits, ranger sa doctrine d'action préventive et solitaire. Les Etats-Unis cherchent désormais à renouer les fils de leurs amitiés et de leurs alliances perdues
Ce virage contraint désole les intellectuels qui avaient formulé le discours du Texan. Ils crient à la trahison. Seul Robert Kagan, l'homme qui riait de l'Europe de Vénus face à l'Amérique de Mars, semble encore y croire. Il écrit dans le Washington Post que Bush, après avoir épuisé les voies diplomatiques pour amener Téhéran à renoncer à son ambition nucléaire militaire, frappera l'Iran.
«Le risque de conflit généralisé est réel»
Professeur à l'Institut de hautes études internationales de Genève d'origine iranienne, Mohammad-Reza Djalili désenchevêtre l'imbroglio régional.
Propos recueillis par Stéphane Bussard
Le Temps: Quelle est votre réaction à l'opération israélienne au Liban?
Mohammad-Reza Djalili: Nous sommes dans une phase extrêmement dangereuse qui peut faire basculer la région dans un conflit généralisé. Il faut espérer que
la diplomatie réussira à apaiser
la situation.
– Pour Israël, le gouvernement libanais aurait commandité les attaques du Hezbollah au nord d'Israël. Une analyse que vous partagez?
– Le gouvernement libanais se dit souverainiste. Il essaie de contenir les pressions extérieures. En son sein, il comprend deux ministres du Hezbollah. C'est la facette politique du mouvement. Mais il y a la facette milicienne qui est restée active après la guerre du Liban. Personnellement, je ne pense pas que le premier ministre libanais ait demandé au Hezbollah de sévir au Liban-Sud et au Nord d'Israël. Car la milice du Hezbollah échappe au gouvernement.
– On est dès lors en présence d'un gouvernement faible.
– C'est un gouvernement qui montre beaucoup de volonté pour redonner un sens à l'indépendance du pays. Mais il a peu de moyens militaires et ne contrôle pas l'entier de l'espace national. L'armée libanaise peut tout au plus servir d'auxiliaire à la police pour stabiliser Beyrouth.
– Quel jeu joue la Syrie dans les événements et peut-on imaginer qu'elle réoccupe le Liban?
– La Syrie n'interviendra jamais ouvertement au Liban. Elle est sous surveillance internationale au travers de l'Irak et d'Israël. De plus, elle est faible militairement. Cela n'empêche pas la Syrie de considérer le Liban comme un pion important. Même si elle n'y est pas présente militairement, le Liban dispose de forces de sécurité proches de Damas. La communauté de Syriens qui vivent et travaillent au Liban est également très importante.
– L'Iran ne doit pas être fâché de l'activisme du Hezbollah....
– Pour l'Iran, le Hezbollah est un atout considérable. Il lui permet de projeter son influence en Méditerranée orientale, loin de ses frontières, et d'être un acteur dans le conflit arabo-israélien. Sous pression internationale dans le dossier nucléaire, les Iraniens détournent ainsi l'attention, mais montrent parallèlement leur capacité de nuisance dans la région. Il ne faut pas oublier que depuis la guerre Iran-Irak, la Syrie est officiellement le seul allié arabe de l'Iran. Il y a quelques jours, après avoir rencontré Javier Solana à Bruxelles, le négociateur en chef sur le programme nucléaire iranien, Ali Larijani, s'est rendu immédiatement à Damas. C'est donc un fait, tout ce qui touche la Syrie et le Liban touche aussi l'Iran.
– Comment décrire le Hezbollah aujourd'hui?
– C'est littéralement le Parti de Dieu, un mouvement créé dans la mouvance de la révolution islamique en Iran dans les années 1980. Mais les racines du mouvement remontent aux années 70, quand l'imam d'origine iranienne Moussa Sadr a lancé le mouvement de réveil chiite. L'Iran a soutenu le mouvement par solidarité chiite. Aujourd'hui, le Hezbollah est très proche du pouvoir iranien, il est bien armé, dispose de fonds importants et de moyens de communication modernes, d'une télévision (ndlr: bombardée hier). C'est un quasi-Etat qui entretient des liens avec les mouvements chiites d'Iran et d'Irak.
– Comment expliquez-vous que le Hezbollah chiite et le Hamas sunnite s'unissent contre Israël?
– Cette connivence est à l'image de la politique iranienne par rapport aux mouvements islamistes du Moyen-Orient. Un mouvement comme le Hamas a des contacts très étroits avec Téhéran. La raison: le Hamas ou le Djihad islamique sont certes des mouvements sunnites, mais contrairement à Al-Qaida, ils ne sont pas anti-chiites.
– Cette connivence implique-t-elle que le peuple iranien s'identifie à la cause palestinienne?
– Non, cette cause n'est pas populaire du tout en Iran. Les Iraniens tendent à critiquer le gouvernement qui aiderait trop le Hezbollah et ne ferait pas ce qu'il faut pour le peuple iranien, comme lors du tremblement de Bam. De plus, les Iraniens n'ont pas oublié que les Palestiniens ont soutenu Saddam Hussein quand celui-ci bombardait l'Iran.