de Jameslol le Mar Juil 25, 2006 03:09
[center]Les pauvres ne font plus pitié
Jean-Claude Péclet
Mardi 25 juillet 2006
Le camion peinait toujours plus dans la pente. Le voici bloqué, radiateur fumant, nul mécanicien ne pouvant le réparer avant des mois. Peut-être même l'enverra-t-on à la casse.
Tel est l'état des négociations commerciales lancées il y a cinq ans à Doha. En 2001, un sentiment d'urgence aiguillonnait les négociateurs. Le terrorisme et l'éclatement de la «bulle» internet faisaient craindre un sérieux ralentissement de l'économie mondiale: stimuler les échanges, c'était injecter du supercarburant dans le moteur. De plus, il était temps de faire une place aux revendications négligées des pays pauvres.
La situation a changé. D'abord, le commerce mondial se porte assez bien, avec ou sans Doha: 6% de croissance l'an dernier. Certes, c'est moins que le record de 2004 (+9,5%), mais nettement mieux qu'au début de la décennie.
Le facteur qui a le plus modifié la donne est la formidable montée en puissance de la Chine (+25% d'échanges avec le reste du monde en 2005!) et, dans une moindre mesure, celle du Brésil et de l'Inde. Décomplexés, ces «pays en développement» n'inspirent plus la pitié, mais la crainte. Du coup, chacun se sent autorisé à défendre sans vergogne son pré carré.
C'est ce qui s'est passé dans le dossier agricole, même si les produits de la terre représentent moins de 9% du commerce mondial. Et, comme le relève le négociateur suisse, «si on n'arrive même pas à s'entendre sur le passé, comment le faire sur l'avenir?»
Peut-être en se donnant du temps pour intégrer des pays comme la Chine et résorber les déséquilibres qui en résultent. Rien ne sert, surtout, d'agiter l'épouvantail du protectionnisme et de la «fin de l'OMC»: on l'a déjà fait, en vain. Les menaces en l'air laissent le public de marbre. On ne le convaincra qu'avec le porte-monnaie, en baissant le prix des produits importés, donc en s'attaquant sans relâche, dans chaque pays, aux situations de rentes. La diplomatie sans le courage n'accouche que de mauvais compromis.
Le Temps, 2006 [/center]
En Ecosse, un homme a été arrêté pour attentat à la pudeur... parce qu'il s'épongeait le front avec son kilt.[Coluche]