L' épreuve du deuil

Vous vous sentez l'âme d'un artiste ? Lachez vous !

L' épreuve du deuil

Messagede silence le Lun Juil 24, 2006 03:19

(à Mme G.)

Prière de la raison


Permettez ces tourments, ces opposés
Une partie de mon âme s'en est allée.
Cette extrême déchirure
C'est commettre un parjure
O pardon, je souffre et Vous savez
Ce gouffre béant est Votre Volonté

André, mon enfant, mon premier bébé
Mon petit. En mon sein, je t'ai bercé
Cette fabuleuse intégrité
Cette majestueuse volupté
d'amour infiniment, je suis restée
je ne connaissais pas la Pureté.

Torturez-moi ! Je sais que Vous m'aimez
Testez ma Foi, Vous Vous savez aimé
Je l'ai langé, je l'ai nourri
Je l'ai baigné, il m'a souri
Mon trouble semé par Votre Vérité
Votre clarté devient mon obscurité

Rien de comparable à ce néant
De deuil, de vacuité, je m'éprends.
Mon galopin si fragile
Mon fanfaron si gracile
Je n'ai plus d'enfant, Vous me suicidez
Un long chemin de croix, Vous m'imposez

Ingratitude? ma dévotion reste sincère
Le temps m'injurie, pour Vous si éphémère
Iniquité ? le sort en est jeté
Fatalité ! les cendres au foyer
Ma maisonnée affligée, en désarroi
Malgré moi, j'ignore mes devoirs parfois

C'est ce vide, il me manque tellement !
cette absence qui rage, je lutte contre le vent
Ecoutez une maman
Qui pleure Votre enfant
Vous l'avez choisi, Comprenez ma fierté
Vous l'avez repris, c'est Votre Qualité

Kyrielle de passions paradoxales
Entendez ma peine, ma voix sépulcrale
Implore Votre miséricorde
Délivrez-moi de la discorde
J'ai dû m'éloigner de sa sépulture
Plus rien à ajouter à ma torture.
Dernière édition par silence le Mer Aoû 16, 2006 02:55, édité 1 fois.
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Messagede Ninon le Mer Aoû 09, 2006 01:03

Dur Dur! :snif: ......C'est toi qui l'a écris?
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Messagede silence le Mer Aoû 09, 2006 02:04

Oui et paradoxalement, je ne connais pas la personne (Mme G) qui m'a inspiré ce texte .
En fait, j'ai bien connu son deuxième fils (un de mes professeurs en soins infirmiers). Il ne pardonnait pas à sa mère de l'avoir ignoré lors de cette épreuve.
Dans le salon de cette dame est érigé un autel pour son enfant décédé et il a dû vivre avec cela toute son adolescence .
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Messagede Jameslol le Mer Aoû 09, 2006 06:10

[center]Le chagrin d’une maman
Pour son fils manquant
Ne peu se comprendre
Que si l’on y entre
...
[/center]
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Messagede silence le Mer Aoû 09, 2006 10:47

Je n'ai rien connu de tel, heureusement. Je ne sais pas pourquoi, mes propres craintes ou quoi, mais la perte d'un enfant me semble être une des plus grandes douleurs (s'il m'est permis d'évaluer)
Je viens de penser à Romy Schneider ....

J'ai deux enfants de 9 et 10 ans :love: . Depuis eux, ma vie est un enchantement. Surtout quand ils ne font pas les cons ;)

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Messagede Ninon le Jeu Aoû 10, 2006 02:47

J'ai moi aussi deux enfants de 7 et 10 et je ne peux imaginer ce terrible calvaire. Pourtant, je l'ai vécu de très près, trop trop près même, quand ma soeur a perdu son fils de 9 ans...Ça casse littéralement une famille cette absence. Et ma soeur, n'a jamais plus été la même. Elle vit parce qu'elle doit survivre pour ses deux autres enfants, mais dans ses yeux, il manque une étincelle....Celle qui l'a quitté!
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Messagede silence le Jeu Aoû 10, 2006 02:59

Mon Dieu, quelle coïncidence …
Je suis assez émue par cette confidence. Je n’ai plus de mots, pardon
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Messagede Ninon le Jeu Aoû 10, 2006 03:11

Pardon pourquoi?.....Je ne pense pas que ce soit la coincidence...Si je me suis penchée sur ton poème c'est qu'il m'a interpellé. Et je l'ai trouvé beau et vraiment révélateur de la souffrance que peut endurer une mère...Enfin, la souffrance que l'on ne peut qu'à peine imaginer en tant que mère :bravo:
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Messagede silence le Jeu Aoû 10, 2006 03:58

C’est toujours ma réaction première : le mutisme allié à l’hypotension (6/8). C’est rien de le dire, faut voir le contraste : J’ai une énergie phénoménale en permanence, sauf lorsque mon hypersensibilité est touchée – là, je reste statufiée . Mais bon …

:) :) :coucou: A bientôt
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Messagede silence le Mer Aoû 16, 2006 02:49

Mon cardinal
(A Patrick G.)

J’ai cherché sans cesse l’exclusivité
Et n’ai-je droit qu’à un amour compensé ?
La morale m’interdit de te haïr
Et je suis partagé et tu me déchires

Mais ….je t’aime mon cardinal

Dans les méandres de mon esprit, tu erres
Non rien de plus méchant n’est sorti de l’enfer
L’affliction fut si pesante !
L’oppression si véhémente !

Mais ….je t’aime mon cardinal

Dans ma désespérance, j’ai assassiné ma mère
Dans le désert, j’ai guetté en vain mon père
Je t’ai cherché et t’ai substitué
Mais la vie dans sa cruauté t’a remmené

Mais ….je t’aime mon cardinal

Entendez-vous la douleur d’un supplicié ?
Oublié ou écorché, je voulais crier
Et les doutes m’étourdissent …
Et les peurs m’envahissent …

Mais….

De Malestroit à Levallois, vois !
Tu es là ! Mon chemin est - leur - croix.
A l’heure qui ne finiras plus
Y serons-nous vraiment confondus ?

Mais je t’aime …. mon frère
silence
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Messagede silence le Jeu Aoû 17, 2006 04:17

J’ai une amertume à vous confier, un regret, une mission inachevée. C’est l’histoire de Patrick, un être comme vous et moi.
Il est né en Algérie, durant la guerre d’indépendance. Il a peu de souvenirs de cette époque sauf ceux avec lesquels il jouait avec son frère André de 8 ans son aîné. Il se souvient qu’il montait sur ses épaules et galopait ainsi dans les champs dans d’éternels éclats de rire. C’étaient tous deux, deux petits bonhommes se balançant des pommes, insouciants du monde alentour. Puis un jour vers 14 ans, André tomba malade, une pneumopathie à ce qu’ils disaient. Finis les courses dans les champs, finis les éclats de rire, maman et papa veillaient sans cesse le gamin.
Ca allait de mal en pire mais Patrick, lui, ne comprenait rien. Puis ce fut fini, André était parti "dans le ciel" laissant là son petit frère de 6 ans.

Tout s’est emmêlé ensuite, il a fallu partir au plus vite, revenir en France en laissant tous les meubles sur une charrette précédemment apprêtée …
Ils sont arrivés en Bretagne, Patrick a découvert sa nouvelle école et tout allait bien, sauf maman. Elle pleurait tout le temps.
Elle avait mis dans le salon, une bougie devant la photo d’André et restait une éternité à prier. Les Noëls et les anniversaires étaient toujours tristes. Et cela a duré tout le temps, jusqu’à ce qu’il devienne un homme.

Un bel homme, je puis vous assurer, avec un timbre de voix si suave et si grave qu’il faisait chavirer tous les cœurs lorsqu’il chantait à la guitare ses compositions. Il aimait à organiser des fest-noz ou partir faire de la voile, avec les copains.
Pendant plusieurs années, il fût infirmier avec une compassion toute particulière pour les enfants. Ensuite, il devînt professeur et c’est là que je le rencontrai. Je l’ai aimé tout de suite, secrètement, une fan parmi les autres. Puis, j’ai eu cette folie, une fois, de l’embrasser dans un recoin sombre, un baiser aussi léger que l’intensité était extraordinaire. Et à l’approche des vacances, alors qu’on ne se disait mot, en un ultime élan, nous décidämes de nous retrouver l’été. Mais, ni l’un ni l’autre avons eu le courage d’appeler et c’est avec tristesse que je reprenais et terminais ma formation.
....

Quatre années étaient passées lorsque je suis entrée dans ce troquet, un hiver. Au comptoir, je commande mon café et suis intriguée par un personnage, que je vois de dos, en compagnie d’une flopée de pochetrons. Il me semble reconnaître une voix mais c’est très imprécis. Alors, il se retourne et je le vois, lui, Patrick ! Mon cœur fait un bond et je vais aussitôt le rejoindre. Enivré de bière, son visage est bouffi, je devine qui vacille légèrement. Ses yeux bleus vitrés me regarde étrangement, il ne me reconnaît pas.
Alors dans mon exaltation du moment, je lui rappelle le centre de formation, les TP, les évaluations, tout-presque ... Et en un instant, je vois l’étincelle qui me révèle qu’il se souvient du baiser volé …

Ce qui est paradoxal, c’est qu’au début, je ne me suis pas rendue compte de sa situation. Il était resté comme dans mon souvenir, philosophe, compréhensif, des yeux intelligents, cachant sa sensibilité sous des dehors altiers, et toujours cette même voix grave et sensuelle, qui me berçait à l’abandon. Je le revis chaque jour et découvrit progressivement l’horreur de son devenir. Il avait perdu son travail et vivait dans un hôtel miteux, avec un compagnon de fortune. Chaque jour, il s’enivrait de bière ou de vin et qu’importe s’il tombait à terre. Il ne voulait plus lutter. Il était une "souche sans racines" comme il disait, il voulait être aimer – comme André - avec cette même ferveur et cette même fidélité. Il voulait qu’on le ritualise ... aussi.
Il me présenta quelques pochards –celui-ci avait été architecte autrefois, cet autre qui ne se remettait d’avoir perdu son aimée, cet autre encore, artiste peintre-
Je l’ai écouté des heures et des heures, des nuits entières même ! me raconter les mêmes tourments, son enfance partagée avec un fantôme que toute la maisonnée adulait.
Mais moi, je voulais qu’il réagisse ! qu’il redevienne l’homme qu’il avait été. Alors je lui trouvais des emplois et ai sollicité la contribution de chacun, et même d’un médecin quand j’y repense, pour m’écrire des courriers. Rien n’y a fait ! Il ne pouvait pas, il ne voulait plus redresser son dos, relever la tête. Ce monde lui semblait absurde et savait fort bien me l'argumenter.

Puis un jour, il est parti, en Bretagne où ses parents vivent encore. Il est parti retrouver les champs où librement il pourrait gambader, comme autrefois, avec son frère André.

J’ai su, plus tard, qu’il était devenu un vrai clochard ….

Voilà mon amertume, je n'ai pas su l'aider quand il était encore temps ...
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Messagede Ninon le Mer Aoû 23, 2006 19:25

silence a écrit:...J’ai su, plus tard, qu’il était devenu un vrai clochard ….

Voilà mon amertume, je n'ai pas su l'aider quand il était encore temps ...


.....Oui mais quand était-il encore temps??? :roll:

Je pense que tu n'aurais rien pu y faire, si lui n'était pas consentant intérieurement... ;)

Emouvant aussi le poème "Mon Cardinal"......Mais pourquoi cet attribut :-?
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Messagede silence le Jeu Aoû 24, 2006 14:40

Le Cardinal est André, l’enfant décédé jadis.
Plusieurs interprétations possibles ne faisant qu’une en définitive.

Haut dignitaire : André est l’élu seul digne d’un amour intemporel, fervent et fidèle. Cet amour est ritualisé quotidiennement par les parents. S’agissant d’un amour silencieux, tout de piété et de prière, Patrick en était exclu.

Cardinal comme une direction à suivre. Les deux dernières rimes sont de Patrick :
A l’heure qui ne finiras plus
Y serons-nous vraiment confondus ?

Ce qui explique son suicide intérieur, son chemin vers la clochardisation.

Je lui ai agité ce poème sous le nez, lui disant : "regardes ce que tu es en train de faire !" Son attention s’est fixée sur ce titre et il m’a dit que c’était le mot juste. Ce qui sous-entendait qu’il en était déjà conscient et qu’il ne se battrait pas, qu’il ne pouvait pas.


A bientôt Ninon ;)
silence
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