Personne ne met plus en doute la toxicité du tabagisme passif. Mais les pouvoirs publics ont longtemps hésité à prendre des mesures visant à protéger ceux qui sont contraints de subir la fumée des autres. La loi Evin de 1991 a marqué une première étape, grâce notamment à l'introduction d'espaces non fumeurs dans les restaurants, mais cette demi-mesure a, dans la pratique, pénalisé davantage les non-fumeurs que les fumeurs. L'interdiction de fumer dans les cafés, les bars et les discothèques se heurte à infiniment plus de résistance, essentiellement d'ailleurs chez les tenanciers et les débitants de tabac déjà affectés par la hausse du prix des cigarettes.
L'exemple de l'Irlande, où les pubs sont légion, et de l'Italie, où le civisme n'est pas plus développé que chez nous, a montré que le bannissement du tabac n'avait pas vidé les bars et les restaurants. Au contraire, puisque l'"assainissement" de ces lieux de divertissement et de rencontre semble avoir incité les gens à s'y rendre davantage et à y demeurer plus longtemps. Le débat n'est pas clos pour autant. Les défenseurs des libertés individuelles n'ont pas désarmé, fût-ce pour des raisons égoïstes. Il est néanmoins facile de leur rétorquer que le droit de fumer n'est pas supérieur à celui d'échapper à la fumée des autres. C'est vrai pour les consommateurs, c'est encore plus vrai pour les salariés employés dans ces établissements.
En France, les réticences du gouvernement s'expliquent par la crainte de se mettre une nouvelle fois la jeunesse à dos. Plus prosaïquement, elles sont fondées sur le vieux dilemme entre le souci de santé publique et la volonté de ne pas contrarier un droit qui est aussi générateur d'importantes recettes fiscales. Il semble que, cette fois, la lutte contre le tabagisme doive l'emporter. En revanche, il n'est pas certain que la création d'enclos pour fumeurs soit la meilleure manière de rallier ceux-ci au dispositif envisagé.
Jean-benoît VOGEL coordinateur en charge de la santé et Fabienne CREPAUX des solidarités ont créé le 22 février 2006, un groupe de réflexion sur ce sujet qui rendra ces conclusions le 27 juillet 2006.







