Retrouvailles entre reliques hargneuses

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Retrouvailles entre reliques hargneuses

Messagede Jameslol le Mer Aoû 23, 2006 17:03

[center]Retrouvailles entre reliques hargneuses


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Garry Kasparov, la hongroise Judit Polgar et Anatoli Karpov: le match organisé par le Credit suisse a accueilli des figures du monde des échecs, en particulier les trois «K» (Anatoly Karpov, Victor Kortchnoï et Garry Kasparov), célèbres ennemis de l´ère soviétique. Photo: Keystone



ECHECS. Pour la première fois depuis une demi-éternité, Anatoly Karpov, Garry Kasparov et Viktor Kortchnoï ont confronté leur génie dans la même salle, à Zurich. Toute une facette de l'histoire a ressuscité d'un seul coup.


Christian Despont, Zurich
Mercredi 23 août 2006

On dirait un tableau célèbre qui, brusquement, s'anime. Comme des personnages jaillis d'une époque, d'une anthologie. Il y a quinze ans - au moins - que les trois «K» célèbres, les références de la prouesse cérébrale, les ennemis de la Guerre froide, n'avaient pas confronté leur génie à la même enseigne. Pour ses 150 ans, Credit Suisse a réuni Victor Kortchnoï, Anatoly Karpov et Garry Kasparov à Zurich, non sans les soumettre aux affres de la modernité triomphante, incarnées par Judit Polgar, la seule joueuse d'échecs qui n'ait jamais démystifié la primauté intellectuelle de l'homme. La banque s'est offert cette tranche d'histoire en guise de gâteau d'anniversaire, sans chichis ni envie de partager: quelques tables installées dans un hall public, un cordon de sécurité tout autour, trois écrans dans la rue. Cohue frustrée.

En trois heures, les retrouvailles ont revisité quelques moments d'histoire, notamment l'une des oppositions les plus manichéennes de l'ère soviétique: Victor Kortchnoï, bourgeois et juif, contre Anatoly Karpov, fils d'ouvrier et membre du parti. Ce qui fut une rivalité tenace, relayée avec une sémantique guerrière, est demeuré un combat idéologique. Depuis que Kortchnoï a fui l'URSS pour la Suisse - d'abord sans son fils écroué dans un camp de concentration, ni son épouse retenue par les autorités - il est resté aux yeux de Karpov un apatride, un renégat. «L'unique sentiment que j'éprouve à son endroit est la haine la plus profonde», a vomi le tsar en 1992. A leur première confrontation extra muros, Karpov s'était entouré d'un psychologue, sorti des laboratoires soviétiques, pour envoûter Kortchnoï, selon ce dernier. «Contexte tendu», rapporte la chronique. «Délire paranoïaque», susurrent des insiders. Au duel suivant, l'Argovien d'adoption avait déployé une escadrille de juristes, attachés de presse et spécialistes en phénomènes paranormaux. Il affirme encore que le KGB a projeté de le kidnapper, voire de l'éliminer.

A 75 ans, sa pugnacité n'a pas molli. Kortchnoï a déposé protêt après sa défaite contre Judit Polgar, furieux, mortifié, prétextant un vice de procédure. «Il s'agit d'un tournoi amical», a poliment rappelé un officiel. Puis l'ancien a essuyé ses deux défaites contre Karpov d'une main rageuse, les pièces éparpillées autour de sa personne comme un champ de ruines. Kortchnoï ne change pas. Il s'entraîne en vase clos et ne sort jamais seul. «Il est tellement dans la lune», sourit un proche. Il houspille encore l'ignorance et la sottise des adversaires qui ont l'impudence de le malmener. Il s'interdit de revoir La diagonale du fou, un film où son personnage, campé par Michel Piccoli, lui prête une démence inappropriée à son goût. «Je suspecte que dans le scénario, c'est moi le fou.» L'URSS a détruit toute la littérature qui mentionnait son nom, soit des centaines de documents et d'ouvrages. Tant pis: Kortchnoï promet de survivre à la mémoire collective, de jouer aux échecs et de haïr Karpov jusqu'à son dernier souffle. Sauf que Karpov, a priori, s'en fout.

A 55 ans, le maître à penser est la créature en déshérence d'un défunt régime. Il est un vestige. Il n'est plus le même. Il était si superstitieux, jadis, qu'il ne se lavait pas les cheveux aussi longtemps qu'il gagnait. Il était si bûcheur que, sur un tournoi, il emportait 7000 ouvrages dans ses valises. Il était si mal aimé, si rachitique. Il était le méchant du film, taillé pour le rôle au marteau et à la faucille: regard globuleux, teint cireux, caractère ombrageux. Verbe acrimonieux et ego chatouilleux. Derrière le salaud monolithique est né, depuis, un philanthrope largement mésestimé, mais le temps n'efface pas tout. Pas les tableaux.

Dans le hall bruyant de la Paradeplatz, Karpov a rallumé ce regard frénétique qui, sous son enveloppe charnue, sautille sur l'échiquier en quête d'une brèche, sans trahir le moindre émoi. Le camarade ne s'invente plus des périls obscurs ni des expérimentations scientifiques sur son cerveau. Il joue en dilettante, sur son génie délabré. Au terme de la finale, conclue par un nul, il a même failli sourire à Garry Kasparov, l'antithèse joviale, le rival encombrant.

Tous deux cultivaient des envies de meurtre. «Il faut vouloir tuer son adversaire», prodiguait Kasparov, dépeceur de cerveaux à l'ego monstrueux. Aujourd'hui, le citoyen russe recycle son charisme dans une opposition féroce au régime de Poutine, «l'illusionniste», et à son économie antidémocratique. «Echec au roi», dit la campagne. «Cavalier seul», nuance un détracteur. Kasparov est devenu un dissident aux accents populistes, suffisamment écouté, a priori, pour nécessiter une surveillance rapprochée. L'homme prend aussi quelques libertés avec l'histoire, notamment avec le régime de Franco que, en janvier dernier, il a présenté comme «une alternative acceptable à la menace communiste.» Bateleur et hâbleur. En noir et blanc, sans compromis. Un échiquier politique à son image.

Face à ces éminences grisonnantes, Judit Polgar a tenu son rang. Elle a battu Kortchnoï à deux reprises et arraché un nul à Karpov qui, cette fois, ne lui a pas accordé l'aumône d'un sourire. Judit Polgar, Hongrie. Tout un roman. La dame n'a jamais mis les pieds à l'école. Son père a tout sacrifié à l'éducation de ses trois filles, plus exactement à démontrer que le génie est un acquis, non un état. «Tous nos enfants peuvent devenir des surdoués», assure Lazlo Polgar, dont les secrets de fabrication s'étalent dans plusieurs ouvrages.

Judit, comme ses deux sœurs, est devenue géniale. Son père, barbe blanche et lunettes épaisses, l'a affranchie des carcans de l'hérédité. Sa mère, nature joyeuse sous des raideurs de mère supérieure, lui a enseigné cinq langues. La seule idée reçue que Judit n'a pas vaincue est le machisme, la goujaterie et la mauvaise foi des orgueils mâles offensés. Pièces renversées, injures jetées à la figure, regards dédaigneux ou fuyants. Ainsi se dévêtit l'intelligence masculine mise en échec. «Quand les hommes perdent contre moi, ils ont toujours mal à la tête. Je n'ai jamais battu un seul homme en pleine possession de ses moyens.»

Judit Polgar vient de donner naissance à un deuxième enfant, mais sa carrière en pâtit peu. Kasparov qui, jadis, l'aurait qualifiée de «chien entraîné», confesse aujourd'hui «un jugement hâtif». Excuses vite ravalées: «Une femme championne du monde? Pourquoi pas? J'ai bien perdu contre un ordinateur. Et on assiste à de tels drames, de nos jours.» [/center]
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Messagede Jameslol le Lun Oct 09, 2006 20:19

:Lapin: Figures du monde des échecs = le bide du mois ! :voui: :lol:
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Messagede Jameslol le Mer Oct 11, 2006 21:37

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Messagede Thain le Mar Nov 07, 2006 19:03

c'est un sport ? on n'est pas plutot dans le loisirs, comme les jeux de société ?
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Messagede Jameslol le Mar Nov 07, 2006 19:07

Thain a écrit:c'est un sport ? on n'est pas plutot dans le loisirs, comme les jeux de société ?



Un sport cérébral, mais tu as sûrement raison Thain :fou: :coucou:
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