Bonjour Silence,
silence a écrit:Tu as détecté les empreintes laissées par un bourreau fantomatique,
Le terme "fantomatique" me gêne. Qui s'est reproduit me semble mieux. Ce que je ressents plus précisément, est une seconde personnalité en surimpression de la première.
Par exemple, cela m'arrive aussi chez certaines personnes de sentit leur père et leur grand-père en eux, comme partie de leur personnalité.
tu as détecté quelques manettes permettant de canaliser l’ancienne victime devenue bourreau à son tour. Comment peux-tu déterminer, doser exactement les violences psychologiques qui permettront de centraliser les rages ?
Mon but premier n'est pas de soigner (qui serais-je pour le faire? De quel droits, à quels risques?) mais de protéger les autres. La stratégie est simple mais efficace: faire monter les enchères (en terme de souffrances) jusqu'à obtenir le contrôle de la situation par la crainte du bourreau. Cela passe souvent par une déconnexion complète du groupe dans lequel il évolue, par une isolation sociale duement voulue. Un travail de psycho-action en quelque sorte.
Mais heureusement, cela fait bien longtemps que cela ne m'est pas arrivé dans mes foyers affectifs, et de plus, ma position professionnelle me permet désormais de choisir les personnes avec lesquelles je travaille.
Je dis "heureusement" car d'analyser les diverses positions dans un groupe, les chances d'une action de modification d'équilibres, voire de l'identité du groupe, déshumanise celui qui fait cette analyse. En effet, la perception du groupe n'est plus sensitive mais logique, déshumanise celui qui l'utilise, et enlève du charme au monde.
Enfin, c'est ce que ressents... et ainsi il m'est souvent impossible dans un groupe en crise dans lequel j'ai opéré pour résoudre une crise majeure (expériences de dynamique de groupes, conflits associatifs ou politiques, conflits professionnels), de pouvoir garder des contacts avec des membres de ces groupes.
Le dosage me semble étonnamment difficile car s’il est trop faible, l’ancienne victime et nouveau bourreau reste sur un terrain familier et s’énerve ; s’il est trop puissant, il surajoute aux traumas existants et va blanchir, justifier son comportement cruel.
Si l'on veut soigner, c'est plutôt par un travail d'accompagnement et de revisite qu'il faut procéder. Mais cela s'adresse plus à des victimes qu'à des bourreaux car il faut qu'elles soient consentantes et donc qu'elles vivent mal leur situation.
Sinon j'ai toujours été étonné du manque de sensibilité des bourreaux, même si je m'y attendais. les enchères dans l'affrontement doivent vraiment être poussées et cela a toujours été pour moi de grandes souffrances, même si je les gère et les efface...
D'un autre côté, si je n'en souffrais pas, je ne me le serai pas permis...
Mais si on considère un soin contre la volonté du bourreau/victime, je crois qu'un dosage ne s'impose pas. Je crois qu'il est possible d'agir par reprogrammation en allant bien au-delà des violences de la première programmation.
C'est plutôt la reconstitution d'une personnalité saine par mélange de la première personnalité, du conditionnement, ainsi que du reconditionnement qui me semble difficile.
Ce type de canalisation ne peut être qu’ éphémère dans la vie de tous les jours. Un rapport de force va s’engager entre le bourreau et le "réceptacle élu". La fuite permet de ne pas être bourreau à son tour (car il serait empreint de culpabilités) et c’est mon choix constant.
Et c'est tout de même un bon choix. Mais à la fois pour mon confort et pour le soucis de mes proches, je préfère que cela soit le bourreau qui parte. Voilà pourquoi une petite action de signalement (décrypter pour le groupe, par le raisonnement et l'expérience la vraie personnalité du bourreau) me semble appropriée.
Une fois le bourreau parti, j'ai souvent obtenu des individus du groupe des aveux de souffrances et de malaises liés au bourreau, mais jusqu'à là non exprimées par la peur du bourreau ou la culpabilité que celui-ci avait provoqué chez eux.
Il m’apparaît qu’au lieu d’être simplement le reflet d’un miroir comme souvent je le suis, tu t’appropries ce reflet et le renvoie stratégiquement.
Mais comment se protéger soi-même de cette contamination ?
Je crois que la seule manière est d'être soi et d'être fort. Cela passe pour moi d'être épanoui dans plusieurs cercles affectifs liés à la famille, aux amis, aux activités, dans lesquels notre position est valorisante et nous pousse vers le haut.
Si par exemple dans un loisir, je n'arrive pas à réussir des soirées ou repas avec des membres de ce loisir, c'est que je n'arrive pas à y créer des amitiés, et donc il me faut en changer. Plus le nombre de foyers affectifs est rand et plus on est résistant à une crise dans un des foyers affectifs (famille ou travail par exemple). Si on n'en a que deux et les deux vont mal, et bien c'est la déprime assurée...
Je crois que cette petite théorie des foyers affectifs peut t'être utile si tu es très sensible et que donc tu te contruits moins autout de ton être que des inter-actions avec les autres. En tout les cas, elle marche bien avec moi !
Pour finir avec ta question sur la protection, j'ai aussi développé une capacité dangereuse à me laver de contacts malsains, de pouvoir augmenter ou diminuer la force d'un souvenir, voire même, en un certains temps, de pouvoir altérer ma personnalité pour m'adapter à une situation. mais c'est une chose que désormais, je ne fais plus et n'ai plus à faire.
Je cherche juste à être épanoui... ce qui passe par la recherche du plaisir pour soi et avec les autres...
Je voulais ajouter que je suis assez épatée par ton raisonnement. Exerces-tu une profession en rapport avec la psychologie/psychiatrie ?
Non pas directement. Disons que j'ai eu une famille assez gratinée avec une "mère juive" assez exceptionnelle, une des pires sortes de bourreau naturels qui soit.
Mais d'un autre côté, j'ai dû me replonger dans les sciences cognitives du fait de mon ancien job d'enseignant, et de mon nouveau job de directeur (où sur fond de crises techniques se cachent des crises de rapports humains, qu'il faut soigner

).
A plus et te lire,
Il faut rire de tout, et surtout de soi.