Voyages années 30.

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Voyages années 30.

Messagede Sostène le Ven Fév 23, 2007 19:01

Bonjour à tous,

Je suis né d'un père corse et d'une mère vendéenne native de l'Aiguillon sur Mer,un village de la côte sud-Vendée. Chaque année nous allions en vacances, dans cette localité, chez mes grands-parents.

Les préparatifs de départ étaient, pour mon frère et moi, la cause d'une excitation grandissante qui atteignait son apogée le matin du départ. Nous prenions le train à la gare de Ste Geneviève des Bois (91) puis, en arrivant à Paris, un taxi nous emmenait à la gare Montparnasse. De cette gare partait la ligne Paris Bordeaux du réseau de l'Etat.

Notre train quittait Paris vers 22h. La conversation s'engageait entre les voyageurs du compartiment. Puis, vers minuit, on éteignait les lumières. Le compartiment restait faiblement éclairé par la veilleuse. A partir de ce moment là c'était le rêve qui commençait pour mon frère et pour moi. Je fermais les yeux. Bercé par le bruit régulier des boggies sur les rails et par celui de la machine à vapeur je pensais à tout ce qui nous attendait à l'Aiguillon : nos grands-parents, la mer, la plage, le bateau de notre oncle …..
Le voyage en train était le grand événement annuel. Nous retrouvions chaque année la même ambiance, propre aux chemins de fer de l'époque. Les bruits extérieurs bien sur, mais aussi, filtrant par les joints des vitres, les odeurs de charbon, de fumée et de vapeur en provenance de la locomotive. Lorsque nous passions dans les gares ou dans des zones éclairées nous distinguions le panache de fumée qui accompagnait notre course. Le train s’arrêtait dans plusieurs gares dont Château du Loir, Saumur, Thouars. Pendant les quelques minutes d'arrêt un employé longeait le convoi, frappant sur les moyeux de roues afin de déceler, éventuellement, une sonorité anormale qui aurait indiqué une avarie naissante. Puis le train repartait ....

Après avoir changé de train à Bressuire nous arrivions à Velluire (Vendée) vers 6h du matin. Nous disposions alors de deux heures avant la venue du train qui devait nous conduire à Luçon (Vendée). La gare de Velluire avait une certaine importance durant les années trente. Comme il y avait un buffet nous y prenions notre petit déjeuner avant d'aller nous promener jusqu'au pont qui franchissait la rivière Vendée. A cette heure là il n'y avait aucun bruit. Des bords de la rivière les arbres se penchaient sur les eaux qui paraissaient immobiles et dont la surface était recouverte de lentilles vertes ; celles que l'on trouve dans tous les canaux du marais Poitevin. C'était une sorte d'enchantement, un prélude aux vacances Aiguillonnaises.

Nous repartions de Velluire vers 8h pour arriver à Luçon une demie heure plus tard. Là nous prenions le "tortillard", c'est à dire le petit train qui devait nous conduire à l'Aiguillon. Le voyage était assez pittoresque. Durant les arrêts, des femmes habillées suivant la coutume locale et coiffées d'une quichenotte ou d'une cabanière, prenaient place à bord du train et entamaient des conversations en patois Vendéen. Elles portaient des paniers contenant des canards ou autres volailles dont les têtes sortaient par un orifice du couvercle.

Le contrôleur de la Compagnie des Tramways Vendéens parcourait les wagons. C'était un gros homme, en bras de chemise, qui portait une casquette de cheminot. Afin d'éviter la chute de son caleçon il faisait largement déborder celui ci au dessus de son pantalon.

Après avoir passé St Michel en L'Herm le train arrivait en vue de l'Aiguillon. Lorsque mon frère et moi apercevions le clocher et le moulin du village nous ne pouvions plus contenir notre joie. Après un dernier virage nous distinguions nos grands parents qui, devant la gare, nous attendaient ……..

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Cordialement.
Sostène
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Messagede Sostène le Ven Fév 23, 2007 22:40

Le texte ci-dessous fait suite au message de 16h01.

Chez nos grands-parents le repas du soir avait lieu à la lueur d'une lampe à pétrole. L'électricité n'était pas encore parvenue jusqu'à l'Aiguillon. Plus tard dans la soirée, lorsque nous étions couchés, nous percevions le bruit du ressac sur la plage de La Faute. A notre réveil nous entendions des bruits familiers : celui des sabots et des charrettes des cultivateurs qui se rendaient à leur travail ; plus loin, sur le Lay, celui des moteurs des bateaux qui allaient en mer. Puis, lorsque nous sentions l'odeur des rôties que notre grand mère faisait dorer devant un feu de favri (1) nous descendions, mon frère et moi, l'escalier quatre à quatre. Le menu était : chocolat au lait et rôties de pain Polka avec beurre salé.

L'après midi nous allions à La Faute sur Mer, localité limitrophe de l’Aiguillon. Chemin faisant nous rencontrions nombre de cousins et cousines avec lesquels notre mère échangeait des informations sur la famille. A la sortie du pont une rigole de purin, venant d'une ferme appartenant à des cousins, traversait la route. Ensuite nous entrions dans les chemins de La Faute. Ceux ci étaient envahis par le sable. Plus nous progressions vers la plage plus la couche de sable augmentait. Certaines années le sable arrivait à la hauteur des fenêtres des "chalets" (2) construits derrière les dunes.

Lorsque nous franchissions les dunes c'était l'émerveillement. La mer était là, à cinquante mètres de nous. La plage formait un immense croissant lumineux allant de la pointe d'Arçay à la Belle Henriette (des lieux dits). Il n'y avait aucune interdiction, nous pouvions courir sur les dunes et dans la forêt. Il y avait peu de monde sur la plage, peut être 500 personnes. Beaucoup plus le dimanche, jour où le petit train déversait en gare de l'Aiguillon ville ou de l'Aiguillon port une foule de cultivateurs venant de l'intérieur de la Vendée par Chantonnay et Luçon.

Bien amicalement.

(1) Tiges et cosses des fèves, après battage.

(2) On appelait "chalets" les maisons de vacances construites derrière les dunes de La Faute

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A gauche : la plage de la Faute sur Mer en 1920. A droite : en 1936.

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A gauche : au premier plan, la Faute sur Mer. En arrière plan, l'Aiguillon sur Mer.
A droite: Courant 19ème S. Les entreprises salaces d'un ignoble individu sont mises en échec par une mère vigilante.
Sostène
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Messagede silence le Ven Fév 23, 2007 23:11

:ok: Superbement écrit, Sostène. J'ai un peu l'impression de voyager avec toi. En plus, j'adore les trains. :fou:

Sostène a écrit:Durant les arrêts, des femmes habillées suivant la coutume locale et coiffées d'une quichenotte ou d'une cabanière, prenaient place à bord du train et entamaient des conversations en patois Vendéen. Elles portaient des paniers contenant des canards ou autres volailles dont les têtes sortaient par un orifice du couvercle.


Une quichenotte
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Coiffe très astucieuse, le tissu raidi par du carton ou de minces lattes de bois s’avance au dessus du front et sur les joues. La quichenotte protège efficacement les yeux du soleil, du vent et des intempéries. C’est une coiffe de travail, confectionnée en tissu blanc ou noir.
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Messagede lafleurdesbois le Sam Fév 24, 2007 00:25

Très beau voyage dans le temps, Sostène :Fleure1:
Combien généreuse est la vie pour l'Homme, mais combien l'Homme se tient éloigné de la vie ! -Khalil Gibran-
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Messagede Sostène le Sam Fév 24, 2007 01:10

Merci à vous Silence et Fleurdesbois,
Silence, la quichenotte que vous présentez semble moins se projeter vers l'avant que la quichenotte vendéenne. En Vendée, et dans les départements voisins, voici l'explication qui est donnée ( il s'agit d'un copié-collé issu d'un site ayant trait à l'ile d'Oléron) :

"On a connu par ici la Quichenotte qui tout au long des côtes de la Gironde à Noirmoutiers a été portée depuis longtemps... très longtemps, depuis l'occupation anglaise au moyen âge et continue d'être portée aujourd'hui..

VRAI OU FAUX qui dira la vérité ? et la vérité existe-t-elle vraiment en ce domaine ? en tous cas, la légende est belle et mérite d'être dite. On dit donc qu'en ce temps-là... la terrible époque de l'occupation anglaise les jeunes femmes avaient du mal à empêcher les assauts galants des soldats anglais... et que pour éviter leurs baisers impromptus... Kisses ! elles se mirent à porter un bonnet de toile blanche (normal pour la lumière du pays) qui enserrait la tête avec un volant couvrant la nuque et, en avant du visage, une très longue visière en cornette de trinitaire qui empêchait l'approche dudit visage... cette coiffe voulait dire : ne m'embrassez pas, ce qui en anglais pouvait s'interpréter par "kiss me not" puis par la déformation du temps serait devenu "quichenotte" ! Pourquoi pas ? L'explication suit une certaine logique et quoi qu'en ai dit certains, on voit encore la quichenotte en été dans les îles et sur la côte vendéenne, portée par de fidèles grand mères. Et rapprocher l'appellation de la "queissonoto" coiffe du limousin de celle de par ici, n'empêche en rien l'origine car les troupes anglaises ont parcouru ces contrées et les mêmes causes peuvent avoir produit les mêmes effets... "

Ci-dessous, me voici avec ma grand-mère et sa quichenotte, sur la plage de La Faute sur Mer en 1922. Les dames voudront bien excuser le costume d'Adam.

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Messagede silence le Sam Fév 24, 2007 01:39

:ok: J’avais également trouvé cette explication sur le net.
De la même façon, j’avais cherché la rigole provenant d’une ferme et ai trouvé des explications sur la construction des granges mais peu de plans suffisamment explicites pour les éditer ici. J’avais cherché aussi ton petit train surnommé le tortillard .

Sostène a écrit:Pendant les quelques minutes d'arrêt un employé longeait le convoi, frappant sur les moyeux de roues afin de déceler, éventuellement, une sonorité anormale qui aurait indiqué une avarie naissante. Puis le train repartait ....


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Te rappelles-tu si les cheminots avaient une "lanterne" avec des vitraux colorés ? Quand j'étais enfant, mon père avait une "lanterne" comme ça.
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Messagede Sostène le Sam Fév 24, 2007 17:54

Bonjour Silence,
Il me semble me souvenir, en effet, que les cheminots utilisaient une lampe de plusieurs couleurs.

L'appellation "tortillard" était surtout utilisée par les vacanciers.

Ta photo de gauche me semble être d'origine US. Celle de droite semble avoir été prise sur le côté gauche d'une loco française "Pacific" semblable à celle représentée ci-dessous :
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Voici une des locomotives "Pacific" utilisées par le réseau de l'Etat puis par la SNCF. Elle a été construite en 1922 et a fait sa dernière traction le 29 septembre 1968 sur la ligne Nantes-Le Croisic. Elle est maintenannt la propriété du PACIFIC VAPEUR CLUB.
Photo Pacific Vapeur Club.
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