Retrait saphène... en 1944.

Type de médecine, vos questions santé

Retrait saphène... en 1944.

Messagede Sostène le Dim Fév 25, 2007 01:08

Bonsoir à tous,
Il ne s’agit pas, ci-dessous, d’une demande d’information médicale, mais d’un récit.
Cette histoire se déroule au début de 1944. J’étais alors mécanicien dans une école de pilotage de l’armée de l’air, à Kasba-Tadla (Maroc). J’avais 23 ans et, chose curieuse compte tenu de mon âge, je souffrais de varices, sur le côté intérieur de la jambe gauche. Le médecin de la base décida de m’envoyer à l’hôpital militaire de Casablanca.
Sur place il fut décidé de me retirer la saphène interne. Le jour convenu je vins m’étendre sur la table d’opération et l’anesthésiste entra en scène. Il me mit un masque et m’envoya une bonne dose d’éther dans les poumons…..Je sombrais alors dans les ténèbres….
A mon réveil je vis que ma jambe gauche était entièrement entourée d’une bande. L’infirmière m’expliqua que l’opération avait consisté à ouvrir au bistouri la face intérieure de ma jambe, de la cheville jusqu’à l’aine, et d’extraire par cette ouverture la veine principale (ou saphène). Ensuite les deux bords de la plaie avaient été rapprochés à l’aide de points de suture.

Pendant quelques jours tout alla bien.

Il n’était pas question de changer le pansement en raison du volume de travail qui incombait à l’infirmière. Nous étions une vingtaine dans la salle. Les patients étaient, pour moitié, des blessés venant du front d’Italie. Les blessés revenants de ce théâtre d’opérations étaient répartis entre les hôpitaux militaires d’Alger, Oran et Casablanca.
Après quatre à cinq jours ( ou plus peut être ) je ressentis, au niveau de la cuisse, une douleur qui alla en s’emplifiant. Puis la fièvre se mit à monter. Je ne disais rien parce que j’avais peur de passer pour une mauviette auprès de certains blessés graves. Puis je me suis décidé à en parler. L’infirmière ne fit rien le jour même. Très curieusement, durant la nuit, la douleur cessa et la fièvre se mit à tomber.
Le lendemain matin l’infirmière me fit mettre sur la table de soins. Elle se faisait seconder par un matelot en convalescence. Elle retira la bande, puis le pansement. Alors apparut un spectacle à la vue duquel le matelot préféra sortir. Entre le genoux et l’aine tous les points de suture avaient lâché. Il n’y avait qu’une plaie béante et purulente. L’infirmière, qui en avait vu d’autres, ne se démonta pas pour autant. Elle nettoya la plaie et saupoudra celle-ci avec de la poudre de sulfamides (Il n’y avait pas encore de pénicilline dans les hôpitaux militaires français). Miraculeusement la plaie s’assécha en 24 heures et fut complètement cicatrisée après plusieurs semaines.
J’ai gardé de cette intervention une allergie aux sulfamides. J’ai voulu, un jour, soigner un rhume avec cette médication. Le lendemain matin j’avais le nez comme une patate.
Bien longtemps après, en 1980, j’ai été opéré à la jambe droite. Lorsque j’ai raconté mon aventure de 1944 au chirurgien il a sourit et m’a dit : « Oui..mais en ce temps là c’était la préhistoire !».

Cordialement.
Sostène
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Messagede silence le Dim Fév 25, 2007 20:13

Je suis tout de même étonnée qu’après ce stripping, ta pyrexie ne fut pas prise en considération alors que tu venais de subir une intervention. Car je suppose que l’on prenait tes constantes régulièrement, comme aux vingt autres patients de la salle.
Les priorités et urgences d’un contexte bien particulier font qu’il n’est pas possible effectivement de juger de ces états de faits.
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Messagede Sostène le Lun Fév 26, 2007 01:24

Bonsoir Silence,
Non, aucun contrôle sérieux n'a été fait. L'état de santé des blessés graves était, par contre, mieux surveillé que celui des autres patients, ce qui était normal.
Il faut dire que les hôpitaux militaires en Afrique du Nord, en 1944, n’avaient rigoureusement rien à voir avec les hôpitaux d'aujourd'hui. Le personnel qualifié manquait. Les infirmières étaient, pour la plupart d'entre elles, des bénévoles. Il y avait bien un recrutement militaire de ce que l'on appelait, à cette époque là, des auxiliaires féminins, mais ces jeunes filles étaient envoyées dans des "bataillons médicaux" sur le front d'Italie.
Les Américains étaient mieux lotis, ils disposaient d'hôpitaux de campagne bien équipés.
Mon opération n'était pas un "stripping", comme celle de 1980, puisque, en 1944, ma jambe a été incisée sur toute sa hauteur et la veine retirée par cette ouverture.
Bien amicalement.
Sostène
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