Bonjour à tous,
Je suis entré dans une compagnie aérienne en janvier 1946. Dans cette entreprise j’ai été, successivement mécanicien motoriste, puis agent technique (1948) et enfin instructeur (1957). Le 31 décembre 1958 je partis pour les Etats Unis afin d'y suivre un stage portant sur les turboréacteurs de l'avion Boeing B707. Le stage avait lieu à Hartford, dans l'état du Connecticut, Il était suivi d'un séjour chez Boeing, à Seattle, sur la côte Ouest.
Le Lockheed 1649 décolla d'Orly vers 21 h. Peu de temps après nous survolions l'Atlantique C'était mon premier voyage aux Etats Unis. A cette époque là j'étais encore un rêveur, pétri de mes lectures d'adolescent sur l'Amérique du Nord et ses découvreurs. Dans la nuit, bercé par le ronronnement des moteurs Wright, je me mis à penser aux navigateurs qui, des Vikings à Christophe Colomb avaient, à 7000m au-dessous de moi, vogué durant des semaines avant d'atteindre les rivages vers lesquels l'avion me portait à plus de 500 km/h.
Nous avions dû prendre la route Septentrionale car, dans le courant de la nuit, je vis percer la clarté diffuse d'une aurore boréale.
Nous arrivâmes à New York avant le lever du jour. Dans la matinée je gagnai Grand Central Station, la gare qui desservait la ville d'Hartford, située dans le Connecticut, à 200 Km de New York.
Je pris mon billet et m'installai dans le train portant l'indication Hartford. D'autres voyageurs montèrent dans le wagon. Le temps s'écoulait et bientôt je m'aperçu que l'heure de départ était dépassée. Quelques instants plus tard un employé de la compagnie apparut et nous fit une déclaration. Je compris qu'il fallait changer de train. Un monsieur me fit signe de le suivre. Nous nous installâmes dans un autre convoi. Le temps passa et le même scénario se reproduisit. Le monsieur me fit signe à nouveau et nous prîmes place dans un troisième convoi. Celui-ci s'ébranla aussitôt.
Le train s'arrêta à diverses reprises puis stoppa définitivement dans une petite gare de campagne. Un employé local vint nous dire de descendre. Je ne comprenais pas grand chose à la situation.
Les voyageurs se rassemblèrent dans la gare. Périodiquement l'un d'entre eux allait à la cabine téléphonique et appelait un ami, un parent ou un collègue de travail. Un moment après une voiture arrivait et emmenait l'heureux voyageur. Peu à peu la salle se vidait. Bientôt il ne resta plus qu'une dizaine de personnes. Un noir, allongé sur une banquette, jouait de l'harmonica….
Le temps passa puis un autobus vint s'arrêter devant la gare, il nous prit à son bord et nous emmena à la station suivante. Je compris alors qu'il y avait eu un accident entre les deux gares.
Je pensais être arrivé au bout de mes peines. Malheureusement non. Après un bout de chemin le nouveau train s'arrêta dans une ville assez importante. Peut être était-ce Hartford ? Non, ce n'était que New Haven, à 50 Km d'Hartford. Le préposé nous dit que le train n'allait pas plus loin. Il devait être quatre heures de l'après midi, c'est à dire 22 h à Paris. Un jour complet s'était écoulé depuis mon départ d'Orly.
Je commençais à être très fatigué. Je traînai mes bagages hors de la gare et je me résolu à gagner Hartford en taxi. A la sortie de la gare je hélai un de ces véhicules. Celui ci me prit à son bord et s'engagea sur l'autoroute. Cela était nouveau pour moi puisque la seule autoroute existant en France, à l'époque, était celle de l'ouest, qui datait de 1935.
Lorsque nous arrivâmes à quelques kilomètres d'Hartford le conducteur me demanda à quel hôtel je désirais aller. Je lui indiquai 1'hôtel Hilton. On m'avait conseillé cet hôtel dans lequel je pourrais trouver une chambre à 5 dollars (prix de base pour une chambre simple en 1959). Le conducteur, utilisant sa radio de bord, entra en contact avec la réception du Hilton. Celle ci lui fit une sorte de radioguidage à travers la ville et bientôt 1'hôtel fut en vue.
En voyant deux hommes en livrée rouge m'attendre devant I'entrée je compris que la réception s'était méprise sur la qualité du voyageur qui arrivait en taxi de New Haven. Peut être avait on pensé que j'étais un nabab oriental venant à Hartford négocier l'achat d'une importante série de moteurs Pratt et Whitney ? Aussi je lus un désappointement dans le regard du préposé lorsqu'il constata que je ne portais pas de turban et que, de surcroît, je lui demandais une chambre à cinq dollars ...
Cordialement


