En 1959, mon séjour à Hartford fut suivi d’un stage chez Boeing, à Seattle.
Seattle est un port de mer situé au Nord Ouest des USA, sur la côte Pacifique, à proximité de la frontière canadienne et au dessous du port de Vancouver. La ville, de forme très irrégulière, est construite entre la mer et le lac Washington. Ce dernier mesure 30 km de long et 2 à 4 km de large.
Le lac est traversé par un pont flottant permettant d'accéder à la banlieue Est et à l'autoroute qui, franchissant les Montagnes Rocheuses, relie Seattle à Spokane et aux états de l’Idaho et du Montana.
La ville de Seattle comptait, en 1959, 500.000 habitants dont beaucoup travaillaient chez Boeing. La région est dominée par le Mont Rainier (4400m) un ancien volcan dont le sommet est couronné de neige. Seattle est le nom du chef de la population indienne qui, autrefois, vivait dans cette région.
A l'usine Boeing, située à Renton, dans la banlieue de Seattle, toutes les compagnies ayant commandé des B707 étaient représentées. Les bureaux de ces compagnies étaient disposés de part et d'autre d'un long couloir d'accès. Il y avait une représentation (franco-américaine) de ma compagnie, chargée de suivre la construction de nos avions sur la chaîne des B707.
Toutes ces personnes étaient très amicales et aimaient organiser des sorties. Un jour je fus invité à aller faire du ski. Or je n'avais jamais pratiqué ce sport. On m'obligea cependant à louer le matériel nécessaire et, un dimanche, nous partîmes pour une petite station située dans la "Chaîne des Cascades". Notre conducteur pris la route de Spokane et s'arrêta à 50 km de Seattle, au col dénommé "Snoqualmie Pass". Nous avons laissé la voiture sur un parking et, après avoir chaussé nos skis, nous avons pris la direction de la station.
Nous devions, pour accéder à celle ci, parcourir environ 2 km en terrain plat puis 1 km en terrain pentu et boisé. Sur la partie plate je n'eus aucune difficulté à suivre les autres. Il me suffisait de placer mes skis dans les rails formés par les dizaines de skieurs qui étaient passé là auparavant. Pour la montée ce fût plus difficile. J'avais beau essayer de mettre en application les conseils qui m'étaient donnés, à savoir: placer mes skis en oblique ; il arrivait forcement un moment où ces maudites planches redevenaient parallèles. Je chutais alors en avant, le nez dans la neige.
Enfin nous sommes arrivés à un chalet où chacun pu se restaurer. Après cela les autres commencèrent à skier. La station était équipée sommairement d'un remonte pente constitué par une corde montée sur deux poulies dont l'une était entraînée par un moteur électrique. Il fallait, après avoir mis des gants, prendre la corde à deux mains et se laisser entraîner progressivement.
Je préférai m'abstenir, l’une de nos collègues américaines s'en étonna. Je lui dis : « Si je prends la corde il y a des chances pour que je me casse la figure et que les gens se fichent de moi ». Elle me dit : « Non ils ne se moqueront pas de vous. Ils se diront :"C'est un monsieur qui apprend à skier donc c'est normal qu'il tombe". Malgré cette remarque très encourageante je préférai ne pas essayer.
. Nous avons quitté les lieux entre chien et loup. Dans les chemins sinueux de la partie boisée je tombais sans cesse et, détail amusant, il m'arrivait parfois, en position assise, d'aller droit devant moi devançant ainsi ceux qui suivaient les méandres du chemin.
Lorsque nous sommes arrivés sur la partie plate je me suis mis à nouveau dans les traces des autres skieurs et, chose curieuse, le terrain présentant une très légère pente je pus glisser, à faible vitesse, tout le long des deux kilomètres sans faire de chute et sans le moindre arrêt.
Tout en descendant je pensais à deux jeunes campeurs qui, quelques temps auparavant, avaient été dévorés par des ours. Comme j'étais le dernier de la file je me retournais de temps à autres, vaguement inquiet, afin de voir si, dans la pénombre, aucune de ces bêtes ne nous suivait…….
Un bonsoir à tous.

Seattle. Au fond, le mont Raignier. Photo de droite : le pont flottant.
Le mont Raignier.



