don Quichotte

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don Quichotte

Messagede Ahmed le Dim Avr 01, 2007 16:33

Avant de me coucher, hier, très tard, j’ai remis la main sur ‘Don Quichotte’ et les ‘Enquêtes’ de Jorge Luis Borges pour me distraire des livres qui me prennent la tête. J’y trouve tant de plaisir que je ne peux m’empêcher de partager avec les quelques pages suivantes.

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Ici, nous dit Cervantes, l’auteur original des aventures de don Quichotte fait une peinture détaillée de la maison de son hôte, don Diego. Il brosse dans cette description tout ce que contient la maison d’un riche fermier de l’époque. Mais Ahmed a trouvé bon de passer ces trop nombreux détails sous silence, pour aller droit au but au lieu de ces froides digressions qui fatigueront certainement les lecteurs du forum du Café de la Culture. Gardez donc à l’esprit, qu’il a ici et là édité le texte intégral paru dans le livre de poche. Il n’aura peut-être pas la liberté de se rendre au bout de ce service mais il fera de son mieux pour garder l’intention intacte. Bonne lecture.

Pendant que don Quichotte faisait sa toilette, don Lorenzo, le fils de don Diego, avait demandé à son père :
« Que faut-il penser, monsieur, de ce gentilhomme que vous avez ramener à la maison ? Son nom, sa figure, et ce que vous dites qu’il est chevalier errant, nous ont jetés, ma mère et moi, dans une grande surprise.

– Je n’en sais vraiment rien, mon fils, répliqua don Diego. Tout ce que je puis dire, c’est que je l’ai vu faire des choses dignes du plus grand fou du monde, et tenir des propos si raisonnables qu’ils effaçaient ses actions. Mais parle-lui toi-même, tâte le pouls à sa science, et, puisque tu es spirituel, juge de son esprit ou de sa sottise le plus convenablement possible, bien qu’à vrai dire, je le tienne plutôt pour fou que pour sage. »
Don Lorenzo alla donc entretenir don Quichotte, qui entre autres choses lui dit : « Don Diego de Miranda, votre père, m’a fait part de votre rare talent, et de la subtilité de votre esprit; et surtout il m’a dit que vous étiez un grand poète.

– Poète, c’est possible, répondit don Lorenzo ; mais grand, pas même en pensée. Ce qui est vrai, c’est que j’ai beaucoup de goût pour la poésie et pour la lecture des bons poètes, mais cela ne suffit pas pour mériter cet épithète.de grand que me donne mon père.

– Cette modestie me plaît, car il n’y a guère de poète qui ne soit orgueilleux et ne se regarde comme le premier poète du monde.

– Il n’y a pas non plus de règle sans exception, reprit don Lorenzo, et peut-être trouverait-on des poètes qui le seraient sans s’en douter.

– En bien petit nombre, répondit don Quichotte ; mais dites-moi, je vous prie, quels sont les vers que vous avez maintenant sur le métier, et qui vous tiennent, à ce que m’a dit votre père, un peu soucieux et préoccupé. Si c’est quelque glose, par hasard, je m’entends assez bien en fait de gloses, et je serais enchanté de les voir. S’il s’agit d’une joute littéraire, que Votre tâchez d’avoir le second prix ; car le premier se donne toujours à la faveur ou à la qualité de la personne, tandis que le second ne s’obtient que par stricte justice, de manière que le troisième devient le second, et que le premier, à ce compte, n’est plus que le troisième, à la façon des licences qui se donnent dans les universités. Bref, c’est toujours un grand personnage qui est le premier. »

« Jusqu’à présent, se dit tout bas don Lorenzo, je ne puis vous prendre pour fou ; mais continuons. » Et il dit tout haut :

« Il me semble bien, monsieur, que vous ayez fréquenté les grandes écoles ; quelles sciences avez-vous étudiées ?

– Celle de la chevalerie errante, répondit don Quichotte, qui est aussi haute que celle de la poésie, et qui la passe même d’au moins deux doigts.

– Je ne sais quelle est cette science, répliqua don Lorenzo, et jusqu’à présent je n’en avais pas entendu parler.

– C’est une science, repartit don Quichotte, qui renferme en elle toutes les sciences du monde. En effet, celui qui la professe doit être jurisconsulte et connaître les lois de la justice distributive et commutative, pour rendre à chacun ce qui lui appartient. Il doit être théologien, pour savoir donner clairement raison de la foi chrétienne qu’il professe, en quelque part qu’elle lui soit demandée. Il doit être médecin, et surtout herboriste, pour connaître, au milieu des déserts et des lieux inhabités, les herbes qui ont la vertu de guérir les blessures, car le chevalier errant ne doit pas chercher à tout bout de champ quelqu’un pour le panser. Il doit être astronome, pour connaître par les étoiles combien d’heures de la nuit sont passées, sous quel climat, en quelle partie du monde il se trouve. Il doit savoir les mathématiques, car à chaque pas il se retrouvera dans la nécessité d’y recourir. Mettant à part les vertus théologales et cardinales qu’il a le devoir de pratiquer, et pour passer à de plus petits détails, disons qu’il doit savoir nager, ferrer un cheval, mettre la selle et la bride ; et, pour en revenir à mon début: garder sa foi envers Dieu et envers sa dame ; il doit être chaste dans les pensées, décent dans les paroles, libéral dans les œuvres, vaillant dans les actions, patient dans les peines, charitable avec les nécessiteux, et finalement, demeurer le ferme champion de la vérité, dût-il, pour la défendre, exposer et perdre la vie. De toutes ces grandes et petites qualités se compose un bon chevalier errant ; voyez maintenant, seigneur don Lorenzo, qu’il ne s’agit pas là d’une science de morveux celle qu’apprend le chevalier qui l’étudie pour en faire sa profession, et qu’au contraire, elle peut être comparée, aux plus huppés que l’on enseigne dans les gymnases et les écoles !
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Messagede silence le Lun Avr 02, 2007 09:29

:ok: un enchantement :love:
Merci
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Ne pas oublier que Cervantes

Messagede Ahmed le Lun Avr 02, 2007 18:21

silence a écrit::ok: un enchantement :love:
Merci


Nous ne sommes pas moins surpris d’apprendre (par la bouche d’un
barbier qui donne son opinion à un curé, face aux livres de la bibliothèque
de don Quichotte et particulièrement ceux écrits par Miguel de Cervantès)
au neuvième chapitre, que le roman entier a été traduit de l’arabe, et que Cervantès en a acquis le manuscrit à Tolède, et la fait traduire par
un maoriste, écrit Borges dans Enquêtes, p.75 ; Folio
Ahmed
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Messagede Ahmed le Sam Avr 07, 2007 01:26

– S’il en était ainsi, répondit don Lorenzo, je dis que cette science l’emporte sur toutes les autres.
– Comment, s’il en était ainsi ?
– Je veux dire que je doute qu’il y ait eu et qu’il y ait encore des chevaliers errants, doués de tant de vertus.
– J’ai déjà souvent répété ce que je vais vous expliquer : c’est que la plupart des gens ne crois pas qu’il ait eu dans le monde des chevaliers errants; et comme je suis d’avis que, si le ciel ne leur fait miraculeusement entendre cette vérité, quelque peine que l’on prenne pour cela, aucun ne s’en laisse convaincre, (l’expérience me l’a prouvé maintes fois). Je ne veux pas m’arrêter maintenant à vous tirer de cette l’erreur si répandue. Je prierai seulement ciel de vous éclairer et de vous faire comprendre combien furent véritables et nécessaires au monde les chevaliers errants, dans les siècles passés, et combien ils seraient utiles dans le siècle présent, s’ils y en avait encore. Mais aujourd’hui triomphent, à cause des péchés des hommes, la paresse, l’oisiveté, la gourmandise et la mollesse.
– Oh ! cette fois pensa Lorenzo, notre hôte s’est échappé; mais pourtant c’est un fou remarquable, et je serais moi-même un sot de n’en pas avoir cette opinion. »

Là se termina leur entretien, parce qu’on les appela pour dîner. Don Diego demanda à son fils ce qu’il avait pu tirer au net de l’esprit de son hôte :

« Je défie tous les médecins et tous les copistes de déchiffrer ce brouillon d’extravagance. C’est un fou mélangé, mais avec beaucoup d’intervalles lucides. »

On se mit à table, et le dîner fut, comme l’avait décrit don Diego en chemin, bien servi, abondant et savoureux. Mais ce qui enchanta le plus don Quichotte, ce fut le merveilleux silence qu’on gardait dans toute la maison, qui ressemblait à un couvent de chartreux. Quand on eut enlevé la nappe, récité les grâces et jeté de l’eau sur les mains, don Quichotte pria instamment don Lorenzo de lui dire les vers du concours littéraire. L’étudiant répondit :

« Pour ne pas ressembler à ces poètes qui, lorsqu’on leur demande de réciter leurs vers, s’y refusent, et, quand on ne les leur demande pas, nous les jettent au nez, je dirai ma glose, de laquelle je n’espère aucun prix, car c’est uniquement comme exercice d’esprit que je l’ai faite.
– Un de mes amis, homme habile, reprit don Quichotte, était d’avis qu’il ne fallait fatiguer personne à gloser des vers. La raison, disait-il, c’est que jamais la glose ne peut atteindre au texte, et que la plupart du temps elle s’éloigne de son sens et de son objet ; que d’ailleurs les lois de la glose sont trop sévères, qu’elles ne souffrent ni interrogations, ni les mots dit-il ou dirais-je, qu’elles ne permettent ni de faire avec les verbes des substantifs, ni de changer le sens du propre au figuré, et qu’enfin elles contiennent foule d’entraves et de difficultés qui enchaînent et embarrassent les glossateurs, comme vous devez parfaitement le savoir.
– En vérité, monsieur, s’excusa Lorenzo, je comptais bien vous prendre en défaut mais je ne puis, car vous me filez d’entre les mains comme une anguille.
– Je ne comprends pas, répondit don Quichotte, ce que veut dire l’expression, vous me filez d’entre les mains.
– Je m’expliquerais tout à l’heure. Pour le moment, veuillez bien écouter les vers proposés, et leur glose.
...
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