LE VAISSELIN
En voilà bien un mot étrange, une idée tordue sortie de l'esprit d'un dément, moi. Bon imaginez un arbre, un arbre hors de terre avec ses feuilles, ses racines et tout. Vous avez bien l'image en tête, bien, maintenant visualisez trois arbres ainsi leurs racines s'entremêlent et forment l'architecture complexe d'un navire vétuste, chaque tronc est un mat. Maintenant levez les yeux et regardez leur ramure, chaque feuille est une partie de voile. Ajoutez à ceci quelques fioritures issues de vos fantasmes et le tour est joué vous avez face à vous un vaisselin. Mais aujourd'hui je ne vous demande pas un tel effort car je vous prends à mon bord, allons ne soyez pas timide. Je me présente je suis le capitaine Elfrad MARDELIN et sans vous connaître je vous hais déjà.
REVE
Un homme nu, allongé sur une feuille géante, d'un vert tendre, nervurée d'argent, taillée en amande. Cet homme dort, le visage tourmenté, tandis que la feuille tombe doucement avec un mouvement de balancier. Autour de lui l'obscurité est déchirée d'éclairs verts, le vide est peuplé de larves de formes et couleurs hétéroclites. Le silence est couvert par une orgie de percussions dont les mouvements rappellent le ressac de l'atlantique ( ou le battement de mon coeur), le son est partout, la feuille elle même vibre sous cette mélopée. La feuille glisse dans l'éther et se pose sur un fleuve laiteux, les larves se sont transformées en mouettes et suivent, indolentes, la feuille qui enfle et se recroqueville autour du dormeur, comme une coquille. L'oeuf brunit et enfle, prenant la forme d'un trois mats végétal : Le vaisselin !
Le dormeur est éveillé, il se tient debout sur le pont et peint un coeur multicolore sur un morceau de toile noir.
Il tourne son visage hautain.
- " Je te hais pauvre vermisseau ! Je te hais toi et tes ridicules tentatives afin de dominer mes impulsions. Sache que je suis Elfrad MARDELIN et que c'est moi qui dirige tes humeurs et qui contrôle ton orgueil, tu ne peux m'éviter car je serai toujours à tes côtés. Tu peux lutter mais je suis le plus fort, tu peux m'ignorer ma besogne n'en sera que plus aisée car un jour tu seras mien. Je suis le maître de ton destin."
Le navire s'est échoué au pied d'un rocher bleu, au sommet duquel un autre homme nu est assis en tailleur, il pleure les yeux clos. De part et d'autre de lui se trouvent une femme au visage flou vêtue de blanc et un vieil homme sec, ils lèvent leurs yeux vers moi, et s'adressent au pleureur.
- " Yohann tu peux t'éveiller il est venu jusqu'à nous, mais il n'est pas seul."
A cet instant je m'éveille seul dans mon lit, transpirant et nauséeux, avec en mémoire mes dernières maladresses et le visage de Yohann le clown triste.
INTERLUDE
Je vous parle mais vous ne me voyez pas, nous ne sommes pas là, nous rêvons! Vous venez de passer les murailles de mon royaume onirique, et par la lecture vous allez le visiter.
MAHAYANA
Je vais toujours voguant, sur mon vert vaisselin, charmante parabole du grand véhicule védique.



