Nouvelle poussée du racisme en Corse ? Un groupe clandestin, fraîchement créé, a revendiqué lundi l'explosion d'une bombe de fabrication artisanale déposée vendredi dernier au pied d'un immeuble du centre ancien de Bastia, qui abrite de nombreuses familles issues de l'immigration maghrébine. «Un avertissement», a indiqué aux policiers le correspondant anonyme se réclamant des Clandestini Corsi, jusqu'ici inconnus sur l'île.
Passé depuis une cabine téléphonique, l'appel est pris très au sérieux par les services de police. D'abord, parce que l'engin artisanal utilisé pour l'attentat ne leur a pas permis d'y reconnaître la marque des «habituels» poseurs de bombes ou de relever des indices susceptibles de les conduire jusqu'à eux. Composé d'un extincteur bourré d'un mélange détonant de chlorate et de sucre, il a explosé vers 0 h 20 sans faire de dégâts ni de blessés, alors qu'il avait été déposé à proximité d'un casier métallique contenant des bouteilles de gaz. Un travail de pro, parfaitement maîtrisé, qui semble discréditer l'hypothèse d'un règlement de comptes entre jeunes.
Si pour l'heure les enquêteurs de la section antiterroriste du parquet de Paris, saisis du dossier, ne privilégient aucune piste, les précautions prises par les mystérieux clandestins pour ne pas se faire identifier, ainsi que le «cérémonial classique» qui a entouré leur revendication, laissent en effet supposer qu'il pourrait s'agir d'une action perpétrée par une bande déjà expérimentée. Quand bien même la déflagration s'est produite rue Droite, à peine quelques heures après les violentes échauffourées à coups de barres de fer et de chaînes de vélo qui ont éclaté autour du lycée Jean-Nicoli entre une centaine d'adolescents d'origine corse et maghrébine. «La revendication avait un certain caractère de sérieux, confirme Philippe Delagune, préfet de police adjoint à la sécurité de Corse, mais en l'état des choses, on ne peut pas encore dire si on a affaire à un groupe constitué ou à quelques individus qui ont profité de la situation.»
Cette affaire rappelle par bien des similitudes les événements de décembre 2002 qui avaient défrayé la chronique. De halls d'immeubles incendiés en voitures saccagées, de passants pris à partie en policiers agressés, la rue Droite de Bastia s'était déjà enflammée au lendemain de rixes entre lycéens. Un groupuscule, Resistenza Corsa, était alors sorti du maquis pour commettre et revendiquer «au nom de la lutte contre la drogue et l'immigration clandestine en Corse» une série d'attentats dans le quartier.
Pour le collectif antiraciste Ava Basta, il ne fait aucun doute que les incidents de l'époque et la bagarre de jeudi dernier résultent de «manipulations», notamment d'une jeunesse confrontée à des problèmes scolaires. «Le moindre prétexte peut donner lieu à des oppositions dans des groupes dont l'antagonisme passe par la frontière communautaire», souligne la présidente d'Ava Basta, Noëlle Vincensini, qui, depuis des années, tire la sonnette d'alarme sur la recrudescence du racisme vis-à-vis d'une communauté maghrébine largement majoritaire parmi les 40 000 immigrés de Corse (sur un total d'environ 250 000 habitants).
Pour autant, quelles que soient les motivations du mouvement Clandestini Corsi, les enquêteurs s'interrogent. Groupuscule dissident de Resistenza Corsa, qui en août 2003 avait choisi de rejoindre les forces du principal groupe armé de l'île, le FLNC-Union des combattants ? Cela est possible bien que le groupuscule ait été pratiquement décapité par les vagues d'interpellations qu'il a essuyées dans ses rangs depuis novembre 2003...
Les enquêteurs examinent aussi la thèse d'une milice raciste de formation plus conjoncturelle, disposant de moyens matériels et d'un savoir-faire qui ne laissent pas d'inquiéter les pouvoirs publics.




