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WASHINGTON (AFP) - A neuf ans, Rico maîtrise un vocabulaire de 200 mots, un acquis considérable quand on est un chien qui sait même reconnaître un jouet et répondre à son nom après l'avoir entendu une seule fois seulement, un mois auparavant.
L'expérience, relatée jeudi par la revue Science, a été menée avec ce chien par des spécialistes du langage et a démontré sa capacité d'apprentissage rapide. Sur cette base, les chercheurs estiment que certains aspects de la compréhension du langage ont évolué parmi les espèces avant l'apparition de la parole humaine et indépendamment de cette dernière.
Ils ont montré que Rico, un border collie appartenant à une famille allemande, peut reconnaître des objets après avoir été exposé une seule fois à une nouvelle combinaison mot-objet.
L’apprentissage du chien correspond à un processus humain d’acquisition du langage appelé "liaison rapide", selon Julia Fischer de l'Institut Max Planck à Leipzig (Allemagne) qui publie ses travaux dans Science.
Cette capacité chez les enfants leur permet de former des hypothèses rapides et approximatives concernant la signification d’un nouveau mot après y avoir été exposé une seule fois.
Le chien Rico a été confronté à un nouveau jouet placé parmi sept jouets connus. Lorsque son propriétaire lui a demandé d’aller chercher le nouvel objet en se servant d’un nom que le chien n’avait jamais entendu, Rico a pu identifier l’objet lors de sept essais sur dix.
Un mois plus tard, Rico a réussi à identifier à trois reprises (sur six tentatives) des objets qu'il n'avait vu qu'une seule fois, placés parmi un groupe de quatre jouets connus et quatre jouets entièrement nouveaux.
Le chien a semblé comprendre, comme les jeunes enfants, que des nouveaux mots ont tendance à correspondre à des objets qui n’ont pas encore de noms. Mais il a aussi mémorisé en une seule fois la nouvelle association mot-objet.
Sur l'ensemble des expériences menées, les chercheurs estiment que le taux de succès de ce chien est comparable à celui d’enfants âgés de trois ans.
"Du point de vue des psychologues, les chiens pourraient être les nouveaux chimpanzés" a estimé le chercheur Paul Bloom de l'université de Yale à New Haven (Connecticut) dans un article accompagnant le publication des travaux.
"Pas besoin de savoir parler pour comprendre beaucoup de choses", a jugé le professeur Fischer qui ne prétend pas démontrer que ce chien a une compréhension des mots aussi riche que les jeunes enfants.
Le résultat de l'expérience montre cependant que Rico peut établir un lien entre un objet et un son. "C'est un pas décisif qui permet à l'animal de comprendre des choses au sein d'un environnement", a ajouté la responsable des travaux qui explore désormais la capacité du chien à comprendre des phrases complètes, comme l'ordre de mettre un jouet dans une boîte.
La scientifique a mis en garde contre la tentation d'acheter un border collie pour ses capacités intellectuelles... "S'ils étaient humains, on dirait qu'ils sont obsédés par le boulot. Ce sont des chiens qui demandent au moins quatre ou cinq heures d'attention par jour", a-t-elle dit.
"Une capacité d'apprentissage aussi rapide en une seule fois est remarquable. Elle suggère que les structures cérébrales soutenant ce type d'apprentissage ne sont pas réservées aux humains et auraient pu former la base d'évolution de certaines capacités avancées du langage humain", a pour sa part commenté Katrina Kelner, rédactrice en chef adjoint de la revue Science.
La taille du vocabulaire de Rico est équivalente à celle d'un chimpanzé ou d'un dauphin bien entraîné à la reconnaissance du langage. Les chercheurs ont pu vérifier qu'il était capable d'aller chercher correctement 37 objets sur 40 qui lui étaient demandés parmi sa collection de jouets.