de Jameslol le Ven Juil 28, 2006 09:17
SPORT
Le Temps I Article
Floyd Landis, lui aussi...
CYCLISME. Le vainqueur du Tour de France a subi un contrôle positif à la testostérone.
Christian Despont
Vendredi 28 juillet 2006
C'est comme s'émouvoir d'un mariage et apprendre après coup qu'un époux avait eu une aventure le matin des noces. «Le Tour de France du renouveau», «la formidable aventure humaine» a subi hier une démystification radicale. Floyd Landis deviendra peut-être le premier vainqueur déclassé pour dopage, ce qui, à l'échelle de la performance assistée, constituerait une sorte de paroxysme.
Une foule fervente avait voulu croire au panache, à l'orgueil des braves lorsque, sur les pentes écrasées de chaleur, Floyd Landis avait accompli un raid solitaire de 130 km, épopée cycliste d'un autre temps, mâchoire conquérante et regard droit devant, au lendemain d'une lente agonie. C'est précisément au soir de cette victoire héroïque, à Morzine, que le coureur de Phonak a subi un contrôle positif.
L'échantillon prélevé par le laboratoire de Châtenay-Malabry a révélé un «taux de testostérone anormalement élevé», sans justification médicale. La cortisone utilisée par l'Américain pour soulager ses douleurs à la hanche n'est, semble-t-il, pas en cause. Si la contre-analyse confirme - résultats attendus dans une dizaine de jours - Floyd Landis sera licencié, destitué de sa victoire et suspendu pour une durée de deux ans. Juste avant lui, semblable sanction a frappé Roberto Heras, vainqueur de la Vuelta.
«Comment a-t-il pu? Comment peut-on monter sur le podium à Paris et faire comme si de rien n'était?» s'est offusqué le peloton, routards désabusés et vierges effarouchées, dès lors que, depuis longtemps déjà, plus aucun cycliste ne peut s'échapper, ou lambiner, sans éveiller des soupçons.
«Je reste convaincu que ce Tour fut différent, a commenté Christian Prudhomme, son directeur, à l'AFP. Je suis navré pour ceux qui ont le sentiment d'être floués, mais nous l'avions dit avant le départ, la guerre contre le dopage n'est pas terminée. Il faut sans doute passer par là. Ceux qui continuent de tricher, bientôt, se diront qu'il n'y a plus de répit, entre la volonté des organisateurs, des groupes sportifs, des parraineurs, et des enquêtes de police.»
Reste à comprendre, autant que possible. Comprendre pourquoi Floyd Landis aurait choisi une recette de grand-mère, le dopage à la testostérone, largement appréhendé, dans l'idée de réussir un exploit qui le conduisait tout droit au contrôle. L'Américain a-t-il voulu déjouer les prises de sang effectuées chaque jour par les médecins de Phonak?
Reste à comprendre pourquoi, tout de jaune vêtu, Floyd Landis a cru qu'il ne serait pas démasqué. «C'est de la bêtise humaine», tempête Francis Van Londersele, directeur sportif de Cofidis.
Si la fraude est confirmée, la victoire du Tour serait attribuée à Oscar Pereiro, ce que beaucoup qualifient prudemment d'inattendu, pour ne pas dire surprenant.
Les histoires sans fin de Phonak
Malgré les précautions, les affaires se succèdent.
Christian Despont
Andy Rhis, patron de Phonak, a coutume de dire qu'il a souvent été «trahi», mais que «la tricherie existera toujours». En sept années d'existence, son équipe a souvent trempé dans des affaires de dopage.
A peine engagé, le baroudeur américain Tyler Hamilton fut contrôlé positif. Carrière terminée. Santiago Perez (transfusions sanguines) a suivi: «Il n'avait jamais rien gagné et il était tout d'un coup prêt à remporter la Vuelta», s'est étonné Andy Rhis. D'autres encore: Oscar Camenzind (EPO) et, en début d'année, l'espoir suisse Sascha Urweider (testostérone). Récemment, Phonak a lui-même éconduit Botero, Gonzalez et Gutierrez, trois talents chèrement monnayés, sur la base d'un faisceau d'indices.
Le Belge John Lelangue a pris les commandes à la fin 2004 pour, sinon offrir une nouvelle virginité, du moins servir de caution morale à l'équipe en péril, un temps déclarée inélégible et sulfureuse par la corporation du Pro Tour. John Lelangue a défini un protocole, une charte éthique. A cinq jours d'une épreuve, ses cyclistes sont astreints à des analyses sanguines comportant divers paramètres (globules rouges, réticulocytes, hémoglobine, hématocrite). Le même principe est appliqué pendant les courses, où trois médecins sont employés à plein temps pour les seuls contrôles.
Dans ce code interne, qui obéit au principe de précaution, Phonak a défini ses propres valeurs, «nettement plus contraignantes que celles validées par l'UCI». Tout coureur convaincu de dopage est aussitôt licencié, selon les termes du contrat d'embauche.
Malgré tous ces efforts, des scandales continuent d'éclater, et Andy Rhis d'être trahi.
La testostérone, recette de grand-mère
Les vertus roboratives d'une hormone sécrétées par les testicules.
Le Temps
La testostérone est l'un des produits couramment retrouvés dans les analyses antidopage depuis 1982, date de son interdiction. Elle est la principale hormone sexuelle mâle - stéroïde du groupe des androgènes. Secrétée par les testicules, elle agit sur de nombreux organes, dont le cerveau, le cœur et les muscles.
Les médecins la prescrivent en cas d'insuffisance testiculaire. En cela, elle est déviée de son utilisation thérapeutique par les milieux sportifs, où elle a le pouvoir d'accroître la force et la puissance musculaire. Selon une récente étude australienne, ce type de dopage pourrait affaiblir les défenses immunitaires contre les infections, voire à long terme contre le cancer.
La testostérone a longtemps posé des problèmes sur le point du seuil de tolérance. Au-delà d'un rapport testostérone/épitestostérone supérieur à six, le sportif était déclaré positif, à moins qu'il fournisse la preuve d'une condition physiologique ou pathologique particulière.
La technique d'analyse par spectrométrie a permis de détecter ensuite l'apport exogène. La signature isotopique d'une prise de testostérone - ou de l'un de ses précurseurs - peut être démontrée. Autre avantage de l'analyse isotopique: elle offre une fenêtre de détection sensiblement plus longue après la prise du produit que le rapport testostérone/épitestostérone qui, lui, redevient rapidement normal.
Une nouvelle méthode de détection prometteuse, la métabonomique, a été évoquée l'an passé. Au lieu de rechercher les produits de type androgène par eux-mêmes, comme le font les chimistes, cette méthode consiste à rechercher les effets physiologiques de ces produits par le biais de la spectroscopie par résonance magnétique nucléaire (RMN) et de classer les modifications constatées.
Dans l'histoire du cyclisme, la testostérone a donné lieu à des affaires retentissantes, notamment à la fin des années 1980, avant que l'EPO (érythropoïétine) ne devienne le produit vedette.
Le Néerlandais Gert-Jan Theunisse, cheveux longs et visage d'Indien, l'un des personnages marquants du Tour de France, a reçu notification à trois reprises d'un contrôle positif. Plus récemment, l'Italien Francesco Casagrande et le Colombien Santiago Botero (lequel a fourni ensuite un dossier médical en sa faveur) ont présenté un taux de testostérone anormalement élevé.
La prise de ce produit est régulièrement confessée par les repentis dans les différents procès du dopage.
En Ecosse, un homme a été arrêté pour attentat à la pudeur... parce qu'il s'épongeait le front avec son kilt.[Coluche]